Ligue 2 : 25 millions d’euros pour racheter l'AS Saint-Etienne, vraiment un bon prix ?
FOOTBALL•L’AS Saint-Etienne est en passe d’être vendu aux alentours de 25 millions, une somme qui pourrait sembler faible dans le monde du football, mais qui est en réalité un très bon prixAdrien Max
L'essentiel
- L’AS Saint-Etienne a annoncé en début de semaine être entré en négociations exclusives avec le groupe Kilmer Sports Ventures en vue d’une vente du club.
- La somme de 25 millions est évoquée, ce qui peut paraître dérisoire dans le monde du football. Mais le rachat d’un club nécessite aussi de lourds investissements.
- Pour l’économiste du sport, David Gluzman, cette somme est au contraire élevée pour un club de Ligue 2. Elle vise à rapidement faire céder les propriétaires Roland Romeyer et Bernard Caïazzo.
Une coquette somme, histoire de rapidement mettre fin à une ère de 20 ans. L’AS Saint-Etienne a annoncé lundi être entré en négociations exclusives avec Kilmer Sports Ventures en vue de la vente du club par les présidents historiques depuis 2004, Roland Romeyer et Bernard Caïazzo. L’ancien dirigeant d’Arsenal et du Milan AC, et désormais directeur général du groupe canadien, Ivan Gazidis, pourrait donc rapidement devenir le nouveau président de l’ASSE.
Mais il reste encore plusieurs étapes à passer avant l’officialisation de la vente, comme l’explique Thierry Braillard à l’origine de la loi du 1er mars 2017 visant à préserver l’éthique du sport, à renforcer la régulation et la transparence du sport professionnel et à améliorer la compétitivité des clubs. « Le premier obstacle est issu de la loi de 2016, avec la convocation d’un CSE pour soumettre au personnel le fait de savoir s’ils sont intéressés par le rachat de la société. C’est une obligation légale, même si le personnel dit très souvent "non". Le deuxième obstacle vient de la loi de 2017, qui oblige les repreneurs à passer devant la DNCG pour s’assurer de la fiabilité financière du projet. »
Le prix d’un club et d’un joueur est incomparable
Une fois ces deux obstacles passés, arrive enfin le « closing », ou l’acte de cession, que les deux parties espèrent d’ici la fin du mois de mai. Selon plusieurs médias, la somme de cette cession avoisinerait les 25 millions d’euros. Elle a de quoi interroger, quand on connaît le prix de certains joueurs comme Kylian Mbappé, cédé par Monaco au PSG pour 180 millions, en 2017. Mais un club et un joueur ne sont pas comparables, rappelle Thierry Braillard :
« Quand tu achètes un club, tu achètes les actions d’une société. Ce qui n’a rien à voir avec le coût d’un joueur, qui comprend le prix du transfert et du salaire. Dans le cas de Saint-Etienne, les 25 millions vont aller à Romeyer et Caïazzo. Mais une fois que tu as acheté le club, il faut le faire vivre. » »
L’économiste du sport, David Gluzmann, liste d’ailleurs les différences entre l’achat d’un club, et d’un joueur : « Quand tu achètes Mbappé tu n’as pas besoin de le renflouer de 10 à 15 millions par saison pendant 5, 6 ou 7 ans. Pour Saint-Etienne, il y a le prix d’achat plus tous les investissements dans les infrastructures, dans un éventuel plan social, dans les investissements pour rassurer la DNCG, pour avoir une équipe compétitive. C’est tout ça un club. »
25 millions pour Saint-Etienne, un très bon prix de vente
Il estime même les 25 millions évoqués dans la presse sont relativement hauts pour un club de Ligue 2. « Comment tu valorises un club ? C’est une à deux fois le chiffre d’affaires, qui était de 20 millions en fourchette basse pour l’ASSE. Tu prends aussi en compte les actifs immobiliers comme le stade ou le centre d’entrainement. Mais le club a aussi 30 millions de dettes incompressibles, qui restent à la charge de l’acheteur. Sans parler des créances de mutation », avance David Gluzman, pour qui le plus juste serait de l’ordre de l’euro symbolique.
Les Verts occupent actuellement la 3e place de Ligue 2, ce qui en l’état, les contraindrait à disputer un barrage avec le 17e de Ligue 1, rarement favorable pour les clubs du deuxième étage. Saint-Etienne est donc encore loin de la Ligue 1. La marque stéphanoise est certes puissante, mais elle dépend beaucoup des résultats et le club ne remporte plus de trophée depuis belle lurette.
« Il y a un surtout un énorme nettoyage à faire, la dette est de 134 % du CA. Et les actifs joueurs sont très faibles, il n’y a plus de joueurs formés au club comme William Saliba ou Wesley Fofana, qui avaient été vendus à des prix très importants », pointe l’économiste. Pour lui, le projet de rachat de l’ASSE, prix de vente et investissements futurs, approcherait les 100 millions d’euros.
Faire vite
La somme de 25 millions proposée par Kilmer Sports Ventures permettrait surtout de convaincre rapidement le duo Romeyer et Caïazzo de céder l’ASSE, alors que la vente du club est un serpent de mer depuis plusieurs années. Et surtout, la fin de saison arrive. « C’est la bonne période, les saisons se déroulent du 1er juillet au 30 juin. Ça permettrait aux nouveaux propriétaires de préparer la saison suivante, avec le mercato notamment. C’était le problème à Bordeaux, qui avait été vendu au cours de l’été, donc avec un début de mercato où le vendeur était toujours propriétaire, et l’acheteur pas encore », rappelle Thierry Braillard.
Avec les résultats qu’on connaît, une relégation en Ligue 2, avant de se morfondre dans le ventre mou du deuxième étage du foot français. Même si là aussi, il est difficile de comparer le président décrié de Bordeaux, Gérard Lopez, à Ivan Gazidis, reconnu pour la qualité de son travail à Arsenal et Milan.



















