Brest - Bayer Leverkusen : « Ça serait ouf ! »… En plein kif, les supporters Brestois rêvent (déjà) de qualif
FOOTBALL•Premier club français au classement de la Ligue des champions cette saison, le Stade Brestois 29 n’en finit plus d’émerveiller ses supportersAymeric Le Gall
L'essentiel
- Le Stade Brestois reçoit le Bayer Leverkusen, champion d’Allemagne en titre, mercredi, au stade du Roudourou de Guingamp.
- Après leurs deux premières victoires inaugurales, les supporters bretons commencent de plus en plus à envisager une qualif en barrages.
- En lévitation depuis la saison dernière, les joueurs ont rendu fier une ville entière, bien au-delà du seul noyau des supporters.
De notre envoyé spécial au paradis brestois,
Si jamais vous avez des fans du Stade Brestois dans votre entourage, ce qui peut arriver, ne vous emmerdez pas trop pour les cadeaux de Noël : un cadre avec la photo du classement de Brest au coup de sifflet final de la victoire (4-0) à Salzbourg suffira. Car oui, Brest a bel et bien été l’espace d’un instant leader de cette Ligue des champions 2.0.
Et à quelques heures de recevoir le champion d’Allemagne en titre, le Bayer Leverkusen de l’esthète Xabi Alsono, ce qui n’était à l’origine qu’un doux rêve ou une grosse blague, c’est selon, est en passe de devenir réalité : les Finistériens n’auraient plus que trois points à prendre pour se qualifier a minima pour les barrages et envisager pourquoi pas une qualif en 8e de finale.
A cette évocation, Pierre-Yves vacille : « Putain, ça serait ouf ! ». Supporter brestois et batteur du groupe de musique « La Lucha Libre », celui-ci avait écrit une chanson avec ses potes intitulée « Saint Bruno Grougi », en hommage à la légende vivante du club aujourd’hui coach adjoint d’Eric Roy. Mais c’était une autre époque, quand Brest peinait à passer la deuxième partie de tableau en Ligue 2.
Alors avec leur club en Ligue des champions, ont-ils envie de remettre le couvert ? « Je ne sais pas, c’est compliqué, ça fait un peu gros suceur de roues, se marre-t-il. On a envie de faire un truc, mais faut qu’on trouve comment, on n’a pas envie de le faire au moment où c’est trop la hype. Nous, notre ADN, c’est la lose, donc on attendra peut-être la dépression, si elle arrive un jour. »
Des craintes vite balayées
Ce n’est a priori pas pour aujourd’hui et, à l’image de Pierre-Yves, les supporters Brestois sont en train de vivre leur meilleure vie. « Avant le premier match, j’étais comme un gosse toute la journée, j’ai fini tard en plus et je n’avais qu’une hâte c’était de rentrer et d’allumer la télé. Les films que tu te fais quand tu joues à FIFA avec Brest et que tu montes une équipe de fou, ben soudain, c’est devenu réalité », hallucine-t-il.
C’est aussi le cas de Julio, cet ultra fidèle aux « Ty Zefs » depuis vingt-cinq ans, à une époque où son club affrontait l’équipe B du Havre en National. « Si on m’avait dit il y a vingt-cinq ans que je verrais le Stade en Ligue des champions, je ne l’aurais pas cru. Et même encore aujourd’hui, je ne réalise pas vraiment. On parle de nous partout, même CBS avec Thierry Henry, pff… C’est fascinant. Faut croquer dedans à pleines dents car à mon avis on n’est pas près de la rejouer avant un sacré bail. »
Si l’ambiance est au beau fixe au pays de la bruine qui glace les os onze mois sur douze, ce n’était pas forcément le cas en début de saison. Passé l’euphorie de la troisième place lors de l’exercice précédent en Ligue 1, les supporters ont longtemps craint le pire avec un mercato qui tardait à s’animer et les rumeurs de départ de Lorenzi, le directeur sportif/magicien qui transforme le plomb en or.
