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Après le débat sur l’islam, les excuses de l’After Foot vont-elles suffire ?

After Foot : Après un débat tendancieux sur le fait religieux, l’émission phare du foot français dans la tourmente

radioLe présentateur de l’After Foot, Gilbert Brisbois, a présenté les excuses de l’émission alors que de nombreux auditeurs se sont sentis offensés par la présence de Caroline Yadan dans l’émission de jeudi, consacrée au fait religieux dans le sport
William Pereira

William Pereira

L'essentiel

  • L’émission After Foot sur RMC a suscité la controverse après avoir invité la députée Caroline Yadan pour discuter des dérives communautaristes dans le sport, ce qui a conduit à des excuses du présentateur Gilbert Brisbois.
  • Malgré les tentatives de contradiction, l’émission a largement donné la parole à un discours stigmatisant, minimisant certaines données objectives sur le caractère marginal du phénomène au profit d’une vision alarmiste.
  • La polémique a conduit le chroniqueur Walid Acherchour à prendre ses distances avec l’émission, estimant qu’une « ligne pleine de raccourcis » a été franchie, ce qui démontre que RMC a plus perdu que gagné dans cette affaire.

Les excuses de l’After Foot suffiront-elles à obtenir le pardon des auditeurs offensés par l’émission de jeudi dernier ? Dimanche, le présentateur historique d’RMC, Gilbert Bribois, a fait une mise au point à l’antenne sur l’invitation de Caroline Yadan à la table de l’After dans la séquence évoquant la mission flash sur les dérives communautaristes et islamistes dans le sport dont la députée Renaissance était rapporteuse au côté de Julien Odoul (Rassemblement national). « Si nous avons choqué toute une communauté c’est que nous avons raté cette soirée et j’en suis sincèrement désolé, a assumé Gilbert Brisbois. Evidemment nous ne sommes pas infaillibles, on peut se tromper tout comme un joueur peut rater son match et le reconnaître ensuite. »

Face à la colère montante, cristallisée par le hashtag #boycottafter sur X, le présentateur a néanmoins tenu à défendre son émission, exhortant à se méfier des extraits courts diffusés sur les réseaux et sortis de leur contexte. « Faites attention, une vidéo de 30 secondes ne reflète jamais la réalité d’un débat. Pour vous faire une opinion, écoutez les débats en entier. Nicolas Jamain [qui menait les débats jeudi] a été exemplaire. »

Yadan agite les peurs et cite les frères musulmans

Après avoir suivi le conseil de Gilbert Brisbois, le constat reste pourtant inchangé. Nicolas Jamain et Kévin Diaz ont effectivement tenté de sauver les meubles en apportant un peu de mesure et de contradiction, il n’en demeure pas moins que l’After a ouvert grand ses portes au discours souvent stigmatisant de Caroline Yadan sous couvert de laïcité, parfois appuyé par Daniel Riolo - lui-même auditionné dans le cadre de la mission flash. Il ne fallait pourtant pas être un génie pour flairer la mauvaise idée : le casting annonçait tout sauf un dialogue équilibré et apaisé.

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Les extraits de 30 secondes ou d’une minute ne font, hélas pour le fondateur de l’After, que confirmer la distance entre la teneur des propos tenus à l’antenne et la réalité des remontées « terrain ». A savoir que la présence du séparatisme religieux existe mais seulement de manière résiduelle dans le sport, comme l’indiquait déjà un rapport de l’Institut des Hautes études du ministère de l’Intérieur de 2022, croisant des données fournies par les services de renseignement et dont la conclusion était que « le sport n’est pas une priorité du séparatisme islamiste. » Rapport que, soit dit en passant, Nicolas Jamain a eu du mal à citer sans se faire reprendre par Daniel Riolo, ce dernier prétextant qu’il ne servait « à rien de nier la réalité », réalité qui échapperait également aux chiffres selon la députée.

Walid Acherchour se met en retrait

Caroline Yadan étouffe le caractère marginal des données pourtant concrètes du rapport de 2022, lesquelles renvoient à une autre phrase de la DGSI (« le sport ne constitue pas un point d’entrée dans la radicalisation »), citée dans le rapport de la mission flash. Elle ne garde que ce qui va dans le sens de sa vérité et cite un audit d’un rapport de la FFF daté de 2019 qui « parle de déni généralisé, de constat sans équivoque de la montée en visibilité du phénomène religieux dans les clubs. »

Un peu plus tôt dans l’émission, elle associait dangereusement le fait religieux dans les vestiaires de football à la doctrine des Frères Musulmans, avançant par exemple que le « projet politique qu’est l’islamisme a pour but d’imposer aux autres sous couvert de foi un comportement sans qu’il y ait la possibilité pour l’autre d’échapper à l’imposition de ce dogme-là ». Le tout sur la base de faits existants mais minoritaires, comme la demande de mise à disposition de vestiaires vides pour la prière ou la demande de vestiaires distincts pour les joueurs musulmans, érigé par le rapport comme « dérive communautaire » alors qu’il admet dans une note que ce cas concerne seulement « un club de football de l’agglomération toulousaine ». L’imprécision au service de la stigmatisation.

Plus proche de la discussion de bar que d’une argumentation soutenue à base de données « scientifiques » solides, le débat autour des dérives religieuses dans le sport mené par le plateau de l’After a injustement amalgamé une large frange de la population française. Elle a également mis dans une position délicate l’un de ses chroniqueurs de confession musulmane, Walid Acherchour, lequel considère qu’une « ligne pleine de raccourcis » a été franchie, et a décidé de prendre ses distances avec l’émission. Preuve, s’il le fallait, que sur ce coup, RMC a perdu plus qu’elle n’y a gagné, même si l’After a promis, très vite, une opération de transparence inédite, promettant un moment d’échange avec ses auditeurs « pour tout remettre à plat ».