Mondiaux: Vis ma vie en Chine, République Tchèque ou Finlande... Le hockey, ce sport terriblement dépaysant

HOCKEY SUR GLACE Beaucoup de joueurs de l'équipe de France évoluent à l'étranger...

Vincent Marche

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Damien Fleury, ici contre la Suisse, a joué en Chine cette saison.
Damien Fleury, ici contre la Suisse, a joué en Chine cette saison. — CHRISTOPHE SAIDI/SIPA
  1. Sur les 25 joueurs français présents aux Mondiaux, on retrouve 10 nationalités de club.
  2. Certains joueurs évoluent dans des villes de 30.000 habitants.
  3. Damien Fleury a évolué un an en Chine, loin de sa famille.

Si vous avez regardé la liste des clubs de nos représentants en équipe de France de hockey sur glace, vous avez sans doute vu qu’il y a une dizaine de nationalités de clubs. Finlande, Suède, Chine, Autriche, Norvège… On ne va pas se le cacher, même si ce sont sans doute des endroits très jolis, ce ne sont pas franchement des destinations touristiques de premier plan…

Teddy Da Costa joue en République Tchèque, à l’Orli Znojmo, commune de 30 000 habitants, plus pour raison sportive que pour une classe de découverte. « Les jeunes avec un peu d’ambition cherchent avant tout à évoluer à l’étranger. Pour progresser et gagner un peu plus d’argent, on nous a toujours dit qu’il fallait partir du championnat de France. »

En gros, c’est un peu comme un jeune qui cherche à quitter la Ligue 1 pour rallier l’Espagne, l’Italie ou l’Angleterre. Sans le côté glamour et avec plusieurs centaines de milliers d’habitants en moins.

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Dans le hockey européen, les ligues majeures se trouvent à l’Est et au Nord. Ainsi, pour Valentin Claireaux, la destination finlandaise n’est pas aussi exotique que pour nous, simples mortels. « En Finlande, le hockey est un des sports nationaux. Tout le monde en parle. »

Pour le joueur de Lukko, club situé à Rauman, une commune de 30 000 habitants à 250 bornes d’Helsinki, la Finlande était un rêve. « Il y a une dizaine d’années, j’avais vu cette équipe jouer contre la Suède aux Jeux Olympiques. Je me suis dit que je jouerai là-bas un jour. » Et il n’a pas hésité à y aller, malgré le froid finlandais, où les températures peuvent descendre jusqu’à -40 degrés. « Je viens de Saint-Pierre-et-Miquelon, du coup, je n’étais pas dépaysé », plaisante le joueur formé à Amiens.

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Pour voir du pays, il faut du temps. Or, Teddy et Valentin sont d’accord sur une chose : c’est difficile d’en disposer quand on est hockeyeur professionnel. « On joue beaucoup de matchs dans une saison, 2 à 3 par semaine, dit Teddy Da Costa. Et on s’entraîne le reste du temps. » Et en déplacement, pas de place pour le tourisme. « Parfois, on part la veille, explique Valentin. On arrive à l’hôtel, on mange, on dort. Et le jour du match, on joue et on part juste après. »

Les rares fois où ils peuvent, ils se promenent. Znojmo est situé à une heure de Vienne, la capitale autrichienne. Teddy part aussi en Pologne voir sa famille quand il en a l’occasion. Quant à Valentin, il passe beaucoup de temps à Tampere, à deux heures de Rauma. « C’est ce qui se fait de mieux en Finlande, après Helsinki. »

 

Palet impérial - Les tribulations de Damien Fleury en Chine

 

« Je ne retournerai pas à Pékin »

Pas question d’Europe pour Damien Fleury. L’attaquant de l’équipe de France, opposée au Canada jeudi, est un pionnier. A 30 ans, il a participé la saison dernière aux premiers pas du Red Star Kunlun, la première équipe professionnelle chinoise. Sacré déracinement. « Si on m’avait dit quand j’étais un jour que je jouerais un an à Pékin, je ne l’aurais pas cru. »

La formation pékinoise évolue en Kontinental Hockey League, un championnat surtout composé d’équipes russes mais avec aussi des formations biélorusses ou encore… croates. Lui a choisi Pékin, sans sa femme et ses enfants. « Je l’ai très mal vécu. Au début, on m’avait dit que ma famille pourrait venir me rejoindre mais ça ne s’est pas fait. »

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Dans un vestiaire très international, Damien Fleury a connu la solitude. « Lors de nos temps libres, on prend du temps pour se reposer. Mais dès que je me sentais en état, je sortais avec les autres joueurs ou j’allais me balader pour m’aérer la tête. »

En KHL, le club chinois a dû traverser de longues distances pour jouer en déplacement. Près de trois fois le tour de la planète, dont un déplacement de 18 heures pour jouer à Zagreb.

« Le plus difficile, c’était le décalage horaire. Aucune ville dans laquelle on a joué n’était sur le même fuseau. Un jour, on jouait à 1h du matin. Le lendemain, à 14 heures. Il a fallu s’adapter. »

Et parfois, cette expérience a donné lieu à des situations cocasses. « Mes patins sont arrivés la semaine avant la fin de la saison. J’ai dû jouer avec mes patins de la saison dernière. Ce sont les chinois qui géraient le matériel, ils ont peut-être pensé que ce n’était pas important. » S’il convient que c’était une belle expérience. « J’espère rester dans cette ligue, en KHL, mais je ne retournerai pas à Pékin, » répond Damien Fleury, catégorique.

Mais les joueurs s’estiment chanceux. Teddy Da Costa: « Il n’y avait aucune chance que je voyage autant sans le hockey. C’est la vie des sportifs.» Particulièrement en hockey.