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La Croatie est-elle trop « vieillissante » pour réagir dans cet Euro 2024 ?

Euro 2024 : La Croatie est-elle trop « vieillissante » pour se redresser contre l’Italie ?

FOOTBALLDos au mur avant son dernier match du groupe B, ce lundi (21 heures) face à l’Italie, la bande à Luka Modric semble en bout de course durant cet Euro 2024
Jérémy Laugier

Jérémy Laugier

L'essentiel

  • La Croatie sera obligée de l’emporter contre l’Italie, ce lundi (21 heures) à Leipzig, afin de ne pas être éliminée dès le premier tour de cet Euro 2024.
  • Dos au mur après sa lourde défaite (0-3) face à l’Espagne et son match nul (2-2) devant l’Albanie, la bande à Luka Modric apparaît « vieillissante ».
  • En poste depuis 2017, avec deux podiums en Coupe du monde consécutifs, le sélectionneur Zlatko Dalic a peu renouvelé son effectif ces dernières années.

Une régularité bluffante avec le sélectionneur Zlatko Dalic, en poste depuis 2017, jusqu’à un crash retentissant ? Avant de défier l’Italie, ce lundi (21 heures) à Leipzig, la Croatie (actuel 4e du groupe B avec 1 point) est au bord du précipice dès le premier tour d’un Euro 2024 où même quatre des six meilleurs troisièmes verront les huitièmes de finale. Cela a tout d’une anomalie lorsqu’on parle du finaliste de la Coupe du monde 2018 et de la Ligue des nations 2023, également troisième du Mondial 2022.

Pourtant, au vu de l’âge avancé de certains cadres de la sélection, tels Marcelo Brozovic (31 ans), Andrej Kramaric (33 ans), Ivan Perisic (35 ans) et évidemment Luka Modric (38 ans), ce coup d’arrêt n’était-il pas prévisible ? « Sur le papier, c’est une meilleure équipe qu’en 2022 donc j’étais vraiment confiant, rétorque le jeune supporteur croate Lovre Nikolac (19 ans), qui tient le compte Croatian Football (près de 15.000 abonnés) sur X ainsi qu’un podcast. Mais il est à présent difficile de garder espoir quand tu n’es pas capable de battre l’Albanie. »

« Qui pour dire à Luka qu’il doit prendre sa retraite ? »

Autant que la lourde défaite (0-3) face à une impressionnante Espagne, ce match nul inattendu (2-2) contre les joueurs de Sylvinho a donné une impression de bout de course pour cette génération de Vatreni n’ayant cédé qu’en finale du Mondial 2018 devant les Bleus (2-4). Cet Euro 2024 a-t-il donc tout de la compétition de trop pour beaucoup de joueurs, à commencer par l’icône absolue Luka Modric ?

« C’est compliqué car Luka Modric est clairement le plus grand joueur de l’histoire de notre pays, rappelle Mato Galic, journaliste pour le quotidien croate 24 sata et actuellement en Allemagne au plus près de la sélection. Qui pourrait venir lui dire qu’il doit prendre sa retraite internationale ? Personne ne peut faire ça, pas même Zlatko Dalic. La décision n’appartient qu’à Luka. »

Après une saison dans la peau d’un remplaçant sur les gros matchs avec le Real Madrid, le Ballon d’or 2018 a opté pour une probable dernière danse lors de cet Euro 2024. Avec un résultat peu probant pour le milieu croate Modric-Brozovic-Kovacic dans son ensemble, loin de son rayonnement du Qatar. « Ce milieu ne fonctionne plus comme avant, c’est évident, à commencer par Brozovic dont l’Euro est terrible, regrette Lovre Nikolac. Même Luka ne devrait peut-être plus jouer que trente minutes avec cette équipe. Mais come on, c’est Luka, il ne va pas aller sur le banc. »

Marcelo Brozovic est apparu en très grandes difficultés depuis le début de l'Euro 2024, que ce soit contre l'Espagne ou l'Albanie.
Marcelo Brozovic est apparu en très grandes difficultés depuis le début de l'Euro 2024, que ce soit contre l'Espagne ou l'Albanie. - S. Grits/AP/SIPA

« C’est culturel de ne pas faire confiance à nos jeunes »

Son statut d’intouchable cause peut-être du tort à sa sélection, tout comme le passe-droit dont semble bénéficier Marcelo Brozovic, totalement dépassé par la Roja mais à nouveau mystérieusement titularisé contre l’Albanie. Si N’Golo Kanté régale avec l’équipe de France, l’ancien joueur de l’Inter Milan montre sur cet Euro 2024 à quel point son départ dans le championnat saoudien pénalise sa carrière, ainsi que l’équilibre des Vatreni. Pour déloger les (supposés) tauliers croates, il faut s’accrocher, surtout lorsqu’on est jeune, à en croire Mato Galic.

