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On vous raconte quand Bernard Lacombe commentait les matchs sur OL TV

« Il n’avait aucun filtre », on vous raconte les saillies mémorables de Bernard Lacombe sur OL TV

hommageL’ancien joueur et dirigeant a commenté pendant deux saisons les matchs de l’OL pour la chaîne du club… avec une liberté de ton bien à lui, qui a fait siffler les oreilles de pas mal de monde. Son partenaire à l’antenne Richard Benedetti raconte
Nicolas Camus

Nicolas Camus

L'essentiel

  • En plus de son rôle de dirigeant, Bernard Lacombe, décédé mardi à l’âge de 72 ans, a commenté les matchs de l’OL pendant deux saisons pour la chaîne du club.
  • Au micro, l’ancien buteur ne prenait pas de gants et disait ce qu’il pensait du match, des joueurs ou de l’arbitre, « sans aucun filtre », raconte avec émotion le journaliste Richard Benedetti, qui officiait à ses côtés.
  • Cette fonction de commentateur aura finalement bien résumé ce qu’était Bernard Lacombe : un fin connaisseur du football, un homme drôle, parfois un peu vachard, et surtout un passionné de l’Olympique Lyonnais.

Ce n’est qu’une parenthèse de deux ans, une goutte d’eau au sein d’une histoire au long cours, entamée en 1969 et refermée il y a seulement quelques mois à cause de la maladie. Mais ces deux années resteront dans la mémoire des supporters lyonnais, sans doute parce qu’elles concentrent ce qu’était Bernard Lacombe, ancien attaquant puis dirigeant mythique de l’OL décédé mardi : un très fin connaisseur du football, un homme très drôle, parfois un peu vachard, et surtout un Gone jusqu’au bout des ongles.

Conseiller du président Jean-Michel Aulas pendant les années de gloire, quand le club lyonnais enchaînait les titres de champion de France, Bernard Lacombe a également commenté les matchs pour la chaîne OL TV à son lancement, en 2005, jusqu’en 2007. Accompagné du journaliste Richard Benedetti, il ne s’embarrassait pas de la retenue réglementaire qui guide habituellement les consultants officiant dans le PAF. « Il commentait les matchs comme s’il était sur son canapé, ou sur un banc de touche. Il n’avait aucun filtre, résume son ancien acolyte, joint ce mercredi. Il se permettait de dire des choses qu’aucun consultant ne disait sur les autres télés ou les radios. »

Des expressions passées à la postérité

Au micro, il y en a pour tout le monde. Les adversaires bien sûr ; les arbitres quand les coups de sifflet ne tombent pas du bon côté, évidemment, ce qui lui a valu un jour une lettre d’excuses adressée à M. Duhamel, traité en direct d’arbitre « bedonnant qui ferait mieux d’acheter un chien » pour l’aider dans son job ; les joueurs lyonnais aussi, enfin surtout certains. « Il y en avait qu’il aimait beaucoup, c’étaient ses enfants : Juninho, Cris, Caçapa, Greg Coupet, Karim Benzema plus tard. Et puis d’autres, on sentait que ce n’était pas tout à fait sa tasse de thé », en sourit Benedetti. Florent Malouda, parfois renommé « maladroit » dans ses premières années, en sait quelque chose, mais les compiles de ses meilleures punchlines permettent d’identifier une victime préférée, en la personne de John Carew.

Le grand attaquant norvégien – par la taille, 1,95m –, parfois fâché avec ses pieds, symbolisait la frustration que pouvait parfois ressentir l’homme aux 255 buts en D1, qui sentait si bien le jeu et se montrait si agile techniquement. Il en ressortait quelques expressions passées à la postérité, rappelées dans le portrait que lui a consacré L’Equipe ce mercredi, du style « il faut bosser à la Nasa pour le trouver celui-là », « j’aimerais pas être le ballon » ou « lui, il a oublié de sortir les chaussures de la boîte ».

