A.L.G.
L'essentiel
- Mohamed Sanhadji, ancien responsable de la sécurité de l’équipe de France surnommé « Momo la République », a été mis en examen le 19 septembre dernier pour corruption et est soupçonné d’avoir obtenu plus de 300.000 euros entre 2020 et 2024 auprès de plusieurs internationaux français.
- L’ancien policier utilisait la flagornerie pour manipuler les footballeurs en leur faisant croire qu’ils étaient ses préférés, écrivant « Tu es ma plus belle rencontre dans le foot » à plusieurs joueurs comme Antoine Griezmann, Olivier Giroud, Thierry Henry ou Zinédine Zidane, tout en sollicitant des prêts d’argent et des voyages tous frais payés.
- Mohamed Sanhadji a échappé à la détention provisoire en payant une caution de 80.000 euros et fait face à de multiples accusations incluant corruption, trafic d’influence, escroquerie et blanchiment de fraude fiscale, tout en étant désormais interdit de côtoyer le milieu du football et tenu à l’écart de l’équipe de France.
C’est une histoire totalement rocambolesque que seul le football (et les millions qui gravitent dans sa galaxie) peut nous offrir. Mis en examen le 19 septembre dernier pour corruption dans l’affaire du don de Kylian Mbappé, Mohamed Sanhadji, l’ancien monsieur sécurité des Bleus surnommé par les joueurs « Momo la République », est soupçonné par les enquêteurs de l’IGPN d’avoir profité de sa grande proximité avec les footballeurs tricolores pour leur demander de l’argent au fil des ans.
Des sollicitations de prêts pour s’acheter une maison, des voyages aux quatre coins du globe, des places de matchs, des maillots, tous les prétextes étaient bons pour obtenir des petites et grandes faveurs de la part de joueurs dont le patrimoine et le compte en banque bien garni attisent forcément les convoitises.
Sanhadji aurait ainsi « obtenu de plusieurs internationaux français plus de 300.000 euros entre 2020 et 2024, sans compter les vacances offertes et les avantages en nature », selon nos confrères de L’Equipe qui publient ce jeudi une large enquête révélant les pratiques douteuses du « flic des Bleus » ces dernières années.
La discrétion, « sinon je suis mort »
Il obtiendra notamment près de 215.000 euros de la part de plusieurs joueurs ou entraîneurs (Kylian Mbappé, via sa maman Fayza Lamari, Raphaël Varane, Sabri Lamouchi, Laurent Blanc, Yann M’Vila, Mattéo Guendouzi), à qui, toujours selon L’Equipe, il effectuait des demandes similaires en copiant collant un message préparé à l’avance, assurant à chacun qu’ils étaient les seuls à qui il demandait cela et évoquant à la fois ses difficultés financières et un manque de connaissance dans l’immobilier.
Mis sur écoute par la police, celui-ci semblait avoir parfaitement conscience de la nature douteuse de ses demandes puisqu’il précisait à chacun d’eux d’être discret, que cela serait leur petit secret, ajoutant, visionnaire, « sinon je suis mort ». « Si ça sort, ça sera ma fin… », confie-t-il encore à Mattéo Guendouzi le 25 octobre 2024.
Pendant des années, celui-ci se serait devenu un spécialiste de la flagornerie, faisant croire à chacun des footballeurs qu’il pouvait solliciter qu’il était son petit préféré. « Tu es ma plus belle rencontre dans le foot », aurait-il écrit à la fois à Antoine Griezmann, Olivier Giroud, Willy Sagnol, Thierry Henry ou Zinédine Zidane.
Une caution de 80.000 euros pour éviter la détention
Désormais tenu à l’écart de l’équipe de France, alors que Zinédine Zidane envisageait à l’origine de poursuivre l’aventure avec lui tant il était devenu incontournable et indispensable dans la vie de la sélection, Mohamed Sanhadji a échappé de justesse à la détention provisoire après sa mise en examen le 16 septembre dernier après avoir payé une caution de 80.000 euros échelonnés sur plusieurs mois.
Les faits qui lui sont reprochés sont les suivants : « recel de détournement de fonds public, corruption active de personne dépositaire de l’autorité publique, trafic d’influence actif sur personne dépositaire de l’autorité publique, trafic d’influence passif par personne dépositaire de l’autorité publique, trafic d’influence international passif, corruption passive par personne dépositaire de l’autorité publique, escroquerie et blanchiment de fraude fiscale. »
Placé sous contrôle judiciaire, « Momo La République » s’est vu interdire de côtoyer le milieu du football jusqu’à ce que l’enquête ait fait toute la lumière sur cette affaire de dingue. Contacté par L’Equipe, l’entourage du policier a expliqué que « Monsieur Sanhadji réservera ses déclarations à la justice. Celles et ceux qui souhaitent commenter, résumer et surtout interpréter des faits sortis de leurs contextes le feront sous leur seule responsabilité. Mohamed Sanhadji n’entend pas les commenter devant un tribunal médiatique. »