Mondial de handball: Le saviez-vous? Un Français se cache chez les Japonais, et son histoire est assez fabuleuse
HANDBALL•Il s’appelle Rémi Feutrier, et il joue à Chambéry…Nicolas Camus
Il n’en a peut-être pas conscience, mais Rémy Feutrier ferait un très bon sujet de roman. C’est vrai, ce n’est pas si courant de tomber sur un joueur de hand né en France, parti au Japon à l’âge de 3 ans pour ne revenir que 20 années plus tard, comme ça, juste pour voir et apprendre la langue, et qui se retrouve aujourd’hui à défier les Experts lors d’un match de championnat du monde. Mais en attendant de voir Amélie Nothomb s’emparer de son histoire, c’est nous qui en profitons.
Retour en 1992. Né à Paris trois ans plus tôt, le petit Rémi s’envole loin, très loin vers l’Est, pour vivre dans le pays de sa mère. Il devient alors Anri Doi, ou 土井杏利 pour les intimes, et se met au handball à 9 ans. Joueur talentueux, il est sacré trois fois champion national avec son école. Mais au moment de passer pro, la tuile. Son genou ne répond plus, il doit s’arrêter.
Fini le hand, pense-t-il alors. En tout cas au haut niveau. En 2012, Rémi Feutrier se décide à venir en France, pour découvrir la culture et la langue du paternel. Il atterrit à Chambéry, et c’est là que l’histoire s’emballe. Son genou ne le faisant plus souffrir « par je ne sais quel miracle », comme il le dira dans un article du Dauphiné en 2015, il ne résiste pas à l’idée d’aller tâter de la balle gluante.
« Il voulait jouer comme ça, en loisirs. Mais il avait un bon niveau, on l’a intégré aux entraînements de la Nationale 1 du club, retrace Mario Cavalli, le coach de l’époque. Et puis il a fait ses preuves. Il avait de grosses qualités techniques et physiques, il apportait beaucoup sur le terrain. Alors on l’a fait entrer dans le groupe pro. » C’est ainsi que Feutrier signe son premier contrat en 2013, à presque 24 ans.
L’atterrissage ne se fait pas sans mal, la faute au choc culturel. « Il correspondait à l’image typique qu’on peut se faire d’un Japonais, se souvient le gardien Cyril Dumoulin. Il était toujours à l’heure, à dire merci, extrêmement respectueux, avenant avec tout le monde. Alors que nous, à côté… »
« Les gros mots, ça n’existait pas pour lui ! »
« Ah ça, il y en a eu des scènes marrantes dans les vestiaires, embraye Cavalli. Il se faisait malmener par les plus anciens, mais toujours gentiment. Ils le branchaient sur sa façon d’être, qu’on n’avait pas l’habitude de voir. Les gros mots, ça n’existait pas pour lui ! Pareil quand ils parlaient de filles entre jeunes. Rémi était très pudique, alors que nous en France, dans les vestiaires, ça se lâche un peu, vous voyez. »
Oh, on imagine assez bien. Le garçon a mis du temps pour se sentir à l’aise, mais il a fini par y arriver. « Il a appris à se lâcher un peu plus, résume Dumoulin. Et je crois que ça lui a servi ». Dans la vie, et sur le terrain aussi. « Il avait un gros déficit de culture hand. Il ne se rendait pas compte de la valeur de la balle, il jouait vraiment pour s’amuser, explique l’ancien coach, tout plein de tendresse dans la voix. On lui a appris la rigueur. »
Passé de son poste de formation d’arrière à celui d’ailier - ça n’a pas le même impact de mesurer 1,80m au Japon et en Europe… -, Feutrier a su s’imposer à Chambéry à partir de la saison 2014-2015, et a même découvert la Ligue des champions. Appelé en sélection japonaise toute fin 2015, il en est aujourd’hui un cadre qui s’apprête à faire face aux Experts, vendredi. « C’est quand même une sacrée belle histoire », souffle Cyril Dumoulin. C’est bien ce qu’on disait.


















