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JO 2024 : Comment Mourad Merzouki s’est retrouvé chorégraphe de la « Danse des Jeux » et de l’équipe de natation synchronisée
INTERVIEW•Chorégraphe originaire de Saint-Priest, Mourad Merzouki a été choisi pour imaginer la « Danse des Jeux », mais aussi la chorégraphie de l’équipe de France de natation synchroniséePropos recueillis par Elise Martin
L'essentiel
- Mourad Merzouki est le chorégraphe choisi par le comité des Jeux olympiques et paralympiques pour réaliser la « Danse des Jeux ».
- Cette figure incontournable du hip-hop, originaire de Saint-Priest, près de Lyon, a également été sollicitée par l’équipe de France féminine de natation synchronisée pour imaginer leur chorégraphie pour la compétition.
- Pour 20 Minutes, il revient sur ce que symbolise pour lui cette « reconnaissance ».
Des gestes « simples et accessibles à tous », une musique solaire de Müller & Makroff du Gotan project, et des mouvements qui rappellent ceux des athlètes. La « Danse des Jeux » a été apprise par des milliers de personnes ces derniers mois, imaginée comme « un échauffement » aux JO de Paris 2024, qui débutent officiellement ce vendredi. Elle sera d’ailleurs certainement interprétée par des spectateurs lors de la cérémonie d’ouverture.
Derrière cette danse – et si c’était la relève du « Waka waka » ? – , on trouve Mourad Merzouki, chorégraphe et figure du hip-hop, originaire de Saint-Priest, près de Lyon. Il revient pour 20 Minutes sur ce défi et sur celui de réaliser la chorégraphie des nageuses de l’équipe de France de natation synchronisée.
Comment on passe de danseur dans les rues de Saint-Priest à chorégraphe incontournable des JO ?
Je suis peut-être né sous une bonne étoile (rires). Dès mes débuts, j’ai compris que la danse avait un enjeu sociétal, qu’elle réunissait. Depuis de nombreuses années, donc, j’ai à cœur de partager la danse avec des plus jeunes, des plus âgés, des personnes qui viennent de tous les milieux. J’ai élaboré plusieurs projets, comme celui de faire danser 15.000 spectateurs à Bellecour à Lyon lors de la Biennale de la danse. Petit à petit, j’ai été identifié comme un chorégraphe qui aime échanger avec tous les publics.
Pour la « Danse des Jeux », c’est le comité des JO qui est venu me chercher. L’idée était d’imaginer une danse qui servirait de grand échauffement pour cet événement.
Qu’avez-vous ressenti lorsqu’on vous a demandé de réaliser cette chorégraphie ?
C’est une grande fierté. Cela montre à la fois une confiance, un intérêt, et ça m’encourage dans mon travail. J’ai commencé à danser dans la rue, je n’ai pas fait de conservatoire, j’étais totalement autodidacte. M’attribuer cette reconnaissance, c’est même un conte de fées. Je vis mon métier avec vocation, je rêve à chaque fois chaque projet et je sais que demain, tout peut s’arrêter.
Quand je vois que « la Danse des Jeux » a été apprise dans toutes les écoles de France, parfois à l’étranger, quand je vois des files dans les rues, dans des événements, qui s’en emparent, c’est un immense honneur. Ça montre aussi la puissance de la danse, comment elle peut fédérer. Et c’est complètement l’esprit des Jeux olympiques et paralympiques.
Comment vous avez imaginé cette chorégraphie ?
L’exercice n’a pas été facile parce que je voulais créer une danse inclusive, facile à apprendre et rassembleuse. J’ai cherché des mouvements réalisables pour des personnes en fauteuil roulant. J’ai aussi pensé aux gens qui ne font pas forcément de danse et, en même temps, à ceux qui la pratiquent. Il fallait être dans la simplicité sans oublier la finalité : avoir une danse belle.
Pour la musique, j’ai proposé aux musiciens du Gotan project de participer. Ils ont imaginé une musique tellement juste, solaire, qui nous donne envie de battre du pied et qui fait du bien. C’est une musique du monde, qui nous représente toutes et tous. Et aujourd’hui, on a besoin de se relier les uns aux autres.
La « Danse des Jeux » pourrait-elle devenir le nouveau Madison ?
Très bonne question (rires). Ça me plairait qu’elle perdure au-delà des Jeux, s’invite dans les mariages, les événements entre amis. Elle est tellement simple et le refrain est entêtant. Mais j’ai déjà gagné quand je vois que cette danse est acceptée, partagée, et que ces mouvements font le lien entre les générations et les pays. J’espère surtout que cette danse – et mon parcours – pourra envoyer un signal positif à une jeunesse qui se cherche.
Et comment avez-vous pensé la chorégraphie de l’équipe de France féminine de natation synchronisée ?
C’était un autre challenge. Déjà, je ne suis pas un nageur (rires). Mais surtout, il fallait chorégraphier le haut du corps des nageuses dans un bassin de 3 mètres de profondeur. Le mouvement, le rapport à l’espace et au rythme, sont complètement faussés par rapport aux habitudes que j’ai avec les danseurs.
Et puis c’est un rendez-vous dans une compétition sportive, avec des contraintes de figures à points, un timing, des obligations.
Quelle a été votre réaction lorsqu’on vous a sollicité ?
Là aussi, j’ai été touché. Quand Julie Fabre et Laure Obry [les coachs de l’équipe] m’ont appelé, je me suis posé la question : pourquoi moi ? Elles m’ont dit qu’elles avaient saisi, dans ma démarche, ma volonté de créer des dialogues entre les sports.
Et j’étais honoré de voir que le monde de la natation s’intéressait à la danse, au hip-hop. C’est beau de voir que les uns et les autres sortent de leur zone de confort pour essayer d’inventer un dialogue.
De quelle manière avez-vous associé ces disciplines de la danse et de la natation ?
Je ne connaissais pas vraiment la natation synchronisée mais de ce que j’en avais vu, il y avait quelque chose de très académique. Et je n’avais jamais travaillé avec des nageuses.
Je les ai alors un peu bousculées en leur proposant une énergie plus urbaine, plus hip-hop, pour les surprendre aussi. Et il fallait trouver une thématique universelle. Comme elles sont huit femmes, huit nageuses, j’ai choisi d’évoquer la question de la place de la femme dans le monde en utilisant le magnifique texte Mesdames de Grand corps malade.
On peut espérer une médaille pour la France ?
Oh la pression ! (rires). J’essaie de ne pas trop y penser. La victoire, aujourd’hui, c’est d’avoir intégré cette équipe et d’avoir partagé ce travail avec elles. Avant même les résultats, on peut être fier de cette équipe de France, ce sont de grandes athlètes, ouvertes d’esprit. Rien que pour ça, elles méritent une médaille.


















