Le Roland de Roger (jour 10): Sur le Lenglen et dans les transats... La Porte d'Auteuil au rythme du derby suisse

TENNIS Pendant toute la quinzaine (enfin, s’il va au bout), « 20 Minutes » vous fait vivre au jour le jour le tournoi de la légende Roger Federer

William Pereira

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Rodg' et Stan
Rodg' et Stan — Jean-Francois Badias/AP/SIPA

De notre envoyé à Roland-Garros,

Pendant toute la quinzaine (enfin, s’il va au bout), les envoyés spéciaux de 20 Minutes vous font vivre au jour le jour le tournoi de la légende Roger Federer. Entraînements, conférences de presse, entourage, nos envoyés spéciaux Porte d’Auteuil vous offrent les coulisses de ce qui pourrait bien être le dernier Roland de Roger. Aujourd’hui, rencontre avec quelques disciples de l’idole suisse.

Il est un peu plus de 13h et le temps commence à presser. On gobe ce délicieux fondant, sacrilège, checke l’heure, « oh, là, là, le temps presse », se débarrasse du plateau, et hop, on prend nos jambes à notre cou. L’affiche du jour, entre Federer et Wawrinka est programmée à 14 h et la tribune presse du Suzanne Lenglen, à cinq minutes de là, n’est pas assez grande pour accueillir les journalistes. Il faut donc anticiper. A 13h45, ça y est, le fessier bien calé au fond de notre siège, on est sûr de pouvoir assister au début du derby suisse. Les autres tribunes ne sont encore que partiellement remplies. Sûrement des gens qui ont pris le temps de le savourer, ce fondant.

La tribune presse affiche complet
La tribune presse affiche complet - WP / 20 Minutes

Entre-temps, sur notre route, c’est la galère, ça grouille de personnes se dirigeant vers le Lenglen, les unes avec un billet en poche, les autres dans l’espoir d’en gratter un. Comme Martin, posté près du Chatrier. Deux minutes qu’on l’entend répéter la même rengaine : « qui veut des places pour aller voir Nadal sur le Central ? », c’est machinal, si on était en l’an 2000 on parlerait de disque rayé. « Non, c’est pas pour les vendre », dit-il, « je les échange seulement contre une place pour Federer-Wawrinka. Au pire j’irai voir Nadal après ».

La programmation a pris tout le monde à contre-pied

Victime du planning, le Martin. Il avait pris des places pour le Central en deuxième semaine dans l’espoir d’y voir son idole Federer sans se douter une seule seconde que la force des événements enverrait Roger jouer contre son pote Stan sur le deuxième court de Roland. On ignore ce qu’il est advenu du bonhomme (on était pressé, vous vous souvenez ?), mais on sait qu’il n’était pas seul. On a compté au moins trois personnes dans le même cas. Un autre agitateur de billets au sommet des marches menant au Lenglen et un couple.

Face au Lenglen
Face au Lenglen - WP / 20 Minutes

Virginie et Gabriel sont de fervents « Federeristas ». Pas au point d’échanger leur vie contre un billet pour voir le match du maître, mais assez pour envoyer bouler Konta-Stephens et regarder les premiers sets du quart de finale hommes sur un écran placé face au Chatrier. Et même pas sur les transats, hein. Debout, sous le cagnard. La passion, la vraie. Virginie :

« On a toujours été pour Roger. Ce qui est fascinant c’est qu’il a su adapter son jeu au fil des années, donc c’est pour ça qu’il est toujours très dur à battre autant pour les jeunes que pour les vieux. Ça reste le joueur à battre. Ce qu’on attend de son match contre Stan ? Qu’il gagne sans trop laisser d’énergie. Parce que derrière c’est Nadal. »

La zone des transats face au Chatrier
La zone des transats face au Chatrier - WP / 20 Minutes

Trêve de spoils, on rembobine. 14h, le petit Syriaque rentre sur le Suzanne Lenglen avec les balles du match, bientôt suivi de Stan et Rodgeur. On part sur un crescendo du côté de l’applaudimètre : de timides claquements de mains pour le ramasseur de balle, un tonnerre d’applaudissements pour le Vaudois et l’apocalypse pour la star du tournoi. La victoire auditive est totale pour Federer. Pendant le premier set, les choses s’équilibrent. Chaque « allez Rodgeur » est suivi d’un « allez Stan », des gars au sommet des tribunes vont jusqu’à pousser le truc à l’extrême entre les points : « Rodgeur ! Stan ! Rodgeur ! Stan ! » A en saouler le reste du public. Bref, c’est aussi disputé dans les gradins que dans le cœur de Marc Rosset​, ancien joueur suisse désormais consultant pour RTS, pas franchement emballé à l’idée de commenter ce match crève-cœur entre ses deux amis à en croire certains bruits de couloir.

« C’est comme ça, c’est son jeu, c’est beau »

Premier set, 7-6 Roger. On quitte le Lenglen pour ne plus y retourner. Les places sont chères, une bonne dizaine de journalistes attendent que d’autres partent pour pouvoir admirer la bataille. Jean-Michel et son drapeau suisse est sorti, lui aussi. On l’aborde en anglais, « c’est bon, je parle français », tant mieux. « Avec ma femme on n’a eu qu’une place, on fait un set chacun. C’était mon cadeau d’anniversaire l’année dernière, donc c’est moi qui ai commencé », se marre-t-il. Lui, il est pour Wawrinka, mais il n’est pas dupe : tout le monde en Suisse préfère Federer. « Roger c’est la classe, évidemment, mais je suis quand même pour Stan. J’espère qu’il va réussit à s’en remettre mais j’ai l’impression que les jambes piquent après son dernier match. »

Place des Mousquetaires
Place des Mousquetaires - WP / 20 Minutes

Il ne s’en remettra pas. Federer bat Wawrinka en quatre sets, 7-6, 4-6, 7-6, 6-4 et Jean-Michel est bien seul pour pleurer son protégé. Dans le centre presse, ans la zone des transats et jusqu’à la place des Mousquetaires, il n’y en a que pour Roger. « Je sais pas c’est comme ça, c’est son jeu, c’est beau », s’excusait presque Camille, qu’on a eu l’incorrection de déranger au début du deuxième set alors qu’il fixait l’écran géant mains jointes devant la bouche, comme pour prier. Au prochain tour, il faudra redoubler de foi, car c’est Nadal qui se dressera sur la route du maître. « Peut-être qu’il sera malade, on sait pas », dira Federer en conférence de presse. Pas bête, ça. Camille sait sur quoi concentrer ses prières.