Des comme ça, il en avait des tonnes, toujours distillées dans le bon timing. « Il y a ce qu’il disait à l’antenne, et puis ce qu’il faisait comprendre hors micro, juste avec un regard. Il me tapait sur le genou et il avait les yeux qui partaient au ciel, ça voulait dire que ça n’allait pas du tout », raconte Benedetti. Dès leur premier match ensemble, le trophée des champions 2005 remporté face à Auxerre (4-1), les deux hommes ont développé une belle complicité.

S’il arrivait aussi au journaliste de s’emporter, il laissait volontiers le beau rôle à son compère. « Bernard agrémentait ses commentaires de tout l’amour qu’il pouvait avoir pour son club, de cette passion et parfois de toute la colère qu’il pouvait avoir, retrace-t-il. Un jour, lors d’un match à Gerland, il était tellement énervé, il a mis un grand coup de poing sur la table et il a pété le poste comm [entaires]. C’était Bernard. »

« Les joueurs le craignaient un peu »

La semaine suivant les matchs, leur rediffusion dans le vestiaire faisait toujours son petit effet. « Les joueurs le craignaient un peu, reprend le journaliste. Des fois, après les matchs, ils demandaient si c’était Bernard qui était au commentaire. Quand ils n’avaient pas été bons, ils savaient qu’ils avaient dû se faire tailler. Et effectivement, certains en prenaient pour leur grade. Mais il n’y avait pas de méchanceté, c’est juste que ça le mettait un peu en colère. »

Richard Benedetti l’avoue, il connaissait tellement bien le phénomène qu’il lui arrivait de le pousser un peu, juste comme ça, pour voir ce que ça allait donner. « Des fois, je le calmais aussi. Je lui mettais la main sur le genou ou sur l’épaule, il me regardait et ça allait un peu mieux. Mais c’était difficile de calmer Bernard », se rappelle-t-il. S’il évoque tous ces moments de « grand bonheur », son souvenir le plus marquant est sans doute le soir de cette défaite traumatisante à San Siro, en quart de finale retour de la Ligue des champions 2005-2006.

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Cette saison-là, tous les anciens joueurs le disent, c’était le plus grand Lyon de la décennie 2000, celui qui se voyait aller au bout, qui avait mis 3-0 au Real Madrid en poule avant de corriger le PSV 4-0 en 8e de finale pour se venger du penalty non accordé à Nilmar l’année précédente. Qualifiés à l’entame du money time grâce à ce score de 1-1 (0-0 à l’aller), les Lyonnais encaissent un but aussi moche qu’assassin de Filippo Inzaghi à la 88e minute, avant que Shevchenko ne porte le coup de grâce dans les arrêts de jeu.

Observateur hors pair

« Le pire moment de tous, raconte Benedetti, dont la voix s’enroue soudain légèrement. C’était incroyable. Bernard avait les larmes aux yeux. Il est resté prostré au poste comm. Jean-Yves Meilland, qui était le patron de la chaîne, a dû le prendre par la main pour le descendre au vestiaire. C’était la fin du monde pour lui. Il n’arrivait plus à bouger. »

Au-delà de ces colères ou des instants suspendus, Bernard Lacombe était surtout un observateur hors pair. Le triple champion de France (1984, 1985, 1987) et double vainqueur de la Coupe de France (1986, 1987) avec Bordeaux percevait le foot comme peu en sont capables. « Il devinait le match au bout de quelques minutes, c’était ça sa grande force, insiste son ancien partenaire. Il était capable de dire, "Richard, tu vas voir, il va se passer ça, ça et ça". Il annonçait quasiment les buts avant. » Pas des paroles en l’air, les vidéos sont là pour en témoigner.

Bernard Lacombe était tout ça, un « boudeur », une « encyclopédie » qui parlait de Giresse, de Trésor et surtout de Platini « avec des yeux d’enfants », un bon vivant qui faisait découvrir ses cantines lyonnaises (L’Habit Rouge, Gamboni, L’Argenson) à ceux qu’il estimait. Bref, « un grand monsieur », salue Richard Benedetti.