PSG : Sans cœur ou pragmatique ? Pourquoi le choix de Luis Enrique de se séparer de Donnarumma n’a rien de choquant
FOOTBALL•Depuis plusieurs jours, Donnarumma et son clan font passer l’idée que le PSG s’est mal comporté avec lui. La réalité est un brin différente pour peu qu’on s’y intéresse vraimentAymeric Le Gall
L'essentiel
- Luis Enrique a pris la parole en conférence de presse, mardi, à Udine, en marge de la Supercoupe contre Tottenham, pour préciser sa position dans le dossier Donnarumma.
- Le coach espagnol a assumé le choix de se séparer du gardien italien, qu’il apprécie en tant qu’homme, mais qui ne correspond pas à son nouveau projet sportif avec le PSG.
- De son côté, l’Italien n’a pas toujours donné des signaux positifs au PSG quant à une possible prolongation, laissant craindre aux dirigeants un départ libre du club parisien.
C’est qui le patron ? En pleine polémique autour du traitement réservé par le PSG à Gianluigi Donnarumma, poussé vers la sortie après le transfert de Lucas Chevalier dans la capitale, Luis Enrique n’a eu d’autres choix que de mettre les pieds dans le plat en conférence de presse, mardi soir, à la veille de la Supercoupe contre Tottenham, à Udine, en Italie. Face à un parterre de journalistes qui n’avait que le nom du gardien italien en tête - et pour cause, celui-ci venait de publier un message sur Instagram pour confirmer qu’une personne et une personne seulement était à l’origine de ce départ précipité - le coach espagnol a assumé être l’unique responsable de cette drôle de situation.
« Ce sont toujours des décisions difficiles à prendre, je le sais, a-t-il commencé par dire. Je ne peux que parler en bien de Gigio Donnarumma. C’est l’un des meilleurs joueurs à son poste, sans aucun doute. Et il est encore mieux comme personne. Mais on cherchait un profil de gardien différent. Je le répète, mais c’est toujours difficile de décider ce genre de situations. […] Cette décision, c’est la décision du club qui me soutient. Et à partir de là il a fallu trouver la meilleure décision pour toutes les parties. » Une prise de position courageuse, à l’image du personnage, qui construit un peu plus encore son image de décideur tout-puissant au PSG sur les questions sportives.
Un choix sportif, rien de plus
Ce n’est pas une surprise, Luis Enrique, qui n’avait pas choisi Donnarumma en rejoignant le PSG à l’été 2023, n’a jamais été fan du profil de l’ancien portier milanais, notamment du fait d’un jeu aux pieds pas vraiment assuré. C’est donc tout naturellement qu’après des mois de contacts avec Lucas Chevalier, le numéro 2 de l’équipe de France a passé le cap et choisi de rejoindre les champions d’Europe en titre et de se séparer de « Gigio ». Quand bien même celui-ci a été l’un des artisans du formidable parcours européen du PSG la saison dernière, Luis Enrique a fait son choix.
Selon lui, dans l’idée qu’il se fait du projet sportif parisien des prochaines années, cela devait passer par cette étape douloureuse, et tant pis si Donnarumma était une pièce maîtresse et un élément respecté du vestiaire parisien. Comme l’on dit les joueurs en marge de la Supercoupe, à l’image de Nuno Mendes, c’est le choix du coach et les joueurs sont priés de le respecter. « C’est le choix du coach, on fait notre travail et s’entraîne. On fait tout pour être dans la liste. Le coach choisit les joueurs qui sont prêts pour le match selon lui », a indiqué le Portugais en conférence de presse.
Marquinhos joue son rôle de capitaine
Plus dissert sur la question, Marquinhos a lui aussi pris la parole pour calmer le jeu autour de cette affaire et, en bon capitaine, saluer le travail accompli par l’Italien tout en rappelant que ce n’était là que la dure réalité du football de haut niveau, où les sentiments passent après les considérations sportives.
« C’est toujours difficile. Depuis douze ou treize ans que je suis ici, j’ai vu la même chose se passer pour d’autres joueurs. Ils n’ont pas gagné avant d’être dans une situation comme ça, mais c’étaient des joueurs cadres et des joueurs importants, qui se sont vus obligés en fin de mercato à devoir choisir un autre club et à devoir partir. Notre vie est comme ça, le foot est comme ça. Nous en tant que joueur, tout ce qu’on peut faire et donner ou dire, c’est donner le maximum jusqu’à la dernière minute pendant qu’on est ici », a-t-il déclaré.
« Moi aussi un jour je vais partir, j’espère que ce sera dans les meilleures conditions possibles. Mais les joueurs, ils passent, le club reste, les supporters aussi. L’histoire va rester gravée, a assuré Marquinhos. Tant pour Gigio que pour d’autres joueurs, ils ont gravé l’histoire du club. Il a écrit l’histoire, on le remercie du fond du cœur. On ne sait pas encore s’il va rester ou partir. S’il reste, on l’accueillera à bras ouverts. Ce qu’il a fait la saison dernière c’est incroyable et c’est aussi grâce à lui que l’on est arrivé en finale. Si on gagne ce titre c’est aussi grâce à lui. S’il doit partir on le remerciera aussi du fond du cœur. C’est un très bon ami, une bonne personne et un vrai leader important dans le vestiaire. »
Business is business, Gigio d’accord avec City
N’ayant pas réussi à se mettre d’accord avec Donnarumma au sujet d’une éventuelle prolongation de contrat, le PSG a craint qu’il ne lui refasse le même coup qu’il avait fait à son club formateur de l’AC Milan, à savoir de se barrer au terme de son contrat, libre, pour toucher une belle prime à la signature et ne rien laisser dans les caisses du club. Dès lors, tout en profitant d’une opportunité de marché avec un Chevalier prêt à passer un cap dans sa carrière, le Paris Saint-Germain a choisi de ne pas se faire dicter ses choix.
Et si Enzo Raiola, l'agent de l'Italien, a jugé que le PSG avait fait preuve d'un « énorme manque de respect » envers son client, il a aussi confirmé que son joueur ne comptait de toute façon pas prolonger son contrat au-delà de 2026. Il n’y a donc rien là de scandaleux dans la décision du PSG, c’est la loi du milieu et Donnarumma connaît parfaitement les règles.
Celui-ci n’a d’ailleurs pas mis longtemps à passer à autre chose puisque L’Equipe nous annonce ce mercredi qu’il s’est déjà mis d’accord avec le Manchester City de Pep Guardiola. Oui, vous avez bien entendu, l’homme qui a fait du poste de gardien un onzième joueur de champs et qui ne jure que par un jeu aux pieds irréprochable. Décidément, les voies du football sont bien impénétrables.


















