Paris FC : « Le chemin est long » pour battre le PSG mais l’attelage Arnault-Red Bull « est puissant », juge Ferracci
interview•Le président du club parisien, officiellement engagé dans un processus de rachat avec la famille Arnault et Red bull, confie son enthousiasme à « 20 Minutes »Propos recueillis par Nicolas Camus
L'essentiel
- Le processus de vente du Paris FC à la famille Arnault, secondée par Red Bull, a été officialisé jeudi.
- Le président du club Pierre Ferracci, qui restera aux commandes jusqu’en 2027, se montre très enthousiaste à l’idée de ce projet.
- Comme il le confie à 20 Minutes, « la perfection n’est pas de ce monde mais on s’en rapproche un peu » avec cet attelage prometteur entre la surface financière de la première fortune de France et l’expertise dans le monde du sport de la marque de boissons énergisantes.
Quelques jours après les fuites dans la presse, la nouvelle s’est confirmée jeudi. La famille de Bernard Arnault, première fortune de France, a officialisé le processus de rachat du Paris FC (Ligue 2). Via la holding familiale Agache, les Arnault sont entrés « en négociations exclusives » pour disposer, à terme, de plus de 80 % du club parisien. Ils se sont associés à Red Bull, futur actionnaire minoritaire, pour les aider à construire un deuxième grand club dans la capitale française. Un attelage dont aurait à peine osé rêver le président Pierre Ferracci, qui explique à 20 Minutes pourquoi il juge ce projet solide et exaltant.
Est-ce un soulagement que le processus de vente soit officiel ?
Ce sont toujours des négociations longues et un peu compliquées, à la fois avec les actionnaires qui sont en place et ceux qui arrivent, donc oui, c’est un soulagement. J’ai toujours été convaincu qu’on irait au bout, j’étais assez optimiste, après quand ça dure quelques mois comme ça a été le cas, on est content et soulagé que ça aboutisse. On respire un peu.
Quelle est l’origine de ce rapprochement avec la famille Arnault ? Est-ce que ça vient de vous ou d’eux ?
J’avais pas mal de solutions que j’étais allé chercher moi-même ou qui étaient venues à moi. A un moment donné, pour clarifier tout ça, j’ai mandaté une banque pour m’aider. J’ai défini les critères qui me semblaient les meilleurs, je souhaitais notamment une solution nationale, éventuellement européenne, pas par fermeture vis-à-vis d’investisseurs étrangers, puisqu’il y en a dans le capital aujourd’hui et je les remercie d’avoir accompagné le développement du club, mais parce que je pense que ça manque dans le football français. Je n’ai pas envie que demain, 95 % des clubs soient sous domination étrangère. Il y en a déjà les deux tiers.
Quelles sont les motivations profondes de la famille Arnault ?
Je ne veux pas parler à leur place, mais il y a je crois une dimension stratégique dans le rapport entre le luxe et la performance des sportifs, une démarche clairement familiale et puis une autre qu’on pourrait qualifier de sociale ou de sociétale. Compte tenu des moyens puissants qui sont les leurs, ils ont la volonté de faire profiter le sport le plus populaire de ce qu’ils ont construit, de rendre dans le football les moyens que la société leur a permis de réunir. Il y a un peu tout ça.
Cet attelage entre la famille Arnault et Red Bull s’annonce prometteur. Etait-ce le meilleur que vous pouviez trouver ?
La perfection n’est pas de ce monde, mais je pense qu’on s’en rapproche un peu. Maintenant, ça prendra du temps. Ils le savent, et c’est ce qui me séduit aussi chez eux. La force des ambitions n’est pas incompatible avec le fait qu’on ne brûle pas les étapes. On est en Ligue 2 aujourd’hui, on n’est pas l’équivalent du PSG. Le chemin est long, et là-dessus ils partagent mon point de vue. Et pour revenir à l’attelage, pourquoi il est puissant ? D’abord, il y a les moyens économiques. Je ne vais pas tourner autour du pot. Le football est devenu très cher. La Ligue 1, aujourd’hui, c’est une partie du championnat qui joue l’Europe chaque année, et une autre qui essaie d’éviter de descendre en Ligue 2. Si on veut exister et avoir des ambitions européennes, la mise devient très chère. Parce qu’il y a le Qatar, Ineos, François Pinault, il y a des fonds importants du côté de Lyon, McCourt à l’OM… Et là, en dehors des moyens de la famille Arnault et de son excellence, il y a le savoir-faire de Red Bull en matière de recrutement, de formation, de construction d’un modèle. On l’a vu à Leipzig. On peut reprocher beaucoup de choses à Red Bull, mais leur compétence est reconnue de façon unanime dans la Formule 1, comme dans les sports extrêmes ou dans le football.
Justement concernant Red Bull, que pensez-vous de leur stratégie sur le marché des transferts ? On a pu voir que leur méthode avait été critiquée parfois, par exemple à l’époque d’Ibrahima Konaté à Sochaux…
Ils sont d’abord actionnaires minoritaires, et là pour aider la famille Arnault à construire quelque chose d’excellent. Bon, ils ont aussi envie de profiter du travail qu’ils vont faire avec nous au Paris FC, pour regarder ce qu’il se passe en région parisienne, et peut-être pour en faire profiter leur club. Mais ça ne sera pas dominant. Est-ce que vous imaginez la famille Arnault, en position majoritaire, lui servir de marchepied ?
