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Alors, c’est quoi le problème des joueurs de Manchester City dans cet Euro ?

Euro 2024 : Alors, c’est quoi le problème des joueurs de Manchester City qui sous-performent ?

tactiqueA l’exception des défenseurs, les joueurs de Manchester City sont à la peine dans ce début d’Euro 2024. Si bons sous Guardiola, les De Bruyne, Foden et Bernardo Silva souffrent d’un contexte moins favorable avec leurs sélections
William Pereira

William Pereira

L'essentiel

  • Kevin De Bruyne et Jérémy Doku ont eu de la peine à exprimer leur talent lors de la rencontre entre la Belgique et la Slovaquie, probablement faute d’un niveau collectif similaire à celui de Manchester City.
  • Phil Foden peine à trouver sa place avec l’Angleterre dans un système de jeu qui ne tire sans doute pas le meilleur de lui, Gareth Southgate ayant choisi de le placer à gauche.
  • Bernardo Silva se retrouve souvent contraint d’évoluer sur l’aile droite avec le Portugal, ce qui limite son influence, la sélection devant composer avec la présence en pointe de Cristiano Ronaldo qui « assèche tout autour de lui ». Les joueurs de Manchester City peuvent-ils exister hors du contexte Guardiola ?

L’éducation nationale a-t-elle échoué ? En ne proposant pas au menu du bac de philo de sujet sur « les joueurs de Manchester City et leur existence hors du contexte Pep Guardiola », elle s’est privée de poser aux lycéens la seule problématique qui vaille en ce début d’Euro 2024. A savoir : pourquoi les Citizens dispersés aux quatre coins de l’Allemagne éprouvent autant de difficultés dans le contexte de leurs équipes nationales respectives alors qu’ils excellent tous ensemble en club ?

A l’exception des défenseurs comme Kyle Walker, Manuel Akanji ou Ruben Dias, la majeure partie des atouts de City se sont noyés de manière simultanée ou presque, en tout cas suffisamment pour que la question soit posée. Que peut-il donc bien se cacher derrière les disparitions de Kevin De Bruyne, Bernardo Silva ou Phil Foden ? Et comment recoller les débris de leur talent dissout dans la folie de ce début d’Euro ? Mystère.

En Belgique, De Bruyne et Doku frustrés

Les faillites plus ou moins prononcées du Paul Scholes flamand et de Jérémy Doku auront été les plus préjudiciables dans le lot, étant donné qu’elles ont eu lieu dans un contexte de défaite scandaleuse de la Belgique contre la Slovaquie. Avec une certaine clémence pour l’ancien Rennais, qui avait plutôt bien commencé son match sur le côté droit, nous fait remarquer l’ancien joueur belge reconverti consultant, Alex Teklak :

« « Il était très bien dans un jeu de transition classique sur ce côté droit, en partant dans le dos d’Hancko. Mais le sélectionneur, Domenico Tedesco l’a basculé à gauche à la mi-temps, et tu ne l’as plus vu parce que les Slovaques lui ont fermé le passage à deux. Un à l’extérieur, un à l’intérieur et c’était fini. Globalement, sur son premier match, Doku a fait du bricolage. Il a forcé son jeu. Ce n’est pas celui qu’on voit sous Guardiola. A City, il a de la complicité avec les autres, il a du soutien pour pouvoir combiner. Il est capable de jouer en première intention, voire en deux touches. Contrôler, passer et repartir dans l’espace. » »

Chez les Diables Rouges, seul Kevin De Bruyne parle la même langue que lui – Trossard dans une moindre mesure, l’école Arteta n’est jamais loin de celle de Guardiola. Mais on ne construit pas une dynamique collective à deux ou trois, sans compter que le magicien roux a lui aussi ses problèmes pour trouver sa place dans le chaos belge. Tantôt trop haut à attendre en vain que le ballon lui arrive dans les zones de décision, tantôt trop bas pour assurer les premières relances. Zone dans laquelle la défense belge, complètement décimée, s’est montrée totalement inefficace.

Un seul Pep vous manque...
Un seul Pep vous manque... - Shutterstock

« Pendant 20 minutes, en seconde mi-temps, il a joué en 6 parce qu’il n’en touchait pas une, soupire Teklak. Il était frustré, c’était une catastrophe. On n’est "que’’ la Belgique, on n’a pas le réservoir de joueurs qu’il faudrait autour de De Bruyne pour qu’il soit suffisamment à l’aise comme à City. Alors Kevin s’est dit "ok, moi je dois me substituer à plusieurs rôles dans cette équipe’’. Mais ça ne peut pas marcher comme ça. » Effectivement, ça n’a pas marché.

