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BaraquementsCréé pour les JO de Paris 1924, le village olympique alimenta les polémiques

JO Paris 1924 : A Colombes, le premier village olympique draine son lot de polémiques

BaraquementsAprès 1900, Paris accueille les Jeux olympiques de 1924. A cette occasion, à côté du stade olympique de Colombes, une soixantaine de baraquements en bois sont installés pour accueillir les sportifs. Certaines délégations bouderont ce premier village
Le premier village de l'ère olympique à Colombes (Hauts-de-Seine), en 1924.
Le premier village de l'ère olympique à Colombes (Hauts-de-Seine), en 1924.  - CIO / CIO
Octave Odola

Octave Odola

L'essentiel

  • Colombes a accueilli le premier village olympique lors des JO 1924. Logements temporaires, pressions immobilières, problème de confort ou cantine « déplorable », l’aventure de celui-ci n’a pas été de tout repos et rappelle des points de crispations entourant le village de 2024.
  • Le quotidien L’Homme s’indignait en février 1924 des manœuvres « malhonnêtes » d'« hôteliers parisiens, du moins certains hôteliers d’une conscience pour le moins douteuse (…) pour loger les visiteurs d’expulser leurs locataires présents ».
  • En 1924, le village olympique a été démonté après les épreuves. Il n’en reste plus aucune trace aujourd’hui. L’an prochain, après les Jeux, le village, situé en Seine-Saint-Denis, constituera un nouveau quartier.

A un an des Jeux olympiques de Paris 2024, 20 Minutes et Retronews, le site de presse de la BNF, vous replongent cent ans en arrière avec les Jeux de 1924. Aujourd’hui, on file à Colombes dans le premier village olympique.

En voiture, il suffit de s’engouffrer sur l'A86 pour relier Colombes (Hauts-de-Seine) à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Avec un peu de chance et de patience, une trentaine de minutes et une dizaine de kilomètres engloutis suffisent pour accomplir le trajet. Mais pour les fans de sport et d’histoire, la petite excursion francilienne devient un périple à travers le temps : près d’un siècle d’histoire olympique relie les deux villes. A compter du 1er mars 2024, le village olympique sera livré en Seine-Saint-Denis. Il y a cent ans, les athlètes prenaient leurs quartiers à Colombes, à l’occasion de la septième édition des jeux modernes, en 1924. Et, pour la première fois, les sportifs avaient pu être logés pendant les compétitions.

Une soixantaine de baraquements en bois avaient été installés non loin du stade olympique, futur Yves-du -Manoir, qui accueille l’événement sportif. En plus du gîte, le couvert a été offert aux athlètes. A l’époque, les organisateurs ont promis des conditions optimales pour les délégations. Malgré les ambitions affichées, la réalisation n’est pas au rendez-vous, à en croire le quotidien Le Siècle, qui se lance le 1er juin 1924 dans une opération de fact-checking, se moquant de la communication des organisateurs.

De Colombes à Saint-Denis

« "Les chambres seront groupées en pavillons ayant une cour intérieure et une entrée particulière. Ces pavillons pourront recevoir de 50 à 150 athlètes." Si, par hasard, vous allez un jour à Colombes, jetez un coup d’œil sur ces "palaces" et vous aurez l’impression des cagnas qu’on établissait pendant la guerre, aux gares d’embranchement », cinglait le journal, avant d’en rajouter une louche sur la cuisine proposée au village. « Une alimentation conforme aux goûts et habitudes de chaque nation est prévue par nous. Il faut croire que la prévision n’a pas été poussée jusqu’à la réalisation, car ceux qui ont goûté de cette cuisine s’accordent à la trouver déplorable. »

Les Américains ont boudé les conditions spartiates du village au profit du château de Rocquencourt (Yvelines), où ils ont établi leur camp de base, tandis que les Britanniques ont fait appel… à un cuisinier anglais.

Paris, ses Jeux et sa crise du logement

Dans l’idée pourtant, le concept de village olympique semblait faire consensus. « Le village olympique est une idée qui plaît à toutes les nations engagées », pouvait-on lire dans le quotidien L’Auto en 1923, qui rapportait un communiqué du comité olympique français. Mais, comme aujourd’hui, la question de la pression immobilière dans une ville comme Paris, s’est posée.

« Dans Paris surpeuplé et où sévit la crise du logement, ne va-t-il pas falloir héberger près de cinq mille athlètes venus de tous les pays et une foule d’amateurs de sport ou de simples touristes que l’on évalue à plus de 200.000 ? Les plus récentes statistiques établissent qu’il y a dans la capitale environ 245.000 locations meublées : chambres et appartements qui ont presque toutes leurs occupants fixes ou passagers. C’est, à quelques milliers près, la quantité de locaux qui seront nécessaires, au mois de mai, pour donner asile à nos hôtes. L’on s’explique dans ces conditions, que des hôteliers puissent être tentés de se préparer à majorer leurs prix et que leurs locataires actuels en conçoivent quelques inquiétudes », analysait le quotidien Le Journal en février 1924.

Hausse exponentielle des locations, réquisitions des logements étudiants… Les inquiétudes et les polémiques se multiplient à l’approche des Jeux. En 1924, ces mêmes questions ont indigné la presse.

« Voici que les hôteliers parisiens, du moins certains hôteliers d’une conscience pour le moins douteuse, ont imaginé, pour loger les visiteurs, qui nous arriveront en avril et mai prochains, d’expulser leurs locataires présents (…). Et les victimes de cette manœuvre malhonnête sont, de tous les locataires, les plus malhabiles à se défendre, les moins aptes à engager des procès, les moins susceptibles de savoir se diriger dans les labyrinthes de la chicane : j’ai nommé les étudiants », s’indignait le quotidien L’Homme libre le 22 février 1924.

Un siècle après le premier village, les Jeux ont changé de dimension. Les soixante maisonnettes qui accueillaient des athlètes amateurs sont bien loin. L’an prochain, près de 15.000 sportifs dormiront au village olympique, et jusqu’à 60.000 repas seront servis. « Le premier village de l’époque était éphémère, il a été démonté après les Jeux », a précisé sur France Bleu Isabelle Vallentin, directrice adjointe de la Solidéo, la société en charge de la livraison des ouvrages olympiques. Après l’événement sportif, le village de 2024 deviendra un quartier d’habitation. Loin des polémiques ?

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