Moi, je suis dans la jungle de la Ligue 2, du football amateur. On s’arrache tous pour trouver de bons joueurs, et personne n’est exempt de critiques. Il y a parfois une concurrence très vive. Je passe mon temps avec mon staff à protéger des jeunes joueurs qui sont approchés par beaucoup de clubs étrangers et français. Et parfois, avec des méthodes qu’on pourrait critiquer également. Red Bull a plutôt une image de grand professionnalisme. Après, quand ils recrutent et qu’ils veulent aller chercher quelqu’un, ils y mettent les moyens.
En schématisant, est-ce que le modèle du Paris FC sera axé sur la détection, la formation et l’émergence de talents, ou sur l’achat de grands talents directement ?
Encore une fois, je laisserai Antoine s’exprimer, il sera en première ligne dans cette affaire. Mais je crois que les deux actionnaires ont envie d’avoir une colonne vertébrale qui soit issue de la région francilienne et qui soit formée par le Paris FC. Je cite toujours Arsène Wenger qui me disait « si tu te lances dans le football, mets la formation en coupe réglée ». Le bassin francilien est le meilleur du monde, avec celui de Sao Paulo au Brésil. Ça tombe bien, on a Raï, et donc un regard sur les deux. On rêve tous de cette colonne vertébrale, un peu comme la Masia et le Barça. Après, on est ouvert au monde, il y a des grands joueurs qui viendront d’ailleurs. Ça sera un mélange des deux.
Vous parlez de chemin progressif vers vos ambitions. Il ne faut donc pas s’attendre pas à de lourds investissements dès le premier mercato l’été prochain ?
On va voir si on sera en Ligue 2 ou en Ligue 1, déjà. Je suis extrêmement prudent là-dessus. Ce n’est pas parce qu’on est le premier à la 8e journée qu’on le sera à la 34e. Pour avoir été quatre fois barragiste sur les six dernières saisons, je sais que la montée n’est pas facile. Il y a des exemples, dans le sud ou juste à côté de chez nous, où on a promis la Ligue des Champions très vite, et on s’aperçoit que c’est plus compliqué que ça. Il y a tellement de concurrence ! S’installer durablement en Ligue 1, ensuite dans la première partie du tableau, et puis après avoir des ambitions européennes, ça prendra du temps. Il faut accepter qu’il y ait des obstacles, que le ballon ait frappé la barre mais qu’il soit sorti au lieu de rentrer.
Qu’en est-il de la question du stade, qui demeure un problème ?
A court terme, il n’y a malheureusement pas de grande possibilité de transformer en profondeur Charléty. J’aurais aimé que ce soit le cas, parce que c’est un lieu qui nous plaît bien, mais c’est un stade qui n’est pas conforme à nos ambitions, même en Ligue 2. Il n’est pas chaleureux pour les supporters, il n’est pas fait pour des partenaires de plus en plus nombreux et dont on a besoin. Donc, notre objectif est d’essayer de trouver un accord avec le Stade Français pour partager Jean-Bouin. Sous l’œil bienveillant j’espère de la mairie de Paris. On a commencé à discuter, ce ne sera pas simple, mais si on pouvait y arriver pour la saison prochaine, j’en serais ravi.
La proximité avec le Parc des Princes est-elle gênante à long terme ?
J’aurais aimé que Jean-Bouin soit construit à la place de Charléty et qu’on soit un peu éloigné. Après, l’Inter Milan et le Milan AC, où la Lazio Rome et l’AS Rome, partagent le même stade, et les quatre clubs ont des identités très fortes et parfois très opposées à celles de leur voisin immédiat. Donc, même si on est juste à côté du Parc des Princes, il n’y a pas de raison de confondre le PSG et le Paris FC. On a encore beaucoup, beaucoup de chemin à faire pour qu’on puisse rêver à des affrontements équilibrés.
Beaucoup de supporters du PFC sont enthousiastes, mais aussi un peu inquiets pour l’identité du club. Qu’avez-vous envie de leur dire ?
De bien lire le communiqué. Ce qui me plaît bien, moi, dedans, c’est que cette question de l’identité y est très fortement posée. Et ils ont envie de prendre le Paris FC, avec toutes ses valeurs, toute son identité, et de lui donner les moyens de les porter le plus haut possible. Je pense que c’est parfaitement compatible. L’identité passe par une marque forte, et pour qu’elle soit attractive, il faut aussi des moyens importants de créativité, pas seulement économiques. Ils ne vont pas faire un nouveau PSG, ils vont développer le Paris FC et le porter le plus haut possible. Ils connaissent bien ses fondamentaux, et notamment la relation à la formation qui n’est pas la même qu’à côté. Nous, on a envie de former pour que l’équipe première en bénéficie.
Vous y croyez, au fond de vous, à ce deuxième grand club à Paris ?
Depuis 50 ans, ça fait fantasmer tout le monde. Moi je suis en train de le bâtir. Je pense que les familles Arnault et Red Bull vont me donner les moyens de concrétiser ce rêve. Qui continuera après moi, puisque au bout des trois ans, quand je tirerai ma révérence, j’espère que la suite sera belle. J’ai l’impression de mettre le Paris FC sur des rails prometteurs avec deux actionnaires puissants, avec Antoine Arnault qui me succédera le moment venu et qui est passionné aussi par ce défi. Je crois de plus en plus à ce deuxième club parisien et à sa capacité un jour à égaler les meilleurs, un jour, en prenant le temps.


















