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Comment expliquer la chute sans fin de Manchester United ?

Manchester United - OL : « On était un des plus grands clubs du monde »… Comment expliquer la chute des Red Devils ?

FootballAlors qu’ils affrontent l’Olympique Lyonnais en quart de finale de Ligue Europa ce jeudi, les Mancuniens enchaînent les saisons compliquées
Antoine Huot de Saint Albin

Antoine Huot de Saint Albin

L'essentiel

  • A Old Trafford, Manchester United accueille ce jeudi soir (21 heures) l’Olympique Lyonnais pour une place en demi-finale de la Ligue Europa.
  • Quatorzièmes de Premier League, les Red Devils enchaînent les saisons compliquées depuis le départ de Sir Alex Ferguson en 2013.
  • Cette chute sans fin est la faute, selon les supporteurs mancuniens, de la direction du club, que ça soit la famille Glazer, qui a racheté le club en 2005, ou Ineos, arrivé fin 2023.

De notre envoyé spécial à Manchester,

Les données sont trompeuses. A la surprise générale, le soleil peut briller à Manchester, dans ce nord de l’Angleterre si souvent raillé pour ses températures fraîches, son brouillard épais et ses pluies traumatisantes. Les météorologues annoncent même environ 116 jours d’ensoleillement par an, suffisant pour que l’épiderme clair de nos chers voisins ne devienne en quelques minutes d’un rosé flashy qui ne déplairait pas à Cristina Cordula.

Mais, de soleil, les supporteurs de Manchester United n’en ont pas vu depuis plusieurs années. Pire que ça, depuis 2013 et un dernier titre de champion d’Angleterre, ils traversent les saisons tel un phoque crabier au cercle polaire entre l’équinoxe de printemps et celui d’automne, dans le noir le plus total. Il y a bien eu quelques soubresauts depuis, cette victoire en Ligue Europa 2017 ou ces deux FA Cup (2018 et 2023), mais jamais ce vrai retour aux beaux jours. Surtout, ils paraissent aujourd’hui lointains, alors que MU est sur le point de boucler la pire saison de son histoire.

Les Glazer, ennemis publics n°1

Quatorzième de Premier League, Manchester United ne jouera aucune coupe d'Europe la saison prochaine, à moins d’une victoire en Ligue Europa, dont ils disputent le quart de finale retour ce jeudi face à l’OL. Mais, même un nouveau trophée européen n’apporterait que très peu d’éclaircies. Car le mal est ailleurs. Et à un nom : Glazer. « Quand la famille Glazer a racheté le club en 2005, on était l’un des plus grands clubs du monde, avec de l’argent, explique Christ Rumfitt, membre du conseil d’administration de Manchester United Supporters Trust (Must), qui œuvre pour que la voix des supporters soit entendue par la direction du club. Mais ils ne l’ont pas racheté avec leur argent, mais de la dette. »

Et le club anglais continue de payer aujourd’hui le fruit de cette belle idée. Chaque jour, 100.000 pounds (116.000 euros) partent des caisses du club pour rembourser les intérêts contractés par les Glazer. Et le puits va continuer de se creuser, puisque cela devrait augmenter encore dans les deux prochaines années, assurent certains supporteurs de United. La majorité des fans, dont le Must, ont alerté dès 2005 sur le danger d’une telle opération, sans que rien ne change.

En signe de protestation, certains supporteurs ont même créé le FC United of Manchester, aujourd’hui en septième division, pour ne plus donner d’argent aux Glazer. « La monnaie, c’est la seule langue que les businessmen comprennent. Et c’était aussi pour montrer qu’il est possible de gérer un club de football différemment et s’assurer que les fans soient au cœur du club, nous explique Paul Hurst, un des fondateurs du club, qui a résilié son abonnement en 2005 et ne donne plus un centime aux Glazer. Vingt ans plus tard, tout ce que nous avions prévu en 2005 s’est passé. Les finances de Manchester United sont un désastre. »

Ineos, ça ne tourne pas rond non plus

Alors, l’arrivée de Jim Ratcliffe et d’Ineos fin 2023 devait offrir à MU une petite bulle d’espoir. En rachetant environ 28 % des parts du club, celui qui est aussi le patron de Nice a injecté des fonds propres. Mais a, comme tout bon gouvernement français qui se respecte ces dernières années, décidé de s’attaquer aux « petits » pour essayer de récupérer le maximum d’argent. « Ils ont viré des salariés, sucré une donation annuelle de 40.000 pounds à une association d’anciens joueurs, fixé un prix exorbitant de 66 pounds pour les enfants qui veulent venir à Old Trafford et ont plus que doublé le prix de l’abonnement pour les seniors », s’indigne Paul Hurst.

