Fair-play financier : La Fédé italienne enquête sur 62 transferts suspects, dont celui du Lillois Osimhen à Naples

FOOTBALL La FIGC soupçonne les clubs de s’arranger entre eux pendant le mercato pour réaliser des opérations montées de toutes pièces et soulager leurs finances dans le cadre du FPF

Aymeric Le Gall
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L'attaquant lillois, Victor Osimhen.
L'attaquant lillois, Victor Osimhen. — Efrem Lukatsky/SIPA
  • La Fédération italienne de football enquêterait sur 62 transferts suspects réalisés par des clubs italiens entre 2019 et 2021.
  • Leur but est simple : profiter des failles du fair-play financier pour se conformer aux règles dudit FPF.

Serait-ce le début de la fin des petits arrangements entre amis sur le marché des transferts ? C’est la question qu’on se pose après les informations publiées en Italie par La Repubblica (et confirmées depuis par la Gazzetta dello sport) et selon lesquelles la Fédération italienne de football (FIGC) enquêterait sur des transferts suspects réalisés par des clubs de Serie A. Dans le viseur des enquêteurs, des transferts gonflés dealés entre deux clubs cherchant à se conformer aux règles du fair-play financier de l’UEFA.

La manip est connue : Lorsqu’un club achète un joueur, il peut amortir (ou lisser) la somme qu’il vient de débourser sur plusieurs saisons dans ses lignes de compte. Mais quand il en vend un, en revanche, il peut inscrire l’intégralité de la somme perçue sur ces mêmes lignes de compte de la saison en cours, et ce même si les paiements du club acquéreur sont étalés sur plusieurs années.

L’échange Pjanic/Arthur, un deal gagnant-gagnant pour le Barça et la Juve

Prenons un des cas (d’école) actuellement dans le collimateur de la Fédé italienne : L’échange Pjanic/Arthur entre le Barça et la Juve à l’été 2020. Le milieu serbe de la Vieille Dame avait rejoint les Blaugranas contre 60 millions d’euros pour un contrat de quatre ans, tandis qu’Arthur faisait le chemin inverse contre 72 millions d’euros, pour cinq années.

Au-delà du fait que ces sommes, pour des joueurs de cet âge et/ou de cette qualité, apparaissaient totalement farfelues, cet échange a permis aux deux clubs d’y trouver leur compte et de dégager, sur le papier, via les bidouilles comptables que l’on vient de détailler, une plus-value d’environ 50 millions d’euros (Pjanic ayant coûté quelque 15 millions par an au Barça, et Arthur 14,5 à la Juve). Ces transferts font ainsi partie des 62 ciblés par la FIGC, tout comme celui de l’ex-Lillois Victor Osimhen à Naples.

Le transfert de Marley Aké (OM) à la Juve dans le viseur des enquêteurs

Tandis que les Napolitains faisaient péter le chