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Trop d’E. Coli dans la Seine le 31 juillet ?Attention à ce chiffre

Une mesure prouve que la baignade dans la Seine aurait dû être interdite pour le triathlon le 31 juillet ? Prudence

Fake OffLors de ces JO, une entreprise a mis en avant sa méthode alternative pour estimer le nombre de bactéries E. coli dans la Seine. Un de ces résultats est devenu viral sur les réseaux sociaux
Emilie Jehanno

Emilie Jehanno

L'essentiel

  • Un post vu 2,2 millions de fois reprend le résultat d’une mesure effectuée dans la Seine par l’entreprise Fluidion.
  • Le chiffre de 3.538 unités formant colonie (UFC) d’E. coli/100 ml, comparé au seuil, pour la baignade en eau douce, de 900 UFC/100 ml en E. coli, a choqué.
  • Mais cette mesure alternative « ne permet pas de conclure sur le risque » d’une baignade, explique la microbiologiste de l’environnement Françoise Lucas.

Edit du 9 août à 10h10 : Dans le cadre d’un complément d’informations, nous avons ajouté une réaction du PDG de Fluidion au sujet des études épidémiologiques.

« 3.538 unités formant colonie (UFC) d’Escherichia coli pour 100 ml ». Après le problème gastrique d’une triathlète belge qui s’est baignée dans la Seine le 31 juillet, le chiffre est devenu rapidement viral sur X cette semaine. Et le débat sur la qualité de l’eau perdure alors que se déroule ce jeudi et vendredi 8 et 9 août les dernières épreuves dans le fleuve parisien, celles de natation en eau libre.

C’est la phrase d’un entrepreneur de la tech qui a été la plus partagée avec un post vu 2,2 millions de fois depuis le 5 août : « La Seine est montée jusqu’à 3.538 UFC d’E. coli/100 ml d’eau pendant l’épreuve [du triathlon le 31 juillet]. La baignade est interdite en France à partir de 900 ». Cette UFC est une unité qui permet d’estimer le nombre de bactéries dans un échantillon. Pour que la baignade soit autorisée, deux groupes de bactéries présentes dans les matières fécales sont recherchés : Escherichia coli et les entérocoques intestinaux.

La Fédération internationale de triathlon a fixé la limite de qualité suffisante à 1.000 UFC/100 ml pour E. coli et 400 UFC/100 ml pour les entérocoques pour les événements sportifs. La norme européenne l’a fixée, en eau douce, à 900 UFC/100 ml d’E. coli pour le classement des sites de baignade sur la base d’un calcul prenant en compte la variabilité sur quatre ans, mais ce seuil n’est pas utilisé pour des prélèvements ponctuels en cours de saison de baignade.

Une méthode alternative

Pour appuyer le propos du post, un lien a été ajouté vers des mesures réalisées par l’entreprise française Fluidion. Cette dernière a, lors de ces Jeux olympiques, mis en avant sa méthode alternative, qui s’appelle ALERT et donne une estimation des concentrations en E. coli. Mais ce chiffre mérite d’être remis en contexte et, surtout, la méthode alternative proposée par Fluidion « ne permet pas de conclure sur le risque » d’une baignade, explique la microbiologiste Françoise Lucas, chercheuse au Laboratoire eau, environnement et systèmes urbains de l’université Paris-Est-Créteil, puisque la méthode n’est pas réglementaire.

D’où vient d’abord la mesure de 3.538 UFC d’E. coli/100 ml d’eau ? Le 31 juillet, à 8h05, 11h30, 11h40 et 12h50, Fluidion a effectué deux types de mesures en amont du pont Alexandre III, le jour de l’épreuve de triathlon, des « mesures planctoniques » et des « mesures totales des bactéries ». C’est pour cette dernière qu’a été relevée la mesure de 3.538 UFC/100 ml à 13h50. Un échantillon utilisant la méthode du nombre plus probable (NPP), une technique normée et réglementaire basée sur des essais de dilutions en laboratoire, a aussi été prélevée en plus pour servir de point de comparaison.

