JO 2024 : « Je suis désolé d’avoir perdu », le boxeur palestinien Wasim Abusal voulait faire mieux que participer
jeux olympiques•Le premier athlète palestinien a fait son début dans la compétition ce dimanche. Une défaite au premier tour, mais pour une fois, donnons raison à la devise des Jeux, et rappelons que l’essentiel est parfois ailleurs que dans le pur résultatJean-Loup Delmas
L'essentiel
- Les Jeux olympiques de Paris 2024 se place dans un contexte géopolitique occupé par deux conflits majeurs. La guerre en Ukraine et Israël dans la bande de Gaza.
- La délégation palestinienne ne compte que huit membres, en raison de nombreux morts pendant la guerre. Le boxeur Wassim Abusal a enfin ouvert le bal ce dimanche, deux jours après la cérémonie d’ouverture.
- Une défaite prévisible au premier tour, des larmes de déception, mais aussi la fierté d’avoir ramené le drapeau palestinien sur la plus grande scène du monde.
De notre envoyé spécial,
« L’important, c’est de participer. » Le célèbre adage de Pierre de Coubertin à propos des Jeux olympiques, surusé au point d’en perdre toute sa substantifique moelle, vient de retrouver un peu de corps et de sens ce dimanche, lors de la session boxe. A 15h30, alors que la plupart des nations étaient déjà engagées depuis plusieurs jours, la Palestine a enfin lancé ses JO de Paris, sous un public applaudissant en trombe.
Une présence bien tardive et qui devrait en plus ne pas s’éterniser. La délégation palestinienne ne compte pour ainsi dire que huit athlètes – une trentaine de prétendants aux Jeux ont été tués dans les bombardements israéliens – et un seul s’est réellement qualifié en tournoi pour l’évènement, la présence des sept autres reposant sur des wild card.
Des athlètes mal entraînés et insuffisamment préparés
A cette faiblesse autant numérique que qualitative s’ajoute une préparation rendue quasi-impossible par le conflit. Notamment pour Wasim Abusal, boxeur dans la catégorie – 57 kg et qui aura au moins eu l’honneur d’ouvrir le bal pour son pays. Ce dernier s’est entraîné en Cisjordanie occupée, ne disposait d’aucune infrastructure et a longuement déploré en interview n’avoir aucun sparring-partner compétent pour s’améliorer. Même son entraîneur ne peut le superviser qu’en visioconférence, lui qui réside au Caire et qui souffre des restrictions aux frontières imposées par Israël.
De ces athlètes palestiniens, il ne faudra donc pas s’attendre à des exploits sportifs éclatants, ni ne serait-ce qu’à des prestations convaincantes. Sur le ring, le boxeur se montre certes volontaire mais beaucoup trop maladroit. Nebil Ibrahim, son adversaire suédois, le gère sans trop de mal, multipliant points et poings pendant que Wasim Abusal se perd entre coups dans le vide et défenses mal ajustées.
Un public acquis à sa cause
C’est là que la maxime de Courbertin entre en scène et rappelle que l’essentiel est parfois bel et bien ailleurs que dans le résultat brut. Le public a en effet fait du Palestinien son chouchou évident, dans un mix entre soutien à Gaza et amour typiquement français pour le petit poucet de la compétition. La Paris Nord Arena enchaîne les « Wasim ! Wasim ! Wasim ! », s’embrase lors des rares attaques concluantes du boxeur, et quelques plus timides « Palestine ! Palestine ! » surgissent au troisième round, lorsque tout le monde sait que, hors miracle, le parcours du boxeur se terminera dès son premier jour sur la plus belle scène du monde.
La victoire unanime aux points de Ibrahim Nebil ne surprend à vrai dire personne. Alors que le vainqueur s’efface, Wasim Abusal reste planté sur le ring, profitant de quelques secondes supplémentaires d’un rêve dont la réalité du terrain l’a trop vite extirpé. Un tour de piste acclamé à nouveau par la foule, et voilà l’aventure des Jeux qui s’arrête déjà.
« Je m’entraînerai nuit et jour pour 2028 »
Aussi utopique qu’était son rêve de médaille, et cessons les faux-semblants, aussi prévisible qu’était cette défaite au premier tour, c’est pourtant un Wasim Abusal noyé de tristesse qui s’est présenté en conférence de presse, s’excusant de ne pas pouvoir répondre, trop abattu par la défaite.
L’insistance des journalistes étant ce qu’elle est, le Palestinien lâche finalement quelques mots : « Participer aux Jeux est déjà une victoire pour le pays, on ne devrait pas être là, et je suis content d’avoir amené le drapeau en compétition. Je suis désolé d’avoir perdu aujourd’hui, au nom des martyrs, des blessés et des morts de mon pays. Mais je ne m’arrêterai pas là, et je revendrai. Je promets de continuer à m’entraîner nuit et jour pour une médaille dans quatre ans et voir élever le drapeau palestinien sur un podium olympique. » Si la Palestine a prouvé aujourd’hui que oui, l’important c’est de participer, elle a à cœur de ne pas s’en contenter.



















