Pelé, légende du football brésilien, est mort à 82 ans
Football•Pelé, la légende du football brésilien et mondial, triple champion du monde 1958, 1962 et 1970, est décédé à l’âge de 82 ansNicolas Stival
Pelé est mort à l’âge de 82 ans a annoncé jeudi l’une de ses filles, Kely Nascimento. « Nous t’aimons à l’infini, repose en paix » a-t-elle écrit sur Instagram, depuis l’hôpital Albert-Einstein de Sao Paulo où il avait été admis il y a un mois.
Etait-il le meilleur footballeur de tous les temps ? Le débat semble impossible à arbitrer, tant il est délicat de comparer les époques : et notamment la sienne dont subsistent essentiellement des extraits de matchs sur YouTube, avec l’ère moderne saturée de retransmissions en direct.
Mais les institutions avaient tranché avant le tournant du millénaire : en décembre 1999, le CIO avait désigné Pelé comme athlète du siècle, après consultation des Comités nationaux olympiques du monde entier. Pour le jury de la FIFA, en 2000, il était le joueur du XXe siècle, mais le public, également consulté par l’instance sur Internet, avait placé Diego Maradona, de 20 ans son cadet, en tête des votes.
Les deux génies n’ont eu de cesse de s’envoyer des piques parfois violentes par presse interposée pendant des décennies, avant la grande réconciliation au milieu des années 2010. Lors du décès de l’Argentin en novembre 2020, le Brésilien avait honoré la mémoire de son ancien rival par ces mots : « Un jour, j’espère que nous pourrons jouer au ballon ensemble dans le ciel. » Nous y sommes.
Toujours très bien entouré, Pelé n’a jamais porté la Seleçao à lui tout seul en Coupe du monde, comme l’a quasiment fait Maradona lors de son titre mondial avec l’Albiceleste au Mexique, en 1986. Mais c’est bien dans la plus prestigieuse des compétitions que le Roi a écrit son inégalable légende. Seul joueur à afficher trois titres planétaires, il est aussi le plus jeune buteur et vainqueur de l’épreuve.
« Cette Coupe du monde, je vais la gagner pour toi »
Le 29 juin 1958 à Solna, il a très exactement 17 ans et 249 jours lorsqu’il lève vers les cieux la si « vintage » Coupe Jules-Rimet, après une finale à sens unique face à la Suède, le pays hôte (5-2). Le gamin de Santos vient de planter un doublé, dont un consécutif à un merveilleux coup du sombrero, après son but décisif contre le pays de Galles en quart (1-0) et son triplé devant la France de Kopa et Fontaine en demie (5-2).
Grâce à cet adolescent prodigieux, le Brésil tient enfin sa première Coupe du monde. Huit ans après le traumatisme du « Maracanãço », lorsque l’Uruguay avait plongé tout un pays dans le désarroi en dominant la Seleção chez elle, devant 200.000 spectateurs médusés. Pelé n’a encore que 9 ans mais selon ses hagiographes, il aurait alors fait une promesse à son père, inconsolable : « Ne pleure pas, papa. Cette Coupe du monde, je vais la gagner pour toi. »
Ancien attaquant passé par l’Athlético Mineiro et Fluminense, João Ramos do Nascimento dit Dondinho sera un paternel plus que comblé. Quatre ans après le sacre scandinave, son fils, toujours accompagné de Vava, Garrincha et Zagallo (aujourd’hui le dernier survivant de l’épopée suédoise), remet ça au Chili. Auteur d’un superbe slalom gagnant entre quatre Mexicains lors du premier match (2-0), son Mondial s’arrête toutefois dès le deuxième face aux Tchèques, sur blessure. Il laissera son inspiré remplaçant Amarildo finir le travail.
Le Mondial 1970 magnifié par la télévision en couleur
En Angleterre en 1966, l’aventure terminée dès le premier tour est marquée par des agressions impunies du Bulgare Zhechev et du Portugais Morais sur le Roi, à une époque où les arbitres ne commençaient à broncher qu’en cas de tacle à la glotte. Un temps dégoûté, Pelé prend une éclatante revanche au Mexique en 1970, lors de ce qu’il est toujours convenu d’appeler « la plus belle des Coupes du monde », sous la houlette de son ancien coéquipier Zagallo, devenu sélectionneur.
Dans ce Mondial magnifié par une première diffusion télévisée en couleur, sa tête victorieuse en finale contre l’Italie (4-1), au bout d’une incroyable détente, marque peut-être moins les mémoires que sa délicieuse passe décisive pour son capitaine Carlos Alberto, ou que ses ratés sublimes : la tête sauvée par le gardien anglais Gordon Banks au premier tour - la fameuse remarque : « J’ai marqué un but, mais Banks l’a arrêté » – et le grand pont sans toucher le ballon sur le portier uruguayen Ladislao Mazurkiewicz en demi-finale, conclu par une frappe à côté.
Pelé prétend avoir marqué 1.283 buts
La retraite internationale vient très vite ensuite, à même pas 31 ans, le 18 juillet 1971 contre la Yougoslavie au Maracanã (2-2), devant une foule éplorée. Impossible de rêver plus bel écrin pour la dernière de ses 92 sélections, constellées de 77 buts.
Pelé et ses buts, parlons-en tiens. Sur son compte Instagram suivi par plus de 13 millions de personnes, il se proclamait fièrement « Leading Goal Scorer of All Time », le Pichichi des Pichichis, et revendiquait 1.283 réalisations. D’autres sources avancent une fourchette allant de 757 à 767, en ne comptant pas les très nombreux buts inscrits en match amical.
Si l’on s’en tient au décompte d’« O Rei », la barre des 1.000 a été atteinte au Maracanã (décidément) le 19 novembre 1969 pour un choc domestique entre Santos et Vasco de Gama. Penalty provoqué et transformé par Pelé, avant invasion du terrain par supporteurs et journalistes, puis tour d’honneur et enfin, reprise de la partie remportée par Santos (2-1) après 20 minutes d’interruption. Un match comme un raccourci du culte voué par le peuple brésilien au football et à son enfant le plus doué, envoyé sur Terre pour briser la malédiction auriverde en Coupe du monde.
Pelé finit sa carrière au Cosmos de New York de 1975 à 1977. Il est alors la figure de proue, avant Franz Beckenbauer, d’une tentative pas très concluante d’implantation du « soccer » aux Etats-Unis.
Notre dossier sur Pelé
La suite de sa vie, passée sous l’étiquette de « citoyen du monde » décernée par l’ONU juste après sa retraite, en octobre 1977, se partage entre engagement humanitaire et brève carrière politique. Il occupe ainsi le poste de ministre des Sports au Brésil de 1994 à 1998, dans le gouvernement de Fernando Henrique Cardoso.
Mais le principal métier de Pelé reste d’incarner Pelé, à travers ses nombreux et lucratifs partenariats publicitaires. A la fin des années 1980, la Française des Jeux casse ainsi sa tireline pour faire de l’idole la figure de proue de son tout nouveau Loto sportif, avec des affiches et un clip encore imprimés dans la rétine des personnes qui ont pu les voir.
Parfois critiqué pour ne pas prendre assez position, à la différence (encore) du très actif Maradona, le Brésilien n’a en revanche jamais pu être accusé de fausse modestie : « Où que vous alliez, il y a trois icônes que tout le monde connaît : Jésus-Christ, Pelé et le Coca-Cola », a-t-il dit un jour. Seule la dernière reste aujourd’hui de ce monde.


















