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Excitation, ambition et prise de risque, que retenir de la conf de Titi Henry ?

Equipe de France Espoirs : Excitation, ambition et prise de risque… Que retenir de la conf de Thierry Henry ?

FOOTBALLThierry Henry a tenu une conférence de presse ce mardi au siège de la Fédération de football, pour expliquer sur son choix de revenir sur un banc après deux expériences mitigées à Monaco et Montréal
Aymeric Le Gall

Aymeric Le Gall

L'essentiel

  • Le nouveau sélectionneur de l’équipe de France Espoirs Thierry Henry a été présenté officiellement ce mardi au siège de la FFF, à Paris.
  • Après deux expériences mitigées sur le banc de Monaco et de l’Impact de Montréal, le champion du monde 98 fait son grand retour sur un banc de touche.
  • Pendant près d’une heure, celui-ci a évoqué ses ambitions avec les Espoirs et expliqué à quel point il était heureux de retrouver l’équipe de France.

Au siège de la FFF,

La 3F a réussi son coup. En nommant Thierry Henry au poste de sélectionneur des Espoirs, à un an des Jeux Olympiques de Paris, en lieu et place de profils plus classiques pour cette catégorie d’âge qui étaient en concurrence avec lui (Jocelyn Gourvennec, Sabri Lamouchi et Julien Stéphan), la Fédération a fait de cette rampe de lancement vers les A une attraction que tout le monde va suivre avec beaucoup plus d’attention désormais.

Il nous a suffi de jeter un œil à l’immense salle de presse du 87 boulevard de Grenelle, pas bondée mais pas loin, mardi midi, pour comprendre que ce n’est pas un simple coach qui débarque dans la place, mais bien une légende de l’équipe de France, un homme dont le palmarès et le charisme suffisent à mettre tout le monde d’accord. « Thierry Henry est l’incarnation parfaite de ce que nous cherchions dans la perspective d’un évènement qui n’arrive qu’une seule fois par siècle, les Jeux olympiques à la maison. C’est un choix important, ambitieux de voir arriver l’une des légendes du football », s’est félicité Philippe Diallo, le boss de la FFF.

Accompagné de ses deux adjoints Gérald Baticle et Gaël Clichy, Thierry Henry a pris la parole pour saluer diplomatiquement le travail de son prédécesseur Sylvain Ripoll et dire tout le bonheur qui était le sien à l’idée de « pouvoir rechanter la Marseillaise avec fierté. » Pendant près d’une heure, l’ancien Gunner a répondu en toute franchise aux questions des journalistes, avec le sérieux que lui confère son nouveau poste, loin de son habituelle légèreté quand il officiait en tant que consultant pour Sky Sports ou Prime Vidéo.

  • Pourquoi remettre les mains dans le cambouis ?

Ce fut d’ailleurs la première question posée. Pourquoi donc avoir choisi de quitter le confortable costume de consultant pour venir se jeter dans un bourbier pareil, dans une sélection qui ne soulève pas les passions et qui n’a plus connu le succès depuis près de quarante ans ? Réponse instantanée : « Premièrement parce que je n’étais pas épanoui, j’aime le terrain, j’attendais une opportunité. J’étais bien, mais je n’étais pas épanoui. Et puis l’équipe de France ça ne se refuse pas, quel que soit le niveau. Oui j’étais bien, j’avais une vie, mais il me manquait ce côté qui me fait vibrer un peu, beaucoup même. »

  • Des doutes à lever après deux expériences mitigées

Fin analyste du football, Thierry Henry sait que c’est avant tout pour son nom et son aura qu’il a été préféré à ses concurrents. Il n’ignore rien des doutes qui accompagnent sa nomination après deux expériences plus que mitigées en tant que n° 1, à Monaco d’abord, à l’Impact de Montréal ensuite. S’il a tenu à préciser qu’il eut été difficile pour n’importe quel coach de réussir à Monaco en l’espace de seulement deux mois, défendant également son bilan en MLS avec une qualification en play-off dans un contexte de bulle sanitaire liée au Covid, « Titi » a admis que les doutes à son égard étaient « légitimes » et que seules les performances sur le terrain pourront permettre de les éteindre.