« En vrai, je pensais qu’on allait se prendre valise sur valise, surtout après notre (non) mercato et le début de championnat compliqué, admet Mathieu, Finistérien pur beurre salé, exilé à Paris pour le travail. Et là t’as les planètes qui commencent à s’aligner avec la dernière journée de mercato de zinzin. Au final, ça repart comme l’année dernière où, à chaque fois qu’on se disait que ça ne pourrait pas être plus dingue, c’était quand même le cas. Je commence doucement à imaginer de pousser le kif jusqu’à une place de barragiste. Mais je ne le dis pas trop fort pour ne pas nous attirer le mauvais œil. »
Les Brestois comme à la maison à Guingamp
Quant à la déception de devoir jouer au stade du Roudourou, à plus d’une heure de route de Brest, dans l’antre du club ennemi par excellence, elle a vite été balayée par la folie qui s’est emparée du club après les deux premières victoires. Julio : « Ce n’est pas ce qu’on souhaitait, ça a été une douche froide, mais le stade est bien foutu et ce n’est pas très loin, au final c’est plutôt agréable. Le symbole était embêtant, maintenant on ne joue plus dans la même cour que Guingamp, si ça peut devenir notre succursale, on prend. J’avais surtout peur d’avoir l’impression de ne pas être chez nous, mais si en fait, on y est plutôt bien. »
Dans les rues de Brest, en revanche, difficile en se baladant comme on l'a fait mardi de percevoir le moindre signe d’excitation. Au Penalty, le bar des supporters situé littéralement à dix mètres de la tribune des ultras brestois, pas un rat dans le rade. « La semaine c’est un bar de quartier, nous glisse Corinne, la gérante. Ce n’est que les week-ends de match à domicile que ça devient le repère des supporters. » En ville, pareil, aucun maillot sur les épaules et pas un supporter à l’horizon pour nous donner du biscuit.
Une ville fière de ses joueurs
Croisé à quelques pas de la place de la Liberté, là où les fans fêtent les grandes victoires du club, les montées en Ligue 1 et, maintenant, les qualifs en C1, « Arsouille » - Arnaud, de son vrai nom - n’est pas vraiment fan de foot. Ce qui ne l’empêche pas d’être « fier » de ce que réalise la bande à Eric Roy. Julio confirme, les performances des joueurs vont au-delà du football et parlent à toute la ville. « Pour se rendre compte de l’impact que ça a sur les gens, il faut aller dans les cafés. Tu vois bien que tout le monde ne parle que de ça, même les gens qui n’aiment pas le foot, ils ressentent une vraie fierté. »
Interrogé sur ce point en conférence de presse, mardi, dans le préfabriqué installé les semaines de C1 derrière le Roudourou, Eric Roy ne fait pas le fanfaron mais il sait. « On est conscient d’apporter quelque chose aux gens, c’est aussi pour ça qu’on fait ce métier. Depuis que je suis là, j’ai toujours senti un public concerné, positif et il n’a jamais lâché. Aujourd’hui, par rapport aux résultats, c’est jouissif parce que je pense que si on leur avait dit il y a trois ans qu’un jour ils joueraient la Ligue des champions, ils ne l’auraient pas cru. Mais il faut garder les pieds sur terre et rester humble. »
NOTRE DOSSIER LIGUE DES CHAMPIONSEt si l’appétit vient en mangeant et que les Brestois ont l’air d’avoir une dalle de mort de faim, qu’importe ce qui adviendra par la suite, l’ancien coach niçois a gagné le cœur de tout un peuple. Et Julio de conclure : « Pour moi, il est déjà au-dessus de tous les autres coachs qu’on a pu avoir. Terminer sur le podium de Ligue 1 et amener Brest en Ligue des champions, c’est le plus grand exploit de l’histoire du club. Il a gagné sa statue place de la Liberté. » On ose imaginer ce que ça sera quand les Ty Zef soulèveront la coupe aux grandes oreilles du côté de l’Allianz Arena de Munich en mai prochain.


















