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JO Paris 2024 - Surf : « Ce sont nos anges gardiens »… A Teahupoo, la Water Patrol veille et sauve les surfeurs
surf•Sur la vague la plus dangereuse du monde, une brigade à jet-ski vient récupérer les surfeurs après les chutesAntoine Huot de Saint Albin
L'essentiel
- A Teahupoo, sur l’une des plus grosses vagues du monde, le danger est énorme pour les surfeurs en cas de chute.
- Pour veiller sur eux, la Water Patrol est déployée notamment dans la zone d’impact, là où se casse la vague et où les surfeurs perdent souvent le contrôle de leur planche.
- Mais le risque est aussi présent pour ces sauveteurs à jet ski, qui se prennent parfois les vagues sur la tête.
Ils ne s’appellent pas Marcus, Chase ou Stella, mais Jimmy, Taiau ou Puatea. Mais, comme les petits chiens de la Paw Patrol (Pat’Patrouille pour les fâchés de la langue de Southgate), ces membres de la Water Patrol de Tahiti s’occupent de sauver le monde. Alors, là, il ne s’agit pas de chats tout mignons ou de la biquette du voisin, mais des surfeurs qui osent défier la terrifiante et majestueuse vague de Teahupoo, qui accueille l’épreuve de surf des Jeux olympiques.
Pour ces Jeux, ils seront 27 de la Water Patrol (13 de plus que lors de la Tahiti Pro, épreuve annuelle du WCT) à assurer la sécurité de tout l’environnement autour de la vague, dont deux fois cinq équipages bien campés sur leur jet-ski dans la zone d’impact, terme trivial pour désigner l’endroit où se brisent vague et surfeurs. Sur la machine, un pilote et un « grabbeur », qui s’occupent de récupérer le surfeur pour le mettre en sécurité.
« S’il reste coincé dans l’impact »
« Après une chute, un wipe-out, ce qu’on fait, en gros, c’est un dégagement d’urgence, nous explique Taiau Doom, 39 ans, sapeur-pompier, membre de la Water Patrol. On récupère le surfeur, on le sort immédiatement de la zone d’impact. Parce que s’il reste coincé dans l’impact, il y aura deux trois vagues derrière qui lui tomberont dessus. » Et pourront le noyer ou le pousser dangereusement sur les récifs proches. Autant dire, le drame absolu.
« Ce sont nos anges gardiens, témoigne, reconnaissant, Kauli Vaast, grande chance de médaille pour le clan tricolore. C’est vraiment une chance de les avoir parce qu’ils se mettent dans des situations, où c’est même risqué pour eux. Ils viennent pour te sauver, ils dédient vraiment leur vie là-dedans. » Le Tahitien, qui a pour la première fois surfé à Teahupoo à l’âge de 8 ans, sait de quoi il parle, après une énorme chute il y a deux ans sur cette même vague.
« J’ai bouffé la plus grosse vague de ma vie. Je suis sorti de l’eau, la planche cassée, le leash cassé. Le rescue, il est venu me récupérer et m’a dit qu’il n’avait jamais vu quelqu’un d’aussi psychopathe que moi. Heureusement qu’ils étaient là, sinon j’aurais pris la deuxième vague sur la tête, je n’aurais pas été bien. C’est vraiment là où j’ai cru que j’allais mourir. »
Des voyants de la vague
Les membres de la Water Patrol, qu’on intègre un peu par cooptation, sont d’anciens (ou actuels) surfeurs ou des habitués au secourisme en mer. Avant les compétitions, ils effectuent une réunion, pour bien comprendre les mouvements de la houle. « On analyse tout en amont, on sait déjà à l’avance si on va devoir récupérer des surfeurs ou pas, explique Tapuai Ellis, deuxième femme à faire partie de cette Water Patrol. Si on a une orientation sud, on sait qu’il n’y aura pas beaucoup de pick-up, parce que le surfeur va ressortir avec le courant. Si c’est plus ouest, il va être pris un peu dans le tourment de la vague, au niveau du récif et peut-être aussi passer par-dessus le récif, donc on est déjà prêt aussi à passer avec nos machines. »
Mais, parfois, les machines ne passent pas, ou ne redémarrent pas. Et les water patrouilleurs sont alors à la merci de la vague. « On a un dicton : "C’est pas si, c’est quand", en rigole Taiau Doom. C’est pas si ça va arriver, c’est quand ça va arriver. Parce qu’un jour ou l’autre, c’est sûr que tu bouffes. » A l’image de Jimmy Tiapari qui, malgré ses dix ans d’expérience dans la zone d’impact, s’est retrouvé coincé dans la houle au moment de récupérer Kauli Vaast :
« Je suis arrivé un peu tard et il n’y avait que de la mousse, et dès que t’accélères, l’hélice, elle tourne dans le vide. C’est ce qui a fait que je suis resté sur place. C’est le phénomène de cavitation. Je n’ai rien eu, par chance, mais c’est la première fois que je prenais une bouffe comme ça. La machine, elle, était morte. »
Vigilance accrue avec les novices
Jimmy Tiapari est devenu le water patrol exclusif de Kauli Vaast sur les sessions de freesurf, où l’on est tracté par le jet. Lors des Jeux olympiques, il s’agira d’une compétition « normale », où il faudra se lancer à la force des bras sur cette vague que certains redoutent et n’ont que très peu pratiqué. « Les Allemands ont dit qu’ils n’ont jamais surfé ici, nous assurait Jimmy Tiapari un mois avant les JO. Ils sont venus s’entraîner il y a deux semaines, ils ne prenaient pas les vagues. »
Réintégrée au circuit féminin seulement en 2022, Teahupoo reste un mystère pour certaines compétitrices. Et même pour certains surfeurs. Ce qui demande une vigilance accrue pour la Water Patrol. « Il y aura beaucoup, beaucoup d’hésitation dans leur prise de risque, prévoit Tapuai Ellis. De toute manière, ils vont hésiter à prendre des vagues, donc il va falloir anticiper, s’ils n’ont pas eu le temps de se rattraper, ils se prennent la vague, il va falloir aller chercher très, très au fond. »
Pour les habitués, comme les locaux Kauli Vaast ou Vahiné Fierro, cette Water Patrol leur permet surtout de surfer en toute sérénité, ou presque. « Tu sais que si tu tombes dans les pommes, tu seras sauvée, relève la Tahitienne. Ça apporte beaucoup de confiance et ça te permet de donner encore plus parce que tu sais que si tu tombes et que tu te blesses, ils seront là. Ça enlève ce facteur de peur. » Devinez qui a gagné la Tahiti Pro le 30 mai dernier ? Oui, Vahiné Fierro. La Water Patrol, meilleure chance de médaille pour les Français.


















