Roland-Garros: Pote avec Monfils et Paire, embrouilles en Coupe Davis... Wawrinka, doit-on l'aimer ou le détester?

TENNIS Stanislas Wawrinka et la France, une histoire un peu particulière...

William Pereira

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Oh le joli selfie
Oh le joli selfie — Kunihiko Miura/AP/SIPA

De notre envoyé spécial à Roland-Garros,

Dimanche, Gaël Monfils et Richard Gasquet nous livraient une parodie de match de tennis digne du Trophée des légendes. Quelque part ailleurs dans la capitale, un homme confortablement installé devant la télé de son hôtel se délectait – simple supposition – du spectacle proposé. Lui, c’est Stanislas Wawrinka. On l’imaginait pépère en short cochonou-tongs-marcel s’interroger sur le niveau des deux Français et se voir en quarts avant même de disputer son huitième. Evidemment, dans le tennis on ne sait jamais et encore moins avec Gaël Monfils. Eclopé ou pas, la Monf’est capable de tout et n’importe quoi si les astres sont parfaitement alignés à son entrée dans l’arène ocre du central.

Sauf peut-être contre Stan The Man. Depuis qu’il a changé de dimension, le Vaudois prend un malin plaisir à détruire un par un les joueurs tricolores. Demandez à Jo-Wilfried Tsonga et ses quatre défaites de rang contre Wawrinka ce qu’il en pense. Demandez à l’équipe de France de Coupe Davis 2014 (battue par la Suisse portée par Stan) ce qu’elle en dit. Certes, les victoires de Gasquet à Wimbledon en 2015 ou Paire plus récemment à Madrid, nous consolent un peu. Mais quand même, on s’interroge au sujet de l’animal. En tant qu’amateurs de tennis et Français, doit-on aimer ou détester le Vaudois ?

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Wawrinka, ce Suisse proche de la France (et des Français)

Il est un détail important qu’il ne faut pas négliger quand on parle de Stanislas Wawrinka. Contrairement à Roger Federer, il est ce qu’on pourrait qualifier de Suisse-français. Géographiquement d’abord, il est né et a grandi près de Lausanne. Pour les Jean-Michel Nulengéo, la ville fait face au Lac Léman. Sur la rive sud, il y a Thonon-les-bains, la France quoi.

Une proximité qui se confirme sur le plan personnel. En 2014, le journaliste suisse Laurent Favre, auteur d’un livre le joueur, nous avouait dans une interview que « Stan est beaucoup plus proche de Tsonga, où Monfils, qui habitent à dix minutes de chez lui, que de Federer, qu’il voit peu. » Confirmation du futur adversaire de l’intéressé en conférence de presse, dimanche après-midi.

« On est vraiment potes avec Stan. On s’aime beaucoup depuis longtemps. Vu que je vis en Suisse, on se voit encore plus. On est potes sur le circuit mais en dehors aussi. On a des relations proches, nos entraîneurs sont aussi potes, cela nous rapproche encore plus. On a des bonnes parlottes, on va boire des verres ensemble. On s’entend bien sur beaucoup de choses. Après c’est une relation privée, cela restera privé. »

Fort heureusement, Wawrinka a un meilleur ami français un peu plus bavard : Benoît Paire, avec qui ce qui est privé ne reste pas forcément privé. « C’est quelqu’un qui aime les bonnes choses, manger, s’amuser, profiter. Et il adore cuisiner ! Quand il m’invite à Wimbledon où il loue toujours une petite maison, à chaque fois, c’est lui qui fait à manger », racontait l’Avignonnais dans les colonnes de L’Equipe il y a trois ans. Peut-on résolument détester un mec qui a l’air aussi sympathique que Stan, qui plus est avec un de nos joueurs ? Question rhétorique.

De la Coupe Davis 2014 aux Français qui ne travaillent pas assez, quand Stan taille les Bleus

Sympa, le Vaudois. Et très caractériel, ce qui n’est pas franchement étonnant pour un type portant le surnom de Stanimal. Les joueurs français en ont d’ailleurs été témoins à deux reprises ces dernières années.

  • En finale de Coupe Davis en 2014
  • A l’Open d’Australie contre Jo-Wilfried Tsonga, cette année

Coupe Davis 2014 : Conférence de presse d’après victoire contre l’équipe de France en finale. Wawrinka, punchline aiguisée à l’occasion, décide de régler ses comptes avec des Français qu’il a jugés trop prétentieux et sûrs de leur fait avant l’affrontement final. « J’ai dit que les Français parlaient trop de la finale, c’était mon avis. Chacun la préparait pour être prêt. À la fin, on a parlé sur le terrain avec la raquette. Nous avons été meilleurs », a-t-il dit à l’époque, avant d’enchaîner sur une savoureuse anecdote de coulisses. « Ils avaient mis les bouteilles de champagne dans le vestiaire des Français mais ils les ont vite remises dans le vestiaire des Suisses. » Et toc, dans les dents.

Inutile de dire que la sortie du Suisse a alors moyennement plu aux Bleus. Deux jours plus tard, on apprend donc que Jo-Wilfried Tsonga, Gilles Simon, Richard Gasquet et deux membres du staff de l’équipe de France ont passé un savon à Stan Wawrinka dans les toilettes de la chambre de commerce et d’industrie de Lille – où avait lieu un dîner officiel faisant suite à la finale de Coupe Davis. L’histoire raconte que le Biterrois a ouvert les hostilités avant d’être suivi de près par Tsonga et Simon, obligeant le pote Monfils à voler au secours du Suisse afin d’éviter que cela ne tourne au règlement de compte. Ou quand l’entente franco-Wawrinka en prend un coup.

Open d’Australie 2017 : On ignore si la rancune y est pour quelque chose, mais Tsonga et Wawrinka livrent ce jour-là au public de Melbourne une magnifique scène de ménage lors d’une pause entre deux jeux d’un quart de finale que le Suisse remportera. Tsonga, qui marmonnait juste avant dans sa barbe, reproche à un Wawrinka interloqué de (mal) le regarder. S’ensuivent les explications de ce dernier. « Est-ce que je t’ai regardé une fois ? C’est qu’un match de tennis, il faut se calmer. C’est qu’un match de tennis, relax un peu », dit-il au Manceau, qui rétorque alors d’un simple « pas de souci ».

Tsonga avait l'air d'en vouloir un peu à Stan après le match
Tsonga avait l'air d'en vouloir un peu à Stan après le match - Dita Alangkara/AP/SIPA

Le truc, c’est que dans les deux cas, on a quand même un peu de mal à en vouloir à Stan. De même que lorsqu’il a remis en cause le professionnalisme des meilleurs joueurs français dans un entretien accordé au Figaro deux mois après son premier titre du grand chelem en 2014.

« Quand je vois Tsonga et Gasquet, cela fait des années qu’ils sont dans le Top 15, le Top 10. Il ne leur manque pas grand-chose. Je n’ai pas envie de critiquer… Mais l’une des raisons pour lesquelles j’ai gagné est le fruit d’un travail assidu depuis des années. Un travail de tous les jours. On ne peut pas se contenter de dire "Roland-Garros est mon objectif, alors les trois semaines qui précèdent, je vais bien me préparer pour y parvenir." Quand on joue contre Nadal, Djokovic ou Federer, il faut être à 100 % tous les jours, sur tous les tournois, sur tous les matches. »

Faut-il l’aimer ou le détester, ce bon vieux Stan ? La question peut-être posée. On a bien notre avis sur la question mais nous choisirons de ne pas y répondre. Vous, en revanche, vous avez le choix…