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« Un titre, c’est obligatoire », les Bleues se sont débloquées à Lyon

France-Allemagne : « Un titre, c’est obligatoire »… Débloquées, les Bleues voient plus loin que leur première finale

FOOTBALL FEMININEn venant à bout de sa bête noire allemande, vendredi au Parc OL (2-1), l'équipe de France féminine de football s’est offert la première grande finale de son histoire grâce à la Ligue des Nations. Elle affrontera l’Espagne à Séville mercredi prochain
Jérémy Laugier

Jérémy Laugier

L'essentiel

  • L’équipe de France féminine de football a battu l’Allemagne (2-1), vendredi soir au Parc OL de Lyon-Décines, en demi-finale de la Ligue des Nations.
  • Ce succès de prestige face à leur bête noire permet aux joueuses d’Hervé Renard de participer à la première finale d’un tournoi majeur dans leur histoire.
  • Que représente exactement à leurs yeux cette finale, qui se disputera mercredi prochain (19 heures) à Séville, face aux championnes du monde espagnoles ?

Au Parc OL,

On peut toujours compter sur nos amis allemands pour faire ce qu’il faut, dans le storytelling, afin de nourrir leur rivalité historique avec le football français. Martina Voss-Tecklenburg ne peut plus encadrer la sélection féminine pour raisons de santé ? Eh bien, la fédération allemande installe en octobre denier à sa place Horst Hrubesch (72 ans) comme coach intérimaire. Oui oui, l’auteur du tir au but décisif lors du match le plus épique/traumatisant de toute l’histoire des Bleus, à Séville lors du Mondial 1982.

C’est avec ce savoureux bonus que l’équipe de France féminine a mis fin à sa malédiction en matchs officiels contre l’Allemagne, vendredi en demi-finale de la Ligue des Nations féminine au Parc OL de Lyon-Décines (2-1).

Les partenaires de la redoutable Alexandra Popp avaient notamment brisé les rêves des Françaises lors de la Coupe du monde 2015 (1-1, 5-4 aux tirs au but) et à l’Euro 2022 (2-1), respectivement en quart et en demi-finale. « Les filles ont réussi à vaincre le signe allemand, a glissé Hervé Renard, avec le sens de la formule. A force d’entendre parler dans les questions d’avant-match des Allemandes, des Allemandes, des Allemandes, il faut avoir cette force de caractère pour renverser les choses. Et elles l’ont eu, elles font preuve d’un état d’esprit et d’une cohésion exceptionnels. »

Diani et Geyoro symboles de ces Bleues conquérantes

Car face à une sélection qui pouvait obtenir sa qualif pour les JO de Paris 2024 en cas de victoire vendredi (c’est dire l’enjeu, alors que la France en est déjà en tant que pays organisateur), la bande à Eugénie Le Sommer a livré une première période ultra-conquérante. Deux actions suffisent à résumer la rage et le dépassement de fonction dans cette équipe, qu’on avait laissée abattue après son élimination en quart de finale du Mondial 2023 en Australie. On pense d’abord au retour défensif héroïque et surpuissant de l’attaquante Kadidiatou Diani sur Linder à 0-0 (32e). Neuf minutes plus tard, celle-ci ouvrait le score d’un bijou en demi-volée (1-0, 41e).

De même, Grace Geyoro s’est arrachée comme jamais pour s’emparer la première d’un ballon chaud dans la surface allemande, et a ainsi provoqué le penalty du break (2-0 à la 45e+5 par Sakina Karchaoui). « On voulait très bien entamer ce match, avec beaucoup d’agressivité et de rythme, raconte justement Grace Geyoro. C’était une bataille et cette qualification pour une finale est une fierté. » Et ce car il s’agit tout simplement de la toute première finale internationale de l’histoire des Bleues du foot, après trois demies perdues à la Coupe du monde 2011, aux JO 2012, et donc à l’Euro 2022.

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« Battre les Allemandes à chaque fois maintenant »

« On a énormément progressé sur l’aspect mental, poursuit la milieu de terrain parisienne de 26 ans. On sait que c’est très important face à des grandes nations comme l’Allemagne et l’Espagne. » Le coup double est parfait : se débarrasser d’un complexe tenace contre la bête noire allemande et enfin inscrire son nom dans une grande finale. Et ce même s’il ne s’agit pas de la plus prestigieuse, à savoir cette première édition de la Ligue des Nations de l’UEFA adaptée du format masculin (remporté par la France en 2021, tiens tiens). Amandine Henry raconte ce qui a animé l’équipe de France avant ce rendez-vous clé, vendredi devant 30.267 spectateurs au Parc OL.

« On sait que l’Allemagne est une grosse nation mais on essaie de prendre confiance en nous. On s’est dit qu’on avait tout pour réussir. Il va falloir battre les Allemandes à chaque fois maintenant et il n’y a pas qu’elles. C’est un grand pas mais ce n’est pas un aboutissement. Ce n’est pas le tout d’y être dans cette finale… » »

Car d’elles-mêmes, toutes les joueuses tricolores se sont projetées dès vendredi soir, avec ambition, sur ce choc en finale de la Ligue des Nations, programmé mercredi prochain (19 heures) à Séville contre les championnes du monde espagnoles. A commencer par Grace Geyoro, en mode patronne face aux médias : « On savoure cette première finale mais on veut aller finir le travail en Espagne. On a énormément appris et à un moment donné, il ne faut plus accepter la défaite. Il faut aller chercher un titre, c’est obligatoire ».

Un son de cloche partagé par son sélectionneur : « On a déjà franchi une énorme marche en rejoignant une finale de grande compétition. Mais il en reste une autre contre des championnes du monde qui sont intraitables. C’est un magnifique challenge ». Surtout que la Roja reste sur une nouvelle démonstration devant les Pays-Bas (3-0), lors de sa demie, vendredi.

Maëlle Lakrar (au centre), qui a signé un match épatant vendredi, et toutes les joueuses françaises savourent ce succès de prestige inédit contre l'Allemagne en compétition officielle.
Maëlle Lakrar (au centre), qui a signé un match épatant vendredi, et toutes les joueuses françaises savourent ce succès de prestige inédit contre l'Allemagne en compétition officielle. - Daniel Cole/AP/SIPA

« Une première qui restera gravée »

Ça ne suffira pas à faire trembler une équipe qui a su résister jusqu’au bout à la grosse seconde période allemande, y compris après le penalty concédé par Amandine Henry de la main (2-1, 82e). « On a l’habitude de céder face à l’Allemagne, mais là on a fait un match juste exceptionnel », lâche la toujours rafraîchissante Selma Bacha (23 ans). Même s’il ne s’agit « que » de la Ligue des Nations, une nouvelle ère de toutes les ambitions semble s’être ouverte pour le football féminin français, à cinq mois des Jeux olympiques à domicile. Ce n’est pas pour déplaire au président de la FFF Philippe Diallo, tout sourire vendredi en zone mixte.

« Cette qualification marque le travail fourni par Hervé Renard et son staff, avec beaucoup de professionnalisme et d’implication, salue-t-il. Je suis très heureux qu’il y ait une consécration ce soir, c’est une grande satisfaction pour tout le football français. Dans la perspective des JO, c’est une victoire très importante car les joueuses ont ainsi réussi à accomplir ce qu’aucune équipe française n’avait fait : franchir cette barre des demi-finales. » La défenseure Elisa De Almeida a beau y voir « une première qui restera gravée », elle indique ne pas savoir « si ça va débloquer un truc dans le groupe ». La nouvelle « bataille » qui s’annonce à Séville mercredi sera déjà un sacré révélateur.