« Vous vous êtes posé des questions, moi aussi, a-t-il assuré. Faire son autocritique c’est hyper important. » Mais il l’assure, ses récentes expériences sur un banc l’ont changé. « J’ai évolué depuis Monaco. La période Covid (en MLS) m’a aussi beaucoup changé, j’ai appris à déléguer, à faire preuve de plus d’empathie. Il faut mettre de l’eau dans son vin et j’en ai mis. Beaucoup. » Son ego de (grand) joueur, qui l’a accompagné durant son début de carrière sur le banc de Monaco, et qui a pu inhiber ou déranger certains de ses joueurs, serait donc de l’histoire ancienne. Il faut en tout cas l’espérer s’il veut réussir un jour à devenir un coach à la hauteur du joueur qu’il était.

  • Un homme proche de la jeunesse d’aujourd’hui

Du reste, on saluera aussi le coup tenté par la Fédération. Au lieu de remplacer Ripoll par l’un de ses clones moulé dans le gaufrier fédéral, Philippe Diallo et les membres du Comex ont pris un virage à 180 degrés en installant un ancien joueur que les jeunes générations, à défaut de l’avoir vu jouer, connaissent, reconnaissent et admirent. Disons les choses comme elles sont : pour aller se farcir des matchs en bois au fin fond de l’Europe, sur des pelouses en carton et dans des stades en bois, c’est toujours plus motivant quand le coach s’appelle Thierry Henry.

D’autant que l’ancien d’Arsenal a cette fibre jeune, il connaît leurs codes et s’adapte à leur langage. « J’aime travailler avec les jeunes, j’ai cette facilité à leur parler. Il faut s’adapter à eux, essayer de comprendre les codes même si ce n’est pas toujours évident, il y a beaucoup de pédagogie à faire, a-t-il prévenu. Moi je savais que si j’arrivais en retard je ne jouais pas le week-end, maintenant il faut leur expliquer. Il faut toujours être dans la discussion et convaincre ».

Thierry Henry et Philippe Diallo, visiblement pas mécontent de son coup.
Thierry Henry et Philippe Diallo, visiblement pas mécontent de son coup.  - Anne-Christine POUJOULAT
  • Créer un « esprit France »

Pour parvenir à embarquer avec lui des joueurs pas toujours surmotivés à l’idée de rejoindre les Espoirs, Henry a déclaré vouloir « créer un esprit France pour que les joueurs soient contents de venir en sélection ». Comment ? « Il faut qu’on tire tous dans le même sens, ce n’est pas une sélection punition, bien souvent c’est vu comme ça, a-t-il expliqué. C’est une sélection difficile à gérer, on le sait. Quand tu dois aller jouer un match en Slovénie, avec un terrain moyen, quand tu dois jouer dans des petits stades, ça te forge. Après, oui, c’est l’éternel problème avec cette sélection. Mais c’est une sélection qu’il faut respecter, qu’il faut honorer. Même s’il n’y a pas les deux étoiles sur le maillot, il y a le coq, tu représentes quelque chose. Maintenant c’est facile de parler, mais si ça fait si longtemps qu’on n’a pas gagné, c’est qu’il y a un problème quelque part. Il va falloir essayer de résoudre ça. »

  • Thierry Henry à « Didier World »

Pour ça, il faudra aussi composer avec son ancien capitaine en Bleu Didier Deschamps, qui ne se privera pas de venir lui piquer ses meilleurs éléments s’il juge qu’ils peuvent apporter un plus aux A. Sur ce point, Henry ne sera pas le genre à faire des vagues, en témoigne cette déclaration d’allégeance en bonne et due forme : « Tout ce que DD dira, je dirai oui, c’est simple (rires) ! C’est lui le patron, s’il a besoin d’un joueur, il le prend, on est d’abord là pour l’équipe de France A. Il y aura bien sûr des discussions avant chaque liste mais, comme je le dis souvent : reste à ta place. Tout ça sera fait dans les règles de l’art. »

  • Quid de l’association avec Mbappé aux JO ?

Si le trajet se fait le plus souvent des Espoirs vers les A, année olympique oblige, certains tauliers des Bleus de DD n’ont pas caché leur volonté de redescendre le temps du mois d’août 2024 avec les Bleuets, à l’image de Kylian Mbappé, dont la complicité avec Thierry Henry n’est un secret pour personne. Interrogé sur cette possible collaboration de l’espace avec le « Kyks », le sélectionneur des Espoirs n’a pas souhaité s’avancer, expliquant simplement dans un sourire que leur association « sur le terrain (…) aurait été pas mal ». Pour le reste, celui-ci a déclaré avoir « la tête à Nancy pour le match (de qualification à l’Euro) contre le Danemark », et à sa première liste de septembre. Le rendez-vous est donné.