Brest-Leverkusen : Comment le but « zidanesque » de Lees-Melou a changé la face du match
LEES-ZIZOU•Auteur du (sublime) but égalisateur contre Leverkusen, mercredi, Pierre Lees-Melou a permis à son équipe de revenir dans le match et d’inquiéter les champions d’Allemagne en titreAymeric Le Gall
L'essentiel
- De retour dans le onze de départ après une longue blessure, Pierre Lees-Melou a inscrit un formidable but de volée pour égaliser à (1-1) contre Leverkusen.
- Un but qui, non content d’être sublime, a surtout permi à son équipe de se réveiller, après avoir été malmenée en première période.
- Transfigurés au retour des vestiaires, les Bretons ont livré une deuxième période incroyable face au champion d’Allemagne en titre.
De notre envoyé spécial dans les années 2000,
Appelez-le Pierre Lees-Zizou. Pour son premier match en tant que titulaire après sa blessure au péroné droit, qui l’a tenu éloigné des terrains de mai à octobre, Pierre Lees-Melou (de son vrai nom) a rendu un bel hommage à notre divin chauve préféré, en reprenant de volée un centre en cloche venu de très haut pour crucifier le portier du Bayer, un peu à la manière de ZZ, en finale de Ligue des champions, vingt-quatre ans plus tôt, face à cette même équipe de Leverkusen.
Alors, ok, on vous entend d’ici nous dire que le geste parfait du double Z n’a rien à voir avec celui du Brestois, mercredi soir, et vous n’aurez pas tout à fait tort. Le contexte non plus, d’ailleurs. La pureté de la volée de Zidane ne sera jamais égalée par qui que ce soit, mais avouez quand même que la comparaison n’est pas non plus scandaleuse. « Lees-Melou apporte de la sérénité dans le jeu et en plus il est capable de marquer des beaux buts, convenait Ludovic Ajorque après le match. C’est un retour exceptionnel. »
Vite, un bain de glace pour l’artiste
On aurait aimé lui parler de son but mais le garçon a choisi de passer son tour après avoir déjà donné ses premières impressions au micro de Canal+. On s’en contentera donc : « J’aime le football, jamais (faire) un contrôle dans ces moments-là, on tente ! J’aurais pu tuer un spectateur, mais ça rentre. En plus, j’ai le rebond parfait juste devant le gardien. Et marquer avant la mi-temps, c’est parfait. »
Il faudra désormais songer à bien récupérer car livrer un tel match en intégralité, surtout après une telle période de convalescence, ça pèse forcément dans les guiboles au moment de passer à la caisse. « Il va falloir que je me mette dans la glace », se marrait-il justement chez nos confrères de Canal. « Il était un peu fatigué, embrayait Chardonnet en zone mixte. A la fin il se tenait les adducteurs. En tout cas il a prouvé que c’est encore le joueur que c’était la saison dernière. On le voit au quotidien, c’est un top player et son retour nous a fait du bien. »
Sans ce but, en effet, pas sûr que les Brestois auraient réussi une telle seconde période. Car marquer un but, aussi beau soit-il, c’est bien, mais encore faut-il qu’il serve à quelque chose. Et celui du numéro 20 brestois fait clairement partie de ceux-là. Plus qu’une piqûre de réveil, cette égalisation en fin de première période, alors que les Bretons se faisaient malmener, a fait office de véritable électrochoc.
Le but de fou qui change tout
Interrogé en conférence de presse sur cette première période compliquée, Eric Roy ne validait pas la théorie d’une équipe brestoise trop nerveuse, empruntée par la pression, le nom de l’adversaire et le contexte de la Ligue des champions.
« « Le Bayer est bien entré dans son match, ils nous ont fait courir. On était un petit peu trop loin, on ne s’engageait pas assez dans les duels, on rendait trop facilement le ballon, analysait-il à tête reposée. A la pause, je leur ai demandé de monter plus vite sur les joueurs, d’emballer ce match. On a mis cette énergie qui nous a manqué en première, on les a bien bousculés. En deuxième, on a été plus justes techniquement et, à l’inverse, ce sont eux qui nous ont rendu des ballons faciles en dégageant un peu à la va-vite. » »
C’est rien de dire que les consignes du coach ont été reçues 5/5. Il fallait les voir au retour des vestiaires, le couteau entre les dents, à harceler le porteur du ballon et se projeter en nombre face au but adverse. C’est bien simple, pendant une bonne vingtaine de minutes, les Allemands n’ont plus vu la lumière du jour, se faisant trimballer de tous les côtés comme de vulgaires poupées de chiffon.
« Le but de Bayer nous a un peu piqués mais, une fois qu’on a égalisé, ça nous a mis en confiance et on a gentiment pris le dessus. Le but nous a fait du bien, il nous a confortés dans l’idée que si on était bons sur le terrain, ça pouvait le faire, expliquait Brendan Chardonnet en zone mixte après le match. Et en deuxième période c’était la continuité de ça, on a maîtrisé le match, on avait le ballon, ça nous a permis de moins courir et de récupérer des efforts de la première mi-temps. »
Un talent (enfin) reconnu en Europe
Les Ty Zefs auraient même pu prendre l’avantage rapidement, encore une fois grâce à Lees-Melou, mais son enroulé du droit a fui le cadre après un magnifique enchaînement technique aux abords de la surface. A l’arrivée, si le Stade Brestois est avant tout un collectif, le retour du roi Melou a grandement participé à la performance XXL des Bretons. Il n’y a plus qu’à croiser les doigts pour que celui-ci ne se (re) pète pas d’ici là car mine de rien, à 31 ans et 151 jours, le corps encaisse de moins en moins l’accumulation des gros bobos.
Et même si, comme à d’autres, il ne faut pas lui parler d’âge, on notera tout de même que Lees-Melou est devenu mercredi soir le Français le plus âgé à marquer pour ses débuts en Ligue des champions depuis Daniel Bravo, en septembre 1994 (31 ans et 217 jours). Il n’est jamais trop tard pour se montrer aux yeux d’une Europe à qui l’on souhaite de bien en profiter car, de notre côté, ça fait un moment déjà qu’on est gaga du Zidane des Abers.


