En Angleterre, Phil Foden bouffé par Bellingham

Chez les Three Lions, le problème est inverse avec Phil Foden, à qui un procès en manque de personnalité commence à être intenté outre-Manche à force de se faire bouffer par l’aura radioactive de Bellingham, qui multiplie les appels dans le cœur du jeu, zone préférentielle que Foden a finie par abandonner. Un signe de faiblesse aux yeux des observateurs. « Phil doit vouloir le ballon plus que les autres et Jude a montré qu’il est un peu au-dessus de lui à cet égard, regrette Cesc Fabregas au micro de BBC One. Foden doit retrouver cette personnalité et faire ce qu’il fait à Manchester City. »

Facile à dire. Mais comme dirait l’autre, il ne suffit pas de ressembler à Cetelem pour faire du Cetelem. Sans parler de Bellingham, Foden a deux problèmes avec le maillot anglais : 1) Gareth Southgate n’est pas un crack de l’animation offensive. Or on sait Foden infiniment plus efficace dans le contexte chorégraphique du City de Pep. 2) en club, il peut évoluer à droite, or le sélectionneur l’a exilé à gauche, sur son bon pied… ou son mauvais, question de point de vue. « A City, comme il évolue au cœur du jeu, il est capable de repiquer du côté droit vers le but et d’utiliser son pied gauche qui est assez magique, analyse Darren Tulett, inénarrable caution britannique du diffuseur intégral de la compétition, beIN Sports. Il a d’ailleurs marqué beaucoup de buts comme ça l’année dernière. »

"Ouais Gareth, cool tes embrassades mais n'hésite pas à me faire jouer plus à droite et à dire à Jude de me laisser respirer."
"Ouais Gareth, cool tes embrassades mais n'hésite pas à me faire jouer plus à droite et à dire à Jude de me laisser respirer." - AFP

« Un talent extrême comme Phil Foden donnera le meilleur de lui au milieu de terrain, croit aussi savoir Micah Richards, également interrogé par BBC One. Quand il est sur le côté gauche, vous le mettez dans une position où il doit dribbler son adversaire. Ce n’est pas son jeu ! » Et ça se ressent dans ses appels de balle, très peu portés sur la profondeur, très peu en mordant la ligne, souvent dans l’axe et au mieux dans le demi-espace gauche. Notons par ailleurs qu’en plaçant Foden de l’autre côté, Southgate bénéficierait de ses automatismes avec Kyle Walker. Mais que faire, dès lors, de Bukayo Saka ? Problème de riche…

Au Portugal, Bernardo Silva maudit par CR7

Que retiendra-t-on de la carrière de Bernardo Silva avec l’équipe du Portugal ? A ce rythme, pas grand-chose. Tactiquement, la situation du chouchou de Guardiola ressemble beaucoup à celle de Foden, de par son exil à un poste fixe dans un secteur où ses qualités ne sont pas celles d’un ailier. Contre la Tchéquie, l’ancien Monégasque n’a réussi qu’un dribble et s’est entêté à chercher des ballons dans les pieds de ses milieux. Pour ça et d’autres choses, il s’est fait pourrir par un pays qui enrage à force de ne pas le voir à son meilleur niveau ailleurs qu’en club.

« C’est la conséquence du fait que le Portugal continue de jouer pour un 9 [en l’occurrence Cristiano Ronaldo], accuse le commentateur portugais Luis Cristovão. Presque tout dans le reste de l’effectif incite pourtant à jouer autrement, avec un attaquant plus rapide devant comme peut le faire l’Allemagne. Tant qu’il y aura ce 9 de référence ça sera plus dur pour Bernardo de briller à partir de son côté droit. »

Ne ratez rien de l'Euro 2024

Comme Foden, Bernardo Silva ne peut exister que dans un contexte collectif en mouvement. « C’est l’idée de base du football total, où tout le monde peut atteindre la surface de réparation. City joue beaucoup comme ça. Il faut aussi souligner que devant au Portugal, il y a Cristiano Ronaldo. C’est un joueur-eucalyptus, il assèche tout autour de lui. Il va dans la zone de l’un, dans la zone de l’autre, il retire le protagonisme des autres. Bernardo Silva est sans doute celui qui souffre le plus de ça avec Rafael Leão. »

Bernardo Silva à l'arrêt, une image trop vue contre la Tchéquie.
Bernardo Silva à l'arrêt, une image trop vue contre la Tchéquie. - Harry Langer/DeFodi Image/SIPA

Pas de bol pour Nanardo, CR7 est bien parti pour devenir le premier joueur à aller jusqu’à l’âge réel de la retraite, et l’autre rôle qui pourrait lui être confié, dans une zone plus axiale au milieu, est désormais occupée par Vitinha. Avoir sa place dans le meilleur collectif du monde mais pas un toit chez soi, le grand drame des offensifs de Manchester City.