« Dans une zone grise » pour Fluidion

« Dans l’ensemble, les mesures planctoniques pour les trois échantillons étaient inférieures au seuil [mis en place par la Fédération internationale de triathlon], indique, sur son site, l’entreprise qui développe des systèmes de prélèvements et d’analyse de la qualité de l’eau. […] La tendance était à la baisse pour les niveaux d’E. coli planctoniques tout au long de la compétition, mais, au contraire, les mesures totales d’E. coli ont montré une tendance inverse, augmentant de 1.518 le matin à 3.538 E. coli/100 ml en début d’après-midi. »

« Nous constatons qu’une quantité importante de bactéries agrégées sur des particules de nature fécale et sédimentaire étaient présentes lors des épreuves du triathlon, explique Dan Angelescu, le PDG de Fluidion auprès de 20 Minutes. Ces bactéries ne sont pas prises en compte par les méthodologies actuelles de laboratoire, mais sont mises en évidence par les méthodes plus avancées que nous avons développées. La qualité de l’eau était donc dans une zone grise, où le risque n’est pas vraiment maîtrisé. »

La réglementation sur le risque de gastro-entérite

Pour la chercheuse Françoise Lucas, les mesures planctoniques de Fluidion sont dans le même ordre de grandeur que la méthode réglementaire. Les protocoles de prélèvement et de mesures sont, en effet, déterminés par des méthodes de mise en culture normées ISO et permettent de conclure sur un pourcentage de risque. Or, la mesure totale des bactéries ne permet pas de qualifier la qualité de la Seine, explique-t-elle.

Pourquoi ? « Parce que la relation statistique entre le risque de cas de gastro-entérite a été établie avec cette méthode normée, détaille la chercheuse. Les seuils réglementaires ont été établis sur la base d’études épidémiologiques, avec une relation établie entre E. coli, prélevées dans les 30 premiers cm de la colonne d’eau [là, où le nageur sera le plus exposé], et le risque d’attraper une gastro-entérite. »

La méthode ALERT de Fluidion est « intéressante pour la recherche, pour la gestion active, note-t-elle, mais elle ne peut pas être reliée aux études épidémiologiques, donc on ne peut pas conclure sur le risque et on ne peut pas classer l’échantillon. Pour les JO, les fédérations sportives ont été très claires : elles ne se fieront qu’aux mesures réglementaires. Et ça clôt la discussion. »

Des études épidémiologiques « imprécises » pour Fluidion

Si le PDG de Fluidion reconnaît que les études épidémiologiques pour la méthode ALERT n’existent pas encore, il conteste les conclusions de la chercheuse. « Ces études forment effectivement la base des réglementations actuelles, mais elles datent de plusieurs décennies et se sont révélées imprécises pour la prédiction du risque de maladie, indique Dan Angelescu. En revanche, les études épidémiologiques basées sur la mesure totale des bactéries par des méthodes moléculaires existent et montrent une meilleure corrélation avec l’incidence des maladies », affirme-t-il, citant une étude de 2023 de l’Agence de protection de l’environnement des Etats-Unis.

Il ajoute aussi que les méthodes réglementaires actuelles ne détectent pas les bactéries et pathogènes associés aux particules d’origine fécale humaine, au potentiel infectieux « très important » et souvent présentes « en grand nombre » dans la Seine, particules détectées par sa technologie « qui fournit une meilleure indication du risque associé ». « Tout ce que nous pouvons affirmer avec certitude est que le risque est significativement plus élevé que ce que les mesures NPP montrent, affirme-t-il. De combien exactement, on ne sait pas encore. »

Le 31 juillet, une eau de « bonne qualité »

Alors que les résultats des prélèvements dans la Seine étaient communiqués avant l’ouverture des Jeux, cette publication a été suspendue depuis le 24 juillet. Le Comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques (Cojop) garde la main sur la communication, un manque de transparence qui a été régulièrement critiqué.

Le 7 août, Mediapart a publié les résultats d’analyses officiels effectués par le laboratoire d’Eau de Paris. Ils montrent que la qualité de l’eau « n’était suffisante que deux jours sur dix », relève le média, c’est-à-dire les 30 et 31 juillet. Le 31 juillet, quatre prélèvements montrent que la concentration d’E. coli se situait entre 192 et 308 UFC/100 ml, selon les données publiées par le site, soit sous le seuil des 500 UFC/100 ml considéré comme une eau de « bonne qualité » pour la fédération de triathlon.

« Le mythe » de la méthode idéale

Françoise Lucas souligne, par ailleurs, qu’il n’existe pas de méthode idéale pour pouvoir compter totalement toutes les bactéries. « C’est un mythe », pointe-t-elle, car chaque méthode comporte un biais. Et enfin, elle tient à rappeler que la bactérie E. coli mesurée ici « n’est pas un pathogène, mais un membre du microbiote intestinal sain qui est utilisé comme témoin de présence d’eaux usées. D’autres sources peuvent apporter ces bactéries, comme les animaux, la remise en suspension du sédiment. Plus d’E. coli remis en suspension à partir du sédiment ne veut pas forcément dire plus de pathogènes », conclut-elle.