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Messi va-t-il laisser un héritage plus important que Maradona en Argentine ?

« Il y a Diego, Leo et le pape »… Messi va-t-il laisser un héritage plus important que Maradona en Argentine ?

La ultima•Leo Messi dispute son dernier match avec l’Argentine, dans la nuit de mardi à mercredi face au Bénin, à Buenos Aires
Antoine Huot de Saint Albin

Antoine Huot de Saint Albin

L'essentiel

  • Leo Messi dispute son dernier match avec l’équipe nationale argentine face au Bénin au stade Monumental de Buenos Aires, dans la nuit de mardi à mercredi, plus de vingt ans après ses débuts en sélection.
  • La Coupe du monde 2026, vécue avec la maladie de son père et la victoire en demi-finale contre l’Angleterre, ont permis à Messi de prendre une dimension supplémentaire en Argentine.
  • Contrairement à Maradona qui était un rebelle, Messi « a réussi au niveau symbolique à unifier la nation argentine » grâce à son apolitisme et son image d’homme de famille.

C’est une bonne situation ça, vendeur de mouchoirs ? Dans la vie de tous les jours, pas tellement, mais cette nuit du côté de Buenos Aires, cela va rapporter gros. Car il est fort probable que les 85.000 Argentins qui vont remplir le Monumental auront besoin d’une tonne de pañuelos en assistant à la dernière sortie de Leo Messi sous le maillot de l’Albiceleste, face au Bénin. Un dernier tour de piste pour le « 10 » un peu plus de vingt ans après ses débuts en sélection.

« C’est sûr, on va tous pleurer », nous a prévenus Veronica Brunati. La journaliste, qui suit Leo Messi et l’Argentine depuis la crèche, siègera évidemment dans l’habituel antre de River Plate pour dire au revoir à celui qui a offert au pays un titre mondial en 2022, deux Copa América et un titre olympique. Mais au-delà d’avoir rempli l’armoire à trophée de la Fédé, la Pulga a marqué le pays, un peu comme l’a fait avant lui Diego Maradona.

Une dimension supplémentaire prise durant le Mondial

« Il a réussi à montrer qu’il ne fallait jamais lâcher, explique Mauro Cetto, défenseur argentin passé par Nantes et Toulouse. Il avait perdu trois finales d’affilée avec la sélection et il a démontré qu’il fallait continuer. C’est quelqu’un qui nous a montrés, à travers le football, que quand on a des objectifs, quand on veut réussir quelque chose, il faut insister, toujours insister. Et ça a été le cas jusqu’à cette dernière Coupe du monde. »

Leo Messi lors d'un match des éliminatoires de la Coupe du Monde 2026 au Monumental.
Leo Messi lors d'un match des éliminatoires de la Coupe du Monde 2026 au Monumental. - Roberto Tuero/ZUMA/SIPA

Malgré le poids des années, Messi a porté son équipe de bras cassés jusqu’à une nouvelle finale de Coupe du monde (sa troisième) dans un contexte personnel compliqué, alors que son père, décédé il y a quelques semaines, était gravement malade. « Cette dimension de Messi comme leader dans le moment le plus difficile de sa vie a créé une situation d’idylle absolue, raconte Veronica Brunati. L’Argentine a été émue de son leadership, de son professionnalisme, de son amour pour le pays et la sélection. Cela est presque plus fort que le titre de 2022. Il a représenté l’Argentine d’une manière différente. »

L’Angleterre, quarante ans plus tard

Avec, en point d’orgue, cette demi-finale remportée après une lutte acharnée face à l’Angleterre, quarante ans après ce même affrontement où Diego Maradona était entré dans la légende avec la Main de Dieu et le but du siècle. Et cela au même moment où l’Argentine remettait sur le tapis, sur le plan politique, la défense de la souveraineté sur les îles Malouines.

« Messi a toujours été comparé à Maradona, alors que ce sont deux personnalités complètement différentes, contextualisées dans des moments différents de l’histoire de l’Argentine, et il manquait toujours ce petit truc autour de Leo, reprend la journaliste. Ce match contre l’Angleterre a ajouté un composant mystique qui l’approche un peu de Diego. Ça lui a donné une dimension encore plus grande comme ambassadeur de l’Argentine dans le monde. »

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« Ce match face à l’Angleterre restera à jamais gravé dans l’esprit des Argentins et c’est un peu comme si Messi bouclait la boucle, ajoute Cetto. Pour l’Argentine, gagner ce match-là était presque aussi important que de gagner la finale. Et Messi fait un match extraordinaire. Même s’il n’avait rien à prouver, ça a montré qu’il pouvait faire comme Maradona. » Et même faire mieux. Là où Diego provoquait des crispations dans la société argentine par ses prises de position, Leo a su ne jamais faire de vagues.

« Même s’il est parti à Barcelone à 13 ans, Messi est resté très argentin, même dans sa façon de parler, détaille Fernando Mires, politologue et essayiste. C’est un homme de famille, pas comme Diego, et comme tel, il est considéré comme un symbole positif pour l’ensemble de la nation. C’est, en gros, le beau-fils que toute mère rêve d’avoir. On ne peut pas dire la même chose de Maradona, un rebelle dans le social, dans la politique, et même dans le privé. Messi est un homme qui reste dans les clous, un miroir de la société argentine et de sa classe moyenne. »

Messi a réussi « à unifier la nation argentine »

Un miroir de la classe moyenne qui a aidé financièrement des hôpitaux, permis aussi à des enfants de venir se soigner à Barcelone ou posé en 2014 avec les Grands-Mères de la Place de mai dans la recherche de leurs petits enfants, disparus durant la dictature militaire (1976-1983). « Messi a été un acteur social, ajoute Fernando Mires. Il n’a jamais renié son passé populaire, mais en même temps, il savait qu’il ne venait pas précisément des plus pauvres de l’Argentine, à la différence de Maradona. Messi, grâce à son apolitisme, a réussi au niveau symbolique à unifier la nation argentine. »

« Il y a Diego, Leo et on peut rajouter le pape, énonce Véronica Brunati. Et, s’il n’y avait pas eu Diego, il n’y aurait probablement pas eu Messi. Messi est aujourd’hui dans notre vie quotidienne, il n’y a pas un garçon dans ce pays qui n’a pas son maillot, il n’y a sûrement pas une maison qui n’a pas un bibelot à son effigie. Messi appartient au patrimoine identitaire, social et culturel de l’Argentine. » Une légende dont la fin de l’aventure avec l’Argentine sera en outre un peu plus belle que celle de Diego, contrôlé positif en pleine Coupe du monde 1994. A l'époque, déjà, les larmes avaient coulé sans prévenir. Cette fois, au moins, les vendeurs de mouchoirs auront eu le temps d'anticiper.