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Les Israéliens sous bannière neutre aux JO, est-ce possible ?

JO de Paris 2024 : Les sportifs israéliens sous bannière neutre ? « Oui, on peut l’imaginer… »

TRèVELe CIO est le seul à pouvoir imposer aux athlètes israéliens de défiler sous bannière neutre aux Jeux de Paris cet été, en raison de la guerre qui oppose Jérusalem au Hamas depuis le 7 octobre
Laure Gamaury

Laure Gamaury

L'essentiel

  • Il est possible que le CIO impose aux athlètes israéliens de concourir en tant qu'« athlètes indépendants neutres » à Paris 2024, sans leur drapeau ni hymne national, s’il considère qu’il y a eu une « entorse à la charte olympique », par exemple en cas de non-respect du principe d’autonomie du Comité national olympique israélien.
  • Selon Jean-Loup Chappelet, spécialiste des questions olympiques, « la guerre à Gaza n’est pas considérée par le CIO » comme une raison valable pour une telle sanction à l’heure actuelle.
  • Le Comité national olympique du Guatemala est actuellement suspendu par le CIO pour cause « d’interférence du gouvernement », ses athlètes concourront donc sous bannière neutre à Paris 2024.

Et si les athlètes israéliens, au même titre que les Russes et Biélorusses, étaient privés de concourir avec leur drapeau et leur hymne cet été à Paris ? Début février, Manuel Bompard, coordinateur politique de La France insoumise, avait formulé l’idée. Une trentaine de députés insoumis et écologistes, parmi lesquels François Ruffin, l’ont formellement demandé mardi au CIO, en argumentant d’une sanction contre « les crimes de guerre » selon eux commis par Israël à Gaza.

« Si le CIO considère qu’il y a eu une entorse à la charte olympique, oui, les athlètes israéliens pourraient être obligés de défiler sous bannière neutre, analyse Jean-Loup Chappelet, professeur honoraire de management public à l’université de Lausanne et spécialiste des questions olympiques. Mais pour l’instant, la guerre à Gaza n’est pas considérée par le CIO. » Entre trêve et mélange entre sport et géopolitique, 20 Minutes a demandé à l’expert de la gouvernance du sport international sous quelles conditions une telle décision pourrait s’appliquer.

Les conditions sont-elles réunies pour exclure Israël des Jeux olympiques ?

Jean-Loup Chappelet : Il y a des précédents, en particulier quand un comité national olympique (CNO) a été exclu ou suspendu par le Comité international olympique (CIO). Ce ne sont pas les pays qui envoient les athlètes mais bien les comités nationaux olympiques (CNO). A ce jour, 206 comités olympiques existent partout dans le monde, représentant des pays et des territoires. La Palestine a le sien, Israël également. S’ils sont reconnus par le CIO, ils peuvent envoyer une équipe aux Jeux. C’est le CIO qui reconnaît les CNO.

Il a suspendu le CNO russe récemment, contrairement au CNO biélorusse. Il avait aussi suspendu le CNO koweïtien, ce qui avait obligé les athlètes de ce pays à défiler sous bannière neutre lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux de Rio en 2016. Ils ont donc participé en tant qu’athlètes indépendants et l’un d’eux a remporté une médaille d’or au tir, qu’il a reçue au son de l’hymne olympique. On parle beaucoup plus des Russes. Aujourd’hui, techniquement, le CNO russe ne sera pas présent à Paris, puisqu’il est suspendu, mais des athlètes russes pourront participer en tant qu’athlètes indépendants neutres (AIN), sans leur hymne, leur drapeau ou leur tenue nationale.

Y a-t-il des critères pour suspendre un comité national olympique ?

J-L Chappelet : Il n’y a pas de liste de critères mais il y a des principes énoncés dans la charte olympique. C’est une décision délicate et très rare. En général, ce qui est invoqué, c’est le non-respect de la charte olympique, et en particulier le principe d’autonomie. C’est écrit noir sur blanc dans la charte olympique depuis 1949. Ce principe signifie qu’il ne doit y avoir aucune interférence du gouvernement dans les affaires du CNO. Ce qui avait été le cas au Koweït : le gouvernement avait voulu imposer un nom au CNO koweïtien. C’est la raison de sa suspension durant les Jeux de Rio en 2016.

Depuis 1949 et la rédaction de la charte olympique, c’est très formel. Mais avant, en 1924 à Paris par exemple, l’Allemagne n’avait pas participé en raison de la Première Guerre mondiale. D’ailleurs, la guerre en Ukraine n’a jamais été considérée comme telle par le CIO. La suspension du CNO russe est due à l’inclusion des républiques séparatistes de l’Ukraine qui ont été envahies, à savoir le Dombass et la Crimée, dans son système. Dans le cas des athlètes biélorusses, leur CNO n’est pas suspendu mais une recommandation du CIO les met dans une situation identique à celle des athlètes russes.

Une recommandation du CIO serait-elle suffisante pour interdire que les Israéliens défilent derrière leur drapeau ?

J-L Chappelet : Fin février 2022, le CIO a recommandé aux fédérations internationales de n’accepter les athlètes porteurs de passeport russe et biélorusse dans leurs compétitions que s’ils respectaient une liste de critères stricts de huit pages, dont le principal est de ne pas soutenir l’agression russe en Ukraine. Ils sont alors considérés comme des athlètes individuels neutres. Ils ne doivent pas non plus être sous contrat avec l’armée russe ou biélorusse.

Pour se qualifier pour les JO, tous les sportifs doivent passer par des compétitions qualificatives, organisées par lesdites fédérations. Donc oui, on peut l’imaginer. Mais là, hormis si Benyamin Netanyahou demande la destitution du président du comité national olympique d’Israël pour le remplacer par quelqu’un qu’il aurait choisi, je ne vois pas comment le CIO pourrait procéder. Le président du CNO israélien est le même depuis plusieurs années (c'est une femme et elle a été élue en 2021).

A cette heure, le CNO du Guatemala est suspendu pour cause d’interférence du gouvernement. Les athlètes guatémaltèques pourront participer aux épreuves mais lors de la cérémonie d’ouverture, ils défileront sous bannière neutre. Le drapeau et l’hymne du Guatemala ne seront pas utilisés à Paris, sauf changement d’ici aux Jeux.