Mondiaux de handball: Richardson, Mahé... Pourquoi les «fils de» percent au très haut niveau au hand?

HANDBALL Les enfants des Barjots commencent à débarquer en nombre dans le paysage…

Nicolas Camus

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Jackson Richardson et son fils Melvyn, qui va disputer le Mondial de handball avec l'équipe de France.
Jackson Richardson et son fils Melvyn, qui va disputer le Mondial de handball avec l'équipe de France. — STEVE JORDAN et SEBASTIEN BOZON / Montage
  • L'équipe de France, double tenante du titre, entame son Mondial ce vendredi soir contre le Brésil.
  • Dans ses rangs, un petit nouveau au nom bien connu, Melvyn Richardson.
  • Fils de Jackson, il est avec Kentin Mahé (fils de Pascal) le symbole d'une transmission familiale qui fonctionne particulièrement bien au handball. 

Voilà une chose, quand on suit le sport de près, qui arrive beaucoup plus tôt que ce qu’on avait prévu. Les gros coups de vieux à peine la trentaine passée, il faut savoir encaisser. Le handball, tout particulièrement, est un truc à vous foutre le moral à zéro. Les souvenirs d’ado des Barjots ne sont pas encore tout à fait jaunis qu’on retrouve déjà leurs enfants en train de préparer un championnat du monde. En attendant, peut-être un jour, Ewan Kervadec ou les frères Gaudin, Kentin Mahé et Melvyn Richardson - 17e homme pour le moment - font partie du groupe France qui va entamer la compétition vendredi soir, face au Brésil.

« Il ne remplit pas le rôle de l’ancien handballeur expérimenté, mais d’abord celui de père »

Si le premier, déjà double champion du monde, est un visage familier, le grand public va découvrir le second avec curiosité. Difficile d’en être autrement quand votre père, un certain Jackson, a été la première grande star de ce sport. Pourtant, rien ne semble pouvoir perturber Melvyn. A 21 ans, le joueur de Montpellier aborde le sujet sans gêne ni agacement, alors qu’on doit être la 853e personne à le questionner là-dessus depuis qu’il a commencé.

« J’ai toujours vu ça comme un avantage d’avoir un paternel qui connaît le milieu, dit-il d’emblée. Au-delà des aspects techniques ou tactiques, je ne pouvais pas avoir de meilleurs conseils pour la gestion de ma carrière. Mais surtout il ne remplit pas le rôle de l’ancien handballeur expérimenté, il remplit d’abord celui de père. On a toujours eu une bonne relation. »

Le fils ne voit pas le nom de famille comme un fardeau. Peut-être parce qu’il a aimé le hand avant de se rendre vraiment compte de qui était son père. « J’allais aux matchs tout petit, mais pour moi j’allais surtout voir papa travailler », explique-t-il. Fana de sport, il s’est essayé au foot, au tennis, au judo et à la natation. Sa venue au hand, à 8 ans, n’a rien à voir avec la famille, assure-t-il. « Quand je suis arrivé à Chambéry, mes potes faisaient du handball. J’ai commencé pour être avec eux, et on s’éclatait tellement que je n’ai jamais voulu arrêter. »

Le joueur qu’il est devenu a peu à voir avec le style paternel. Jackson, droitier, virevoltait au poste de demi-centre, volait des ballons, inventait des choses. Melvyn, gaucher, est plus polyvalent, plus puissant, plus aérien. Hormis une passion certaine pour les jets de 7 mètres, la différence est encore plus grande entre Pascal Mahé, solide défenseur préposé aux basses œuvres, et son fils Kentin, ailier ou demi-centre très créatif. Reste l’exemple, une notion dont on se demande pourquoi elle fonctionne si bien dans ce sport.

Certains avaient plus de talent, mais pas les mêmes parents

« Je ne sais pas, c’est une bonne question, souffle Kentin Mahé. Il y a peut-être moins de prétendants que dans d’autres sports, déjà. Après, est-ce parce qu’on a traîné dans les salles toute notre enfance, qu’on a vu les meilleurs joueurs et qu’on a cherché à les imiter, ça nous a permis de nous hisser vers le haut niveau ? Moi, en tout cas, ça m’a apporté de voir mon père s’entraîner dur, de savoir qu’il répétait toujours les mêmes gestes pour réussir. Des joueurs avaient sûrement plus de talent que nous à l’âge de 15 ans mais n’avaient pas ce vécu et des parents qui les hissaient vers l’exigence. »

Les parents de Mickael Guigou n’ont pas touché le haut niveau, mais les deux ont été joueurs puis entraîneurs, avant de fonder le club d’Apt (Vaucluse) quand il avait 2 ans. « J’avais tout le temps un ballon en main, se souvient-il. Tes parents te transmettent souvent leur passion, après tu la prends ou pas. Pour moi, ça s’est fait naturellement. C’est un ensemble de choses, compliqué à expliquer. »

Sage parmi les sages du haut de ses 36 ans, l’ailier qui a tout connu avec les Bleus est un témoin privilégié de la transmission entre les deux Richardson. Il a commencé sa carrière internationale avec le père, il la finira aux côtés du fils. « J’ai vu comment Jackson l’a accompagné, et je sais qu’il n’y a pas eu de mauvaise pression. Parce que c’est ça le risque. Quand tu viens du haut niveau, tu peux être trop présent, connaître trop de monde, et au final, être plus néfaste qu’autre chose. »

« Ils ne sont pas leur père »

Le secret de la réussite tiendrait donc à l’intelligence des parents, et à leur capacité à trouver le bon équilibre entre l’accompagnement et le laisser-vivre. Un compromis sûrement plus simple à trouver dans le hand, qui réunit à la fois l’excellence de la formation et une certaine tranquillité médiatique, que dans le foot. Par exemple.

« La seule chose à comprendre, c’est qu’ils ne sont pas leur père, résume le capitaine Cédric Sorhaindo. Ce que Kentin et Melvyn réalisent, à leur âge, c’est très bien. Je trouve qu’ils ont une force de caractère un peu plus grande que les autres. » Il faut bien que les gènes servent à quelque chose, quand même.