PSG-Atalanta : Ancien 10 reconverti garde du corps, Leo Paredes est-il le roublard qui manquait à Paris?

FOOTBALL Leandro Paredes trouve sa place au PSG dans un rôle ingrat mais précieux

William Pereira

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Paredes
Paredes — CHRISTOPHE SAIDI/SIPA

De notre envoyé spécial à Lisbonne,

Jouera, jouera pas ? A quelques heures du quart de finale contre l’Atalanta, Thomas Tuchel hésitait toujours entre Leandro Paredes et Ander Herrera pour son milieu à quatre, censé faire la part belle à Neymar en l’absence (probable) de Mbappé devant. Au chaud sur le banc ou au charbon sur le terrain, le Final 8 commencera de toute façon mieux que n’avait débuté la phase finale de la Ligue des champions pour l’Argentin. Pas très dur en soi :  Paredes n’avait pas été retenu à l’aller contre le Borussia Dortmund pour une histoire d’insubordination tactique combinée à un craquage à la mi-temps du match contre Amiens en Ligue 1 (4-4). La rumeur veut que le milieu de terrain n’ait que très peu goûté à une remarque négative de Tuchel dans le vestiaire, avant de dégoupiller. Rien de tel dans les archives officielles, tout au plus une micro décla de l’Allemand. Si Paredes n’a pas fait le voyage dans la Ruhr, jure-t-il, c’est par pur choix sportif, et la relation entre les deux hommes est des meilleures.

L’histoire sera quoi qu’il en soit bien vite oubliée après la belle perf de l’international albiceleste contre le Borussia, au retour. Une prestation que Tuchel a décidé de récompenser après la trêve post-Covid en titularisant l’Argentin plutôt que Verratti en finale de Coupe de France. « C’est une décision super compliquée de laisser Marco sur le banc mais j’ai senti que c’était mérité de laisser Gana et Leo jouer ensemble après Dortmund. »

L’ange-gardien de Neymar

Ce n’est pas tant son apport dans le jeu ce soir-là – décroissant au fil du temps après une première mi-temps intéressante – que le rôle de salaud indispensable au collectif qui mérite d’être mis en exergue. Une denrée rare au Parc des Princes depuis que Thiago Motta a raccroché les crampons dont on a souvent été tenté de dire qu’elle était la cause des éliminations rocambolesques du PSG, trop « gentil » pour conserver un résultat, y compris un 4-0 à domicile ou un 2-0 à l’extérieur (raisonnement qui a ses limites puisqu’il était rentré contre Manchester 20 minutes avant que Dalot ne frappe sur la main de Kimpembe avec les conséquences qu’on connaît).

Petites fautes sournoises ou gros taquets assumés, Leo Paredes ne s’interdit rien si c’est pour le bien de l’équipe, et tant pis s’il passe pour un démon. « Je n’ai pas peur pour ma réputation, confiait-il, début 2020. Ce que j’essaie de faire à chaque fois, c’est de défendre l’équipe et mes coéquipiers. » Et plus particulièrement Neymar, dont il est le garde du corps officieux. Protéger son numéro 10 et donc le préserver de blessures, lui qui est si fragile, c’est optimiser les chances de victoires parisiennes, et ça, le sosie de Stromae l’a bien compris. Contre Dortmund au Parc, ça s’est traduit par « ça » :

1ère minute : Charge musclée d’Emre Can sur Neymar.

3e : Vengeance immédiate de Paredes qui allume Can. Pas touche au Ney.

Riquelme le voyait comme son successeur

Bref, vous avez saisi l’idée. L’adage « il vaut mieux l’avoir dans son équipe que contre soi » a été taillé pour lui comme un costard. Avec tout ce que ça implique, à savoir d’être haï par ses adversaires. L’Argentin est à « ça » d’être interdit de territoire du côté de Montpellier depuis décembre dernier. Son tort ? S’être interposé pour protéger un Neymar chambreur, pris à partie par Andy Delort sur le chemin des vestiaires. Ce soir-là, Damien Le Tallec n’avait pas été tendre avec Paredes en zone mixte. « Je lui ai dit quelques mots en russe vu qu’il a joué en Russie (au Zénith). Pour moi, ce n’est pas un bon gars, il faut qu’il respecte un peu les joueurs. Ça se voit à sa tête, avec son petit sourire en coin à chaque fois qu’il fait une faute. Il fait des petites fautes, il met des coups pour rien. »

Gare à la caricature. Le réduire à un Cerbère, ce serait trop vite oublier qu’il a commencé sa carrière comme pur 10 (« enganche ») à Boca Juniors au côté de Juan Roman Riquelme, lequel l’avait alors désigné comme son successeur naturel (comme quoi on peut tous se planter) Ce n’est que plus tard, en Italie, qu’il se laissera séduire par le côté obscur du ballon. Johan Roca, qui l’a affronté en Coupe de France avec Linas-Monthléry (défaite 0-6), dit néanmoins n’avoir pas du tout ressenti le côté rugueux de Leo Paredes. « On a pu plus voir son côté technique que le côté hargneux qu’on a vu contre Dortmund. Il n’était pas du tout là-dedans. Il a surtout joué latéralement, donc on ne sentait pas non plus trop le côté ancien numéro 10. C’est un bon joueur de conservation, il ne perd pas beaucoup de ballons même sous pression. Ça fait partie de son style, qui est plutôt fait de sécurité. » Une autre facette précieuse – mais encore trop intermittente – de son jeu sur des matchs à haute tension qu’on a plutôt l’habitude de voir en Marco Verratti. En l’absence de l’Italien, et si Tuchel ne lui préfère pas Herrera, il aura une occasion de se mettre en lumière et montrer qu’il n’est pas qu’un boucher utile. Très utile.