Très critiqué, le boss d’Ineos a sorti le refrain habituel et répliqué que ces décisions avaient été prises dans l’intérêt du club. « Il dit qu’il ne s’est pas rendu compte de la situation dans laquelle était le club. Mais pour beaucoup d’entre nous, c’est difficile de croire ça, estime Paul Hurst. Il a construit un empire d’entreprises, ça ne fait pas de sens qu’il investisse son propre argent sans vraiment comprendre la situation au sein du club. »

La protestation contre les propriétaires de Manchester United.
La protestation contre les propriétaires de Manchester United. - Conor Molloy/ProSports/Shutterst/SIPA

« Depuis l’arrivée de Ratcliffe, les nouveaux propriétaires veulent tout détruire et ne respectent personne », a estimé Eric Cantona, en visite la semaine dernière au FC United, dont il est devenu copropriétaire (avec autant de pouvoir que les autres membres). Le King, dont le visage est dessiné sur plusieurs murs de la ville, s’est indigné du sort que la direction réserve aux anciens. « Il a proposé ses services, mais a été ignoré, indique Paul Hurst. Sir Alex Ferguson va perdre son rôle d’ambassadeur. Ils font n’importe quoi. »

Des investissements ratés

Et le sportif dans tout ça ? « Tout découle de la situation à la tête du club, assure Elliott, la quarantaine, croisé devant le pub The Trafford, à deux pas du stade mancunien. On ne peut pas espérer quoi que ce soit dans cet état. Il suffit de voir les gros investissements qu’on a faits. Certains sont déjà partis et on continue à payer aujourd’hui leur transfert. » Arrivé pour 100 millions d’euros en provenance de l’Ajax, Antony, pris en plus dans des affaires de violences conjugales, a été prêté au Betis. Même chose pour Jadon Sancho, acheté 85 millions d’euros et aujourd’hui à Chelsa.

Jusqu’à son départ, en 2013, Sir Alex Ferguson a été l’arbre qui cachait une forêt en passe de partir en fumée. Et puis, après la retraite de la légende écossaise, tout s’est effondré. « Pourquoi tous ces entraîneurs qui ont réussi ailleurs (Mourinho, Ten Hag, Amorim, Moyes), viennent à Manchester United et échouent lamentablement chez nous, interroge Chris Rumfitt. La même chose chez les joueurs. La réponse se trouve à la tête du club. La structure du club a été négligée, le stade a été négligé. »

Autant dire que le match contre Lyon ce jeudi soir apparaît comme seulement un match de plus dans la longue traversée du désert. D’ailleurs, en ville, aucune mention de cette rencontre ou d’autres matchs des Red Devils, seulement des affiches pour le derby de Manchester féminin qui se déroulera à Old Trafford. Ce pourrait d’ailleurs être l’un des derniers car Ineos a annoncé son souhait de construire un nouveau stade. Encore un sujet qui fâche.

Manifestations communes

Cette nouvelle enceinte de 100.000 places coûterait la modique somme de 2 milliards de livres (2,3 milliards d’euros). Evidemment, la nouvelle n’a pas été reçue avec des applaudissements chez les supporteurs. « Comme pour le sportif, on l’a laissé se détériorer, regrette Paul Hurst. C’était le meilleur stade anglais il y a vingt ans. Beaucoup veulent qu’il soit rénové, modernisé, mais pas complètement détruit. Et puis on ne connaît pas l’origine des fonds. C’est encore très vague, mais ce n’est pas surprenant. »

Notre dossier sur Manchester United

Alors, que peuvent faire les supporteurs mancuniens pour tenter de retrouver leur club ? Pas grand-chose, malheureusement. Un boycott a déjà été organisé, mais sans aucun impact. Le seul moyen de contestation reste la manifestation. La dernière s’est tenue il y a deux semaines, avant un match du FC United of Manchester. Fait majeur, les dissidents de 2005, qui restent quand même très attachés à MU, ont été rejoints par le groupe The 1958, fermement opposé à la politique de la famille Glazer. L’union fait la force. Manque juste un peu d’argent.