Ligue des champions : Le Final 8, coup de pub pour une Lisbonne en mal de touristes malgré une bonne gestion de la crise

FOOTBALL Lisbonne s'apprête à accueillir le Final 8 de la Ligue des champions

William Pereira

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L'Estadio da Luz, temple de Benfica, accueillera avec Alvalade (Sporting), le Final 8 de la C1
L'Estadio da Luz, temple de Benfica, accueillera avec Alvalade (Sporting), le Final 8 de la C1 — SIPA

Lisbonne centre de l’Europe, cinq siècles plus tard. Alors certes, ça ne vaut pas le voyage de Vasco de Gama en Inde par le Cap de Bonne-Espérance ni les Lusiades de Camões, mais le Final 8 de la Ligue des champions va mettre en lumière la capitale portugaise, revenue au sommet de la hype au cours de la décennie précédente. Sur le plan sportif, il faut autant y voir un rappel symbolique du règne européen en cours de la Selecção qu’un contresens total au vu du déclin lisboète en Ligue des champions.

Benfica n’a plus mis les pieds en 8es de finale depuis 2017 et dont le Sporting, quand il y est, se sert de vitrine pour ses meilleurs éléments (coucou Bruno Fernandes). A défaut de montrer ses joueurs, c’est son stade, Alvalade, qui accueillera l’épilogue de la C1 conjointement avec le frère ennemi, la Luz. Entre les deux colosses hérités de l’Euro 2004, comptez une demi-heure à pieds et un peu moins de trois bornes. Pratique.

Compromis sanitaire et sportif

Le choix de Lisbonne n’est évidemment pas que sportif, contexte sanitaire oblige. Initialement en concurrence avec l’Espagne et l’Allemagne pour l’organisation du Final 8, le Portugal a convaincu l’UEFA en se montrant particulièrement réactif. Voilà ce que disait Aleksander Ceferin, le jour de l’annonce de la ville hôte.

« La Fédération portugaise a été la première à venir nous voir et à nous dire que si nous avions besoin de quelqu’un, ils pouvaient nous aider. Qu’ils étaient prêts pour le faire. Ils maintenaient un contact régulier avec le Gouvernement et garantissaient pouvoir organiser une telle compétition facilement. »

Bref, un compromis idéal entre structure sportive et maîtrise de la situation sanitaire. Depuis le début de la pandémie, le Portugal n’a enregistré « que » 52.351 cas et 1.746 décès (chiffres du 7 août), grâce à un confinement rapide, une pédagogie efficace (le président Marcelo Rebelo Sousa s’est affiché à la plage avec un masque dans un grand moment de télévision) et la mise en place efficace de tests au plus haut de l’épidémie.

Au moment où Lisbonne est officiellement désignée ville hôte, le pays tourne à guère plus de 200 nouveaux cas quotidiens en moyenne sur une semaine (un niveau qu’il a retrouvé depuis), si bien que l’UEFA se laisse alors le droit de réfléchir à la question du public à Alvalade et la Luz. L’option sera balayée mi-juillet, alors qu’un cluster sévit dans la région de Lisbonne.

Cluster lisboète et mini-reconfinement

Réactivité, toujours, le Portugal décrète l’état de « calamité » dans 19 communes de banlieue (« à Lisbonne même, tout est normal, nous expliquait le mois dernier Nuno Raposo, journaliste pour le quotidien sportif A Bola. Il y a des villes aux alentours avec des mesures restrictives, mais pas de confinement total à proprement parler ») et réussit à contenir le soubresaut épidémique en limitant les déplacements des Lisboètes. La situation reste aujourd’hui fragile puisque l’essentiel des cas du pays est concentré dans la capitale et aux alentours. Mais à la veille de la compétition, l’orage est passé.

On ne peut d’ailleurs pas dire que le Portugal a vraiment tremblé puisqu’il n’a jamais été question de délocaliser le Final 8. Ceferin était d’ailleurs tellement confiant qu’il n’avait aucun plan B, tout au plus, il « surveillait la situation au quotidien » pendant la seconde vaguelette. Mais on peut facilement deviner que la douleur liée à la perte de l’événement aurait été proportionnelle à la fierté de l’organiser, surtout pour les pontes du foot lusitanien.

 Pedro Proença, patron de la Ligue : « avoir la confiance de l’UEFA pour organiser sept matchs de phase finale de Ligue des champions est un motif de fierté. » Le président de la FPF, Fernando Gomes n’en pense pas moins, et y voit aussi une prime au bon comportement de ses compatriotes pendant la crise. « Recevoir ces matchs n’a été possible que grâce au comportement que les Portugais ont eu pendant la lutte sans trêve contre le coronavirus. »

Pas de retombées économiques mais une bonne pub pour Lisbonne

Fierté nationale exacerbée d’un côté, soulagement de l’autre. Malgré l’absence de public dans les stades, Lisbonne devrait voir affluer quelques supporters étrangers, à qui instructions et règles en vigueurs seront communiquées « en anglais, en français et en allemand » via les réseaux et à leur arrivée, comme l’a expliqué le ministre portugais de l’Intérieur, Eduardo Cabrita. Pas de refus par les temps qui courent. Malgré la bonne gestion de la crise sanitaire du coronavirus, le Portugal n’inspire pas confiance à tout le monde – Londres l’a exclu de ses pays sûrs en juillet – et le tourisme se porte mal. Le pays va enregistrer, selon les prévisions, une perte de 2 % du PIB rien que dans le secteur touristique.

Le coup de pouce de la Ligue des champions est forcément salutaire. Daniel Sá, directeur executif de l’Institut portugais de l’Administration du Marketing (IPAM), cité par le média ECO : « Ça ne sauvera pas l’économie nationale, mais c’est l’événement sportif le plus vu au monde, avec 800 millions de téléspectateurs. C’est une campagne publicitaire colossale pour le pays. Nous n’avions certainement pas l’argent pour une campagne qui puisse atteindre 800 millions de personnes. » La question étant : si on avait dit à Vasco de Gama qu’il serait un jour possible d’atteindre le monde entier sans se ruiner et en restant enfermé chez lui à cause de la peste, nous aurait-il crus ?