« En équipe nationale, il y a une hiérarchie claire et nette. Luka Modric est le numéro un et il vient en sélection avec Vida, Brozovic et Perisic. Ils sont tous très attachés à Modric et tant que Luka reste en sélection, ils sont là aussi. Tous ces joueurs expérimentés ont leur propre table dans les rassemblements internationaux, c'est comme ça. Et puis c'est carrément culturel chez nous de ne pas faire confiance aux jeunes joueurs. Martin Baturina est une grande star au Dinamo Zagreb, mais il n'a pas du tout sa chance sur cet Euro. On le considère jeune à 21 ans, alors que Lamine Yamal est titulaire à 16 ans pour l'Espagne. On se retrouve donc avec une équipe vieillissante... »

Mato Galic

Comme le précisent nos experts du football croate, Zlatko Dalic a pourtant à sa disposition au moins quatre solutions viables, au-delà d’un Josko Gvardiol (22 ans, Manchester City) à présent installé, pour régénérer cette équipe en passe d’être sortie dès le premier tour d’un grand tournoi pour la première fois depuis la Coupe du monde 2014.

  • Martin Baturina : A 21 ans, le milieu offensif du Dinamo Zagreb ne compte que quatre sélections avec les A, et cinq petites minutes de temps de jeu durant cet Euro 2024
  • Luka Sucic : A 21 ans lui aussi, le milieu défensif du Red Bull Salzbourg n’a pu participer qu’à neuf matchs avec les A, dont les deux premières rencontres de l’Euro dans un rôle de joker. Avec à la clé une implication sur le deuxième but croate face à l’Albanie.
  • Lovro Zvonarek : Le milieu offensif de 19 ans a effectué cinq apparitions (un but) la saison passée en Bundesliga avec le Bayern Munich. International Espoirs, il n’a pas encore été appelé par Zlatko Dalic.
  • Igor Matanovic : Comme Zvonarek, cet international U21 n’est pas dans le groupe croate en Allemagne. Mais ses 14 buts en 2023-2024 avec Kalsruhe (D2 allemande) laissent augurer un beau potentiel chez cet attaquant de 21 ans et 1,94 m.
Impliqué sur un but face à l'Albanie, Luka Sucic incarne la jeune génération croate qui tarde à être lancée par Zlatko Dalic.
Impliqué sur un but face à l'Albanie, Luka Sucic incarne la jeune génération croate qui tarde à être lancée par Zlatko Dalic. - Ebrahim Noroozi/AP/SIPA

« Avec mes joueurs d’expérience tant que je vivrai »

« Le futur de la Croatie s’écrira avec Baturina, Sucic et Zvonarek, qui ont même le potentiel pour être au-dessus du trio Modric-Brozovic-Kovacic », confie Mato Galic au sujet de ces prospects. En attendant, Zlatko Dalic assume son conservatisme, comme dans sa conférence de presse post-couac face à l’Albanie : « Je serai avec mes joueurs d’expérience aussi longtemps que je vivrai ». De quoi déclencher une tempête de critiques auprès des médias et supporteurs croates ?

« Il y a des critiques, mais c’est quand même difficile de s’en prendre à des gars qui ont apporté tant de joie au peuple croate, nuance Mato Galic. On est tous conscients que Brozovic et même Modric ont du mal à suivre le rythme d’une grosse compétition. Mais Dalic doit en permanence le répéter : ce que nous avons fait durant toutes ces années n’est pas normal. »

« Nous sommes comme ça, jamais réalistes »

Car oui, ce petit pays de moins de 4 millions d’habitants a réussi à rendre quasi banales des performances mondiales hors du commun. Or aujourd’hui, la peur du vide qui pourrait être déclenchée ce lundi existe. « Tout le monde s’inquiète de l’après-Modric, qui était le talent générationnel par excellence, note Lovre Nikolac. Mais l’équipe demi-finaliste du Mondial 1998 en France a montré aux générations suivantes que la Croatie pouvait être un grand pays de football. Et là avec Dalic, la barre a été placée très haut pour donner de l’espoir. » Les accros aux Vatreni ont donc bien encore de l’espoir, mais pas que.

« Avec le public croate, il n’y a pas de juste milieu : soit tout est fantastique, soit c’est terrible, il n’y a rien entre l’euphorie et la dépression chez nous, sourit Mato Galic. Bien sûr, cela n’est pas toujours une bonne chose, mais peut-être que le secret de notre grand succès vient précisément de notre mentalité. Nous ne sommes jamais réalistes : nous ne serions pas surpris d’être éliminés par l’Italie, mais nous ne le serions pas non plus d’atteindre les demies ou la finale de cet Euro. Nous sommes comme ça, nous les Croates. » Et malgré le poids des années, la bande à Luka Modric compte bien jouer un sacré tour à la Nazionale ce lundi.