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Barça - PSG : « Laporta n’a pas été transparent »… Le Camp Nou va-t-il être fini avant la Sagrada Familia ?
football•Le mythique stade du FC Barcelone est en travaux depuis deux ans et demi… et à écouter le président Joan Laporta, il aurait déjà dû rouvrir quatre foisNicolas Camus
L'essentiel
- Le PSG se déplace à Barcelone mercredi pour la deuxième journée de la Ligue des champions. Un match qui a lieu au Stade olympique Lluís-Companys, et non au Camp Nou, dont les travaux ne sont toujours pas terminés.
- Le mythique stade du Barça devait à l’origine être prêt en novembre 2024, selon les promesses du président Joan Laporta, mais les reports se sont succédé, sur fond de gueguerre entre le club et la mairie de Barcelone.
- Aujorud’hui, les critères de sécurité ne sont toujours pas remplis, insiste la munipalité. Pour la direction catalane, le temps presse puisque l’enjeu financier d’une réouverture prochaine est crucial pour le club, massivement endetté.
De notre envoyé spécial à Barcelone,
Pour un peu, on pourrait croire qu’une sorte de malédiction frappe la ville de Barcelone avec ses monuments emblématiques. Ou alors le retard dans les travaux est juste une spécialité locale, à ranger quelque part entre la Bacalla a la llauna et la zarzuela. Car plus encore que la fin du chantier de la Sagrada Familia, annoncée désormais en 2026 – 144 ans après le début, tout de même –, c’est la réouverture du Camp Nou qui traîne dans la cité catalane comme un serpent de mer.
Un report, deux reports, trois reports…
Cela fait maintenant deux ans et demi que le Barça et ses socios sont privés de leur stade, qui avait besoin d’un bon coup de peinture. Les quelques travaux de rénovation effectués dans les années 90 ne suffisaient plus à masquer la misère dans une enceinte mythique mais pas encore entrée dans le 21e siècle.
Le président Joan Laporta a donc lancé les grandes manœuvres en mai 2023 : agrandissement à 105.000 places, toit panoramique, tribunes reconstruites ou entièrement rénovées, avec de nouveaux sièges aux couleurs du club et des lumières LED pour accompagner l’entrée des joueurs. Tout ça avec l’espoir initial d’une inauguration en novembre 2024, pour célébrer les 125 ans du club.
La bonne blague. Après quatre reports et le double de fausses promesses, le Spotify Camp Nou, de son nom complet depuis le contrat de naming signé en 2022 avec le géant du streaming musical, n’est toujours pas prêt pour le premier match à domicile de la Ligue des champions, ce mercredi contre le PSG. Même pas avec une jauge de 27.000 spectateurs, qui correspond à l’étape 1 de la réouverture. Les travaux, gérés par l’entreprise Limak, ont accumulé les retards, notamment pour des questions de permis et de plaintes, venues de salariés contestant leurs conditions de travail et de riverains excédés par le bruit.
« Une œuvre gigantesque »
L’arlésienne de la réouverture prête à sourire dans les rues de Barcelone. Christian, un socio croisé juste à côté du stade, assure n’avoir jamais cru son président sur les délais. « On savait bien que ça allait prendre du temps C’est une œuvre gigantesque. Personnellement, j’aurais même dit quatre ou cinq ans, s’emballe-t-il. Déjà quand on fait des travaux à la maison, il y a parfois six mois de retard. Alors quand on voit un chantier comme celui-là… »
Il est vrai qu’en ce mardi après-midi, on a du mal à croire que la réception du PSG ait pu être ne serait-ce qu’envisagée ici il y a encore 10 jours. Si la zone pelouse-tribunes est quasiment terminée, l’extérieur du stade n’est qu’un immense boxon. Des ouvriers s’affairent partout, le bruit des marteaux-piqueurs et des camions en train de manœuvrer couvre celui de la circulation, pourtant dense sur la Travessera de Les Corts, la principale artère du quartier. En levant les yeux, on aperçoit également les grues fonctionner à plein régime.
Ce chantier a pris la tournure d’un soap, avec le gentil Barça d’un côté et la méchante mairie de l’autre. C’est en tout cas comme ça que les dirigeants catalans ont pris soin de présenter les choses. Ces derniers temps, face à la grogne qui monte doucement mais sûrement, Laporta et ses équipes, emmenées par la vice-présidente Elena Fort et le directeur des opérations Joan Sentelles, ont martelé un discours bien rodé. En résumé : « c’est un enjeu pour la ville entière », « tous les documents ont été envoyés », « la balle est dans leur camp ». Tout ça serait donc la faute d’une mairie un peu trop tatillonne sur les règles de sécurité. Une rhétorique relayée par des comptes culés influents sur les réseaux.
Ce qu’il manque encore
La municipalité, de son côté, tente de rester factuelle. Après la visite du chantier organisée en début de semaine dernière, les journalistes présents ont eu droit à une explication de texte sur les raisons objectives qui ont poussé les autorités à mettre leur veto. Il est question principalement de lacunes au niveau des issues de secours et de l’évacuation du terrain, de rampes et d’escaliers mal finis, et d’un problème d’accessibilité des véhicules, rapporte le journal Sport.
Deux jours plus tard, le maire Jaume Collboni a pris lui-même la parole pour que ce soit bien clair pour tout le monde. « Lorsque les techniciens disent que le lieu n’est pas sûr, notre devoir est de refuser le permis, comme nous le faisons avec toute autre installation à Barcelone, a-t-il rappelé. La priorité est la sécurité. Tant que les pompiers et la police municipale n’ont pas donné leur approbation finale, aucun permis ne sera accordé. » Lluis, un quinquagénaire habitant dans le quartier, observe :
« « Laporta parle avec son cœur, la mairie avec la raison, voilà pourquoi ça ne colle pas. Il veut ouvrir, mais s’il y a un problème, qu’une structure tombe, qu’est-ce qu’on fait ? Qui est responsable ? Non, je trouve que la mairie a tout à fait raison de temporiser. Le problème de Laporta est qu’il n’a pas été transparent. Il promettait des dates de réouverture alors qu’il savait très bien que ce ne serait pas possible. Dans le quartier, les gens sont assez en colère. » »
Les commerces, bars et boutiques de souvenirs qui vivent de la présence du Camp Nou doivent commencer à trouver le temps long. Mardi, d’ailleurs, toutes les devantures affichant les couleurs du club étaient fermées. « C’est un gros enjeu pour eux, reprend Christian, notre socio. On le sait, ce stade rénové va générer beaucoup d’argent. Alors les gens s’impatientent. »
Un enjeu économique majeur
Au moins, la mairie et les dirigeants barcelonais s’accordent à dire que les derniers ajustements ne devraient plus prendre très longtemps maintenant. Selon L’Equipe, la municipalité a donné lundi après-midi des premiers signaux positifs sur une éventuelle réouverture après la prochaine trêve internationale, soit pour la réception de Gérone, le 18 octobre, ou celle de l’Olympiakos en Ligue des champions trois jours plus tard. Il le faudrait vraiment, cette fois, car si le Barça se montre aussi insistant depuis des mois, c’est que l’enjeu financier est encore plus grand pour lui.
L’état catastrophique des comptes du club n’est un secret pour personne. Il souffre d’une dette colossale, estimée à plus de 3 milliards d’euros, et ne plus enregistrer de nouveaux joueurs que grâce à des tours de passe-passe qui commencent à sérieusement irriter la Ligue espagnole – souvenez-vous l’épisode Dani Olmo et Pau Victor en janvier dernier.
Laporta sous pression
Des problèmes qui ont fragilisé Joan Laporta, de retour aux affaires en 2021 après un premier septennat à la présidence dans les années 2000. Car le dirigeant a choisi la fuite en avant. Il a décidé de vendre les droits d’exploitation des sièges VIP du Camp Nou à des investisseurs qataris et émiratis, pour un montant de 100 millions d’euros sur 20 ans, afin d’assurer le fonctionnement du club à court terme. Sauf que cette vente ne peut entrer dans les comptes du club tant que le stade n’est pas opérationnel.
Laporta a également contracté un prêt d’1,45 milliard d’euros auprès de la banque américaine Goldman Sachs pour financer les travaux et rembourser une partie de la dette. Le remboursement des intérêts, estimés à près de 45 millions d’euros, va commencer au mois de décembre. Quant à Spotify, le groupe suédois ne donnera que cinq millions par an, et non 20, jusqu’à ce que l’enceinte soit remplie à 90 %.
L’ancien conseiller municipal de Barcelone est sous pression de toute part, et la réouverture de son stade est censée être l’élément qui enclenchera tout le reste dans un cercle vertueux. Du moins, c’est le plan prévu sur le papier. On terminera avec ces mots du journal El Confidencial, qui a sorti le bazooka contre l’homme fort du Barça il y a quelques jours : « La garde prétorienne de Laporta, tout comme le président lui-même, s’est habituée à mentir sans aucune conséquence. Du moins, jusqu’aux élections de 2026. »


















