Le handball sport d’EPS par excellence, la clé de la réussite française?

HANDBALL Le handball est le sport le plus pratiqué ou presque dans les collèges…

B.V.

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Olivier Krumbholz et ses joueuses, en 2017
Olivier Krumbholz et ses joueuses, en 2017 — Laskowski/PRESSFOCUS/SIPA
  • Les deux équipes de France de handball sont championnes du monde.
  • Et si la raison était l'école, qui donne une bonne place au hand depuis un demi-siècle.

On n'a pas eu le courage de fouiller dans tous les archives statistiques des sports collectifs, mais on peut affirmer sans trop se tromper que c’est la première fois qu’une équipe de France féminine ET masculine possèdent, en même temps, le titre de champion du monde. Alors, du fond du cœur, et alors que l’euro féminin démarre vendredi en France, merci à notre handball. Il y a 150 manières d’expliquer la domination française dans ce sport : la qualité de la formation fédérale, le charisme des Krumbholz ou Onesta, les générations dorées Jackson Richardson/Niko Karabatic/Valerie Nicolas/Allison Pineau, etc…  Et puis il y a une dont on parle moins : l’importance de l’école.

Si vous avez grosso modo entre 20 et 50 ans et que vous n'êtes pas réformé pieds plats, depuis les années 1960-70, le handball a été installé comme le sport de référence, pratiqué dans les cours d’éducation physique et sportive. « C’est lié à la contribution des profs d'EPS dans le développement scolaire du handball, explique Sandrine Mariot-Delerce, championne du monde avec l’équipe de France en 2003 et elle-même prof d’EPS. Tous les grands entraineurs nationaux de l’histoire du hand (Costantini, Krumbholz, Onesta) sont des profs d'EPS. Même aujourd’hui, si on prend l'organigramme des coachs nationaux, ils ont fait la filière STAPS. Et dans la formation : au jury de CAPES (le concours pour devenir enseignant) il y avait handball. Tous ont eu cette formation au handball qui ont permis de le diffuser et d'inonder les cours d'école ».

« Jamais de problème de motivation »

Voilà comment aujourd’hui le handball se retrouve comme le sport n°1 des cours d’EPS. « C’est programmé depuis toujours, résume Ludovic Hironde, prof d’EPS à Pontault-Combault. Comme en Nouvelle-Zélande, tous les gamins font du rugby, ici c’est du handball. » « Depuis deux ans le handball a détrôné le badminton comme sport n°1 à l’UNSS, précise Pascale Jeannin, en charge des relations avec le monde scolaire pour la Fédé de hand. C’est la première activité de référence, c’est le sport que les élèves ont choisi de pratiquer. »

Comment expliquer cet amour pour le hand ? « Tout le monde apprécie à condition de faire des niveaux de jeu adaptés, il n’y a jamais de problème de motivation, assure Ludovic Hironde. Les règles sont assez simples, la balle est facile à manier, tout le monde peut tirer, tout le monde peut marquer, on peut prendre du plaisir assez rapidement. »

Nikola Karabatic et les Experts se sont arrachés pour battre la Norvège en ouverture de l'Euro de handball (32-31), le 12 janvier 2018.
Nikola Karabatic et les Experts se sont arrachés pour battre la Norvège en ouverture de l'Euro de handball (32-31), le 12 janvier 2018. - Darko Bandic/AP/SIPA

Comme ça, le handball a réussi à se créer une base massive de licenciés dans un sport qui n’avait jusqu’à alors jamais été considéré comme « majeur ». « La plupart des Allison Pineau, Cleopatre Darleux ont commencé comme ça à l’UNSS », assure Sandrine Mariot-Delerce. « C’est l’école qui a permis au handball de se développer comme il l’est aujourd’hui, résume Pascale Jeannin.  Et maintenant, ce sont les résultats du haut niveau qui vont permettre de continuer ce lien ».

L'école n'a plus le même rôle

Parce que le handball a beaucoup changé depuis. Le sport s’est largement professionnalisé et aujourd’hui, la détection se joue « plus au niveau du tissage fédéral, à travers les détections », note Ludovic Hironde. On arrive aussi beaucoup plus jeunes en clubs, avant le collège, et l’école n’a plus le même rôle.

« Malgré tout, quand ils arrivent en 6e, il y a encore plein de gamins qui n’ont pas joué au hand, poursuit Sandrine Mariot-Delerce. Ce rôle de découverte existe encore et ceux qui passent entre les mailles du filet et ont du potentiel pour le handball, l’EPS permet d'en "attraper" encore deux ou trois ».

Pour les autres, le handball n’est plus tout à fait qu’un « sport d’EPS ». Désormais, grâce aux résultats des équipes nationales, « les gamins connaissent les règles et s’identifient aux joueurs, poursuit l’ancienne championne du monde. Ils ont des maillots. Pas autant que le foot, mais le handball est connu, il a une identité. » Et ça, c’est un peu grâce à l’école.