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Comment Thomas Tuchel a sabordé l’Angleterre contre l’Argentine

Coupe du monde 2026 : « Je n’ai aucun regret »… Comment Thomas Tuchel a sabordé l’Angleterre contre l’Argentine

Pas top top topL’entraîneur des Three Lions est vivement critiqué pour ses choix défensifs effectués après l’ouverture du score de Gordon. Ceux-ci ont contribué à installer les Anglais bien trop bas, et à les éliminer dans les derniers instants en demi-finale (1-2)
Argentine-Angleterre, une demi-finale qui sent le soufre
Jérémy Laugier

Jérémy Laugier

L'essentiel

  • En course vers le deuxième sacre de l’histoire de la sélection anglaise (après le Mondial 1966), Thomas Tuchel et son groupe sont tombés mercredi sur une renversante Argentine (1-2).
  • Le sélectionneur allemand des Three Lions, a effectué plusieurs choix suspects, alors que son équipe menait au score (1-0, but d’Anthony Gordon à la 55e).
  • Les remplacements très défensifs effectués par l’ancien coach du PSG ont contribué à faire reculer le bloc anglais (à quatre défenseurs centraux de métier !), jusqu’à ce qu’il ne craque à deux reprises dans les derniers instants, privant les coéquipiers d’Harry Kane d’une finale de Mondial.

«Selon moi, les joueurs avaient davantage peur d’être éliminés du tournoi qu’ils n’avaient l’enthousiasme d’aller le gagner. » Voilà l’une des premières sorties médiatiques fortes de Thomas Tuchel, début 2025, au moment d’analyser la finale de l’Euro 2024 perdue par l’Angleterre de son prédécesseur Gareth Southgate contre l’Espagne (1-2). Un an et demi plus tard, cet éclairage colle parfaitement à la nouvelle sortie de route des Three Lions, qui étaient en position idéale mercredi pour se qualifier pour leur première finale de Coupe du monde depuis leur seul sacre majeur en 1966, alors qu’ils menaient encore 1-0 à la 84e minute de jeu devant l’Argentine.

Contrairement à Gareth Southgate, l’entraîneur allemand n’aura pas l’occasion de se mesurer à la Roja en finale d’un grand tournoi dimanche, et il se prend tel un boomerang cette décla ressortie durant la nuit par tous les médias britanniques. Car sa critique d’une sélection froussarde s’adapte parfaitement à l’ouragan qu’a subi son groupe durant la dernière demi-heure de jeu, torpillé par la bande à Lionel Messi (1-2).

Le sélectionneur de l'équipe d'Angleterre Thomas Tuchel a vécu une journée galère mercredi.
Le sélectionneur de l'équipe d'Angleterre Thomas Tuchel a vécu une journée galère mercredi. - Stephanie Scarbrough/AP/SIPA

Six défenseurs de métier alignés ensemble

Et son coaching estampillé équipe faiblarde bataillant pour le maintien a forcément soulevé des doutes pour son poste, d’ici à l’Euro 2028 à la maison. Une analyse de ses choix d’hommes s’impose, à partir du précieux but d’Anthony Gordon, idéalement servi par Morgan Rogers (1-0, 55e).

  • 72e : Thomas Tuchel sort son ailier gauche et buteur du jour Anthony Gordon pour le remplacer par le défenseur central Esri Konsa. La conséquence est claire : un passage à une défense à cinq, de nature à accentuer le mode attaque-défense activé depuis l’ouverture du score.
  • 82e : Le latéral droit Reece James est sorti au profit d’un quatrième défenseur central (en plus de Guéhi, Stones et Konsa), « l’immense » Dan Burn (2,01 m). Au même moment, l’expérimenté milieu défensif Declan Rice cède sa place au défenseur latéral de 21 ans Nico O’Reilly. Vous ne rêvez pas, cela nous fait sur le terrain six défenseurs de métier (dont quatre centraux), plus le milieu (très) défensif Elliot Anderson, et un trio Rogers-Bellingham-Kane livré à lui-même « « devant » ».

« Tenir le score, ça n’est pas suffisant »

Au bout de 37 minutes garanties 100 % souffrances pour les supporteurs anglais (de la 55e à la 90e + 2), conclue par les deux buts argentins d’Enzo Fernandez (1-1, 85e) et de Lautaro Martinez (1-2, 90e + 2), deux stats sont alors légendaires sur la séquence : les Three Lions ont effectué 18 passes dans le camp adverse contre 193 pour l’Albiceleste, et ils ne comptent qu’un burlesque 12 % de possession de balle. Oui oui, DOUZE POURCENTS !

L’équipe avait certes aussi reculé en 8es devant le Mexique (3-2), avec beaucoup plus de solidité, mais cela s’expliquait par une longue infériorité numérique. Contre la Norvège aussi (2-1), les temps faibles avaient duré, avec un bloc bas assumé. Mais là, c’était extrêmement tôt dans le match pour une telle tournure de desperados, surtout face à l’énorme potentiel offensif des Messi, Alvarez, Lautaro and co.

De quoi piquer le capitaine Harry Kane, pourtant à des années-lumière de l’autre star de la sélection Jude Bellingham lorsqu’il s’agit de faire des vagues en mettant son coach dans la sauce. « Je suis dégoûté pour tous les joueurs, pour tout le monde. On les a longtemps très bien pressés dans leur moitié de terrain, jusqu’à ce qu’on mène 1-0. Après le but, on a subi vague sur vague. A un tel niveau, chercher à tenir le score, ça n’est pas suffisant », a ainsi confié l’attaquant vedette du Bayern Munich à BBC Sport.

Encore une désillusion supplémentaire dans la carrière d'Harry Kane, avec cette élimination subie dans le temps additionnel, mercredi à Atlanta.
Encore une désillusion supplémentaire dans la carrière d'Harry Kane, avec cette élimination subie dans le temps additionnel, mercredi à Atlanta. - R. Callis/SPP/Shutterstock/SIPA

Tuchel déjà puni par un choix comparable en 2024

Son ancien coéquipier en Bavière Thomas Müller n’a pas eu à s’imposer autant de mesure vis-à-vis de Tuchel, lors d’une étrange vidéo-débrief de match postée sur ses réseaux sociaux mercredi soir. « L’Argentine a fait un sacré match mais je ne peux pas croire ni comprendre comment l’Angleterre a géré son match après le but inscrit. Comment cette équipe a-t-elle pu offrir des positions de centres parfaites aux Argentins ? », lance le champion du monde 2014.

Nul doute que ce scénario renversant du soir, marqué par autant de choix défensifs sentant le choke (coucou Rudi et « ces équipes-là »), a rappelé à Thomas Müller la demi-finale retour de Ligue des champions 2024, saccagée par le Bayern sur la pelouse du Real Madrid (de 0-1 à la 87e à 2-1 au final).

Ce soir-là, juste après l’ouverture du score allemande, l’ailier droit Leroy Sané avait été remplacé par le défenseur central Kim Min-jae. Un choix qui avait précipité l’élimination de l’équipe coachée… par Thomas Tuchel dans ce « Joselu game ». Alors, comment l’intéressé justifiait-il mercredi soir des choix qui ont précipité une énième débâcle pour cette sélection maudite ?

Des Anglais « devenus trop passifs »

« Juste après notre but, sans aucun changement, nous avons concédé beaucoup trop de centres et d’occasions, donc on a essayé d’aider l’équipe, explique l’ancien coach du PSG. J’ai décidé de passer à cinq derrière justement parce qu’il y avait trop d’espaces, que l’Argentine gagnait tous les duels aériens, et qu’elle avait alors quatre attaquants sur le terrain. On a essayé de s’adapter à ça avec un bloc bas à cinq pour être plus près de leurs centreurs. » Pas vraiment une réussite, quand on voit à quel point Lionel Messi a déposé, à 39 ans, les jeunes Nico O’Reilly et Djed Spence, avant d’offrir le but de la victoire à Lautaro Martinez, et du pied droit SVP.

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« Il y a des millions de coachs qui savent comment faire mieux que moi après une défaite, indique froidement le technicien allemand de 52 ans. C’est facile de dire que mes décisions sont mauvaises après que les choses ne se soient pas bien passées. Je n’ai aucun regret, Nous avons joué l’un de nos meilleurs matchs du tournoi, si ce n’est le meilleur. » Thomas Tuchel développe ensuite la dimension mentale, qui semble avoir fait défaut à tout le groupe anglais.

« Etrangement, ce but inscrit a inversé la dynamique du match. L’Argentine s’est mise à jouer avec davantage de prises de risques, avec plus de rythme, avec le sentiment qu’elle n’avait peut-être plus rien à perdre. Cela l’a libérée, alors qu’à l’inverse, c’est comme si nous avions énormément à perdre. Cela nous a freinés et nous sommes devenus trop passifs. »

Thomas Tuchel

Un duel avec « DD » pour la 3e place

A 1-2, avec encore sept minutes de temps additionnel à disputer, la stratégie offensive a été assez risible, avec de longs ballons d’un autre temps dans la boîte en direction du géant pataud de Newcastle Dan Burn. Puis en rappelant à la rescousse deux attaquants, Marcus Rashford et Ivan Toney (premières minutes du tournoi) plutôt que Bukayo Saka, à la place de deux défenseurs (John Stones et Djed Spence). Soit l’exact inverse du pianotage de Tuchel vingt minutes plus tôt.

Notre dossier sur la Coupe du monde

Autant vous dire que vu l’apport bien plus tranchant des cinq entrants de Lionel Scaloni (Nico Gonzalez et Lautaro Martinez en tête), Thomas Tuchel est autant remis en question ce jeudi matin que Didier Deschamps la veille, après son naufrage tactique devant l’Espagne (0-2). Les voilà sur le point de s’affronter dans une consolante, samedi (23 heures) à Miami, dont l’issue ne devrait pas aider à adoucir les critiques envers « DD » et Tuchel.

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