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Que risque Manchester City après ses infractions financières ?

« Une rétrogradation reste peu probable »… Que risque Manchester City après ses infractions financières ?

CA VA SAIGNER ?•Reconnu coupable de graves infractions financières entre 2009 et 2018, Manchester City attend de savoir à quelle sauce il va être mangé par la commission indépendante de la Premier League qui a enquêté sur son cas
Aymeric Le Gall

Aymeric Le Gall

L'essentiel

  • Manchester City a été reconnu coupable de 114 des 115 chefs d’accusations par une commission indépendante de la Premier League pour avoir gonflé artificiellement ses revenus entre 2009 et 2018, période durant laquelle le club a remporté huit titres dont trois Premier League.
  • Les sanctions envisagées incluent des amendes financières, un retrait de points en championnat et une limitation ou interdiction de recrutement, mais le retrait des titres remportés paraît « beaucoup moins probable » selon l’économiste du sport Jean-François Brocard
  • L’enjeu principal est de savoir si les sanctions seront suffisamment « coercitives et désincitatives » pour décourager les futurs tricheurs.

Un quasi Grand Chelem de l’escroquerie, chapeau les artistes. Reconnu coupable de 114 des 115 chefs d’accusations par une commission indépendante de la Premier League, qui accuse Manchester City d’avoir bidonné pendant des années ses contrats de sponsoring afin de gonfler artificiellement ses revenus, le club mancunien risque de voir flou quand les sanctions vont tomber. Et cela ne saurait tarder, sachant qu’on parle tout de même de 900 millions de livres sterling (1,05 milliard d’euros) de préjudices.

Toute la question est de savoir si celles-ci seront à la hauteur des infractions constatées afin de décourager les futurs tricheurs potentiels de suivre le même chemin à l’avenir. Economiste du sport et chercheur au Centre de droit et d’économie du sport (CDES) de l’université de Limoges, Jean-François Brocard nous livre son impression sur ce à quoi l’on peut s’attendre de la part de la commission indépendante de la Premier League qui enquête sur cette affaire depuis des années maintenant.

« Il y aura très probablement des sanctions financières, la question est de savoir à combien cela va s’élever et s’il y aura ou non un côté désincitatif là-dedans, déclare-t-il. Ensuite on peut imaginer a minima un retrait de points en championnat et à une limitation, voire une interdiction pure et simple, de recrutement lors des prochains mercatos. C’est fort probable. La véritable question c’est de savoir si oui ou non ils vont revenir sur le passé et retirer les titres obtenus ces dernières années par Manchester City, ce qui paraît beaucoup moins probable. » Sur la période qui intéresse les enquêteurs, 2009-2018, Man City a remporté huit titres dont trois Premier League.

L’épineuse question des titres remportés par City

Si certains adversaires directs des Citizens les années où les Skyblues ont remporté la Premier League ont réclamé leur médaille de champions, à l’image de Rio Ferdinand, défenseur central de Manchester United qui avait terminé deuxième derrière son voisin et rival en 2011-2012, d’autres comme Wayne Rooney assurent ne pas avoir mérité ce titre a posteriori. « Quelle que soit la sanction, il est impossible de remonter le temps », a pour sa part jugé Mauricio Pochettino, l’ancien coach de Southampton et Chelsea et actuel sélectionneur des Etats-Unis, comparant cependant la domination de Manchester City sur le football anglais à « une ère de tromperie ».

S’il est peu probable qu’on en arrive à ce stade, les clubs qui s’estiment lésés, et ils sont nombreux en Premier League, ont d’ores et déjà entamé des démarches juridiques afin de recevoir des compensations financières de la part du club mancunien. A titre de comparaison, le club d’Everton a été condamné en juin dernier à verser 35 millions de livres à Burnley à cause d’une infraction aux règles financières qui avait causé la relégation des Clarets en Championship à l’issue de la saison 2021-2022.

Coach de City de 2016 à 2026, Pep Guardiola a assuré ses anciens dirigeants de son soutien total dans la période que traverse le club.
Coach de City de 2016 à 2026, Pep Guardiola a assuré ses anciens dirigeants de son soutien total dans la période que traverse le club.  - Phil Oldham/Shutterstock/SIPA

S’il ne cache pas espérer de « lourdes sanctions », à la hauteur du « foutage de gueule auquel on a assisté de la part de City », Jean-François Brocard rappelle que dans ce genre d’affaires malheureusement, « à l’image de ce qu’il s’est passé à l’époque avec le PSG, la montagne accouche très souvent d’une souris parce que les régulateurs ont peur de sanctionner ou subissent des pressions politiques pour ne pas le faire. »

En effet, même si la Premier League n’est pas l’UEFA et que celle-ci a pour habitude de ne pas trop ménager les susceptibilités en sanctionnant assez lourdement les clubs, on a tout de même entendu ces dernières heures Andy Burnham, le Premier ministre du Royaume-Uni, prendre la parole pour défendre et remercier « le City Football Group pour l’argent qu’ils ont investi dans l’Etihad, le campus autour et la City ». « Je serais vraiment inquiet de les perdre, a-t-il enchaîné. Ils ont été un partenaire majeur dans la construction du Manchester moderne. »

Une Premier League qui n’hésite pas à taper fort

En 2023, les clubs d’Everton et de Nottingham Forest avaient respectivement été sanctionnés d’un retrait de huit et quatre points pour avoir dépassé le plafond de pertes autorisé par la Premier League. Fin juillet, Chelsea a de son côté été sanctionné d’une amende de 10,75 millions de livres (12 millions d’euros) et interdit de recrutement pour une durée de deux ans avec sursis, en raison d’irrégularités financières commises entre 2011 et 2018. Les Blues avaient en revanche échappé au retrait de six points qui leur pendait au nez en reconnaissant l’ensemble des faits qui leur étaient reprochés. Ce qui n’est pas le cas de Manchester City, qui préfère parler de « complot » et qui a déjà annoncé activer tous les leviers à sa disposition pour se défendre.

Peut-on enfin imaginer une rétrogradation pure et simple des Skyblues en Championship ? Jean-François Brocard nous invite à « ne pas rêver ». « C’est un avis personnel et je n’ai pas de boule de cristal mais, à mon sens, cela n’ira pas jusque-là dans le sens où ça nuirait à l’image de la Premier League, qui perdrait là un gros acteur et un gros investisseur. » Cela permettrait cependant de montrer aux clubs anglais (et au monde qui a les yeux rivés sur la Premier League) chaque week-end qu’on ne plaisante pas avec les règles du jeu financier.

« S’il s’avérait que les sanctions n’étaient pas assez lourdes, les autres pourraient se dire qu’au fond ils avaient raison de tricher et ce serait un mauvais signal envoyé, conclut l’économiste du sport. Mais d’un autre côté, on peut aussi comprendre la position d’un régulateur qui serait frileux à sanctionner un acteur qui rapporte aussi beaucoup d’argent à la Premier League. Comment arriver à concilier ces deux objectifs, à savoir faire entrer de l’argent dans les caisses tout en évitant que les tricheurs puissent prospérer ? Ça va être tout l’enjeu de la décision à venir. » D’ici là, on va préparer le pop-corn pour être fin prêt pour le jour où cela va tomber.