Roland-Garros: «On a perdu une génération»... Comment sortir le tennis féminin français du marasme?

TENNIS Aucune tricolore ne s'est qualifiée pour le 3e tour de Roland, une première depuis 1986

Nicolas Camus (avec N.S.)

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Caroline Garcia est éliminée dès le deuxième tour de Roland-Garros.
Caroline Garcia est éliminée dès le deuxième tour de Roland-Garros. — Pavel Golovkin/AP/SIPA
  • Caroline Garcia éliminée jeudi, il n'y a plus de Française après seulement deux tours à Roland-Garros.
  • Le tennis féminin français est dans le creux de la vague depuis quelques années maintenant. 
  • Le nouveau DTN Pierre Cherret, en poste depuis un et demi, est en train de reconstruire une nouvelle génération.

A Roland-Garros,

Même elle a fini par sombrer. On pensait que Caroline Garcia sauverait la face du tennis féminin – même si ce n’était qu’en apparence, mais elle a entériné le fiasco avec une défaite contre l’obscure Anna Blinkova, 117e joueuse mondiale de son état. Il n’y aura aucune représentante tricolore au troisième tour de Roland-Garros, une première depuis 33 ans.

Ce constat n’intéresse pas la numéro 1 française. « Je n’ai pas de réaction particulière. C’est vous et vos chiffres. Vous vous y retrouvez, c’est bien », a-t-elle lancé, amer. Désolé Caroline, mais ce « truc de journaliste » est loin d’être anodin. L’an dernier, déjà, seulement deux Françaises étaient présentes au troisième tour. Ça pique, mais c’était prévisible.

« Il n’y a plus assez de volume de joueuses dans le tableau par rapport aux garçons, où c’est très dense entre les joueurs expérimentés et les jeunes qui arrivent. Chez les filles, on n’a plus ça, note Marion Bartoli, consultante pour Eurosport. On n’a plus qu’une seule joueuse tête de série [Garcia], il faut remonter à très loin pour voir ça. Ce qu’il se passe est assez logique. » Et, n'en déplaise à Kristina Mladenovic, les résultats en Fed Cup ne suffisent pas à éclaircir le bilan. 

Les jeunes abandonnées en rase campagne

Le constat de l’ancienne gagnante de Wimbledon est implacable. Comme les chiffres. Il n’y a plus aujourd’hui que deux joueuses dans le top 50 (Garcia 22e, Cornet 48e) et cinq dans le top 100 (Mladenovic 53e, Parmentier 66e, Ferro 82e). Forcément, le risque d’avoir des tableaux injouables et de se faire vite éjecter est élevé. Et on ne trouve que Chloé Paquet et Jessika Ponchet entre la 100e et la 200e place, alors que c’est là que tout se joue pour les plus jeunes. Il faut être dans cette tranche pour faire les qualifications des tournois du Grand Chelem.

Les raisons du marasme sont connues. Pour résumer, la Fédération s’est désengagée il y a quelques années de la formation des jeunes, fermant par exemple les poles espoirs. Les jeunes pousses ont été abandonnées en rase campagne. « On en arrive là du fait des politiques des DTN précédentes, avance Bartoli. La politique mise en place a un impact sur le nombre de joueurs et de joueuses que vous produisez. Et on ne parle pas de top 10 ou de vainqueurs de Grand Chelem. Ça, cela vient de projets individuels, très forts, qui ne peuvent pas être créés par la Fédération. La FFT, elle, est là pour amener un certain volume, une certaine densité. Ils sont en train de reprendre tout ça avec le nouveau DTN. Mais ça va prendre du temps. »

La DTN se remet à construire l’avenir

Le nouveau directeur technique national, c’est Pierre Cherret, en poste depuis décembre 2017. Et il est bien conscient du chantier : « On a perdu une génération. Ces résultats ne sont pas une surprise, maintenant, notre mission est de construire l’avenir. On est en train de recréer une densité chez les juniors. Il la faut absolument pour élever le niveau de notre tennis. On a en ce moment 10-11 joueuses dans le top 100 ITF juniors. »

Au terme de la triste journée de jeudi, et face aux nombreuses demandes des journalistes sur la question, il est venu détailler le plan mis en branle depuis un an et demi. « On a axé des choses sur les 10-14 ans, pour que nos filles arrivent armées sur le circuit junior et y performent », explique le DTN. Quelles choses exactement ?

  • Le retour de joueuses au Centre national d’entraînement (CNE).
  • Des aides financières pour en aider d’autres à voyager avec leurs entraîneurs et s’inscrire dans des tournois.
  • Créer des repères de progression. « Les Joueuses qui sont déjà performantes à Auray (tournoi 12 ans) puis à Tarbes (14 ans), à 16-17 ans elles gagnent les Grands Chelem juniors, et puis on les retrouve entre 17 et 20 ans dans le top 100. C’est ce qu’on veut. »
  • A partir de la rentrée scolaire prochaine, les filles dans le giron fédéral ne seront plus à l’école classique ni même en horaires aménagés, mais en « e-school ». « Elles auront deux heures de cours par jour via un ordinateur, avec un professeur dans une classe virtuelle. Cela permettra un plus gros volume d’entraînement. C’est ce que font les filles en République Tchèque et ailleurs. »
  • Un travail sur les contenus : technique physique, mental. « Le but est de donner des éléments aux entraîneurs pour la formation soit de la plus grande qualité possible. »

Aujourd’hui, les premiers espoirs de cette nouvelle génération se nomment Elsa Jacquemot et Diane Parry (16 ans), qui s’est fait remarquer en passant un tour sur ce Roland. « C’est une politique extrêmement volontaire et ambitieuse, juge Patrick Mouratoglou, consultant Eurosport et dont l’académie prend de plus en plus de place sur le circuit. On va avoir encore quelques années un peu difficiles, mais dans quatre ou cinq ans ça ira déjà mieux. » D’ici là, ça n’empêche pas Caroline Garcia, 25 ans, et Kristina Mladenovic, d’un an son aînée, de reprendre le fil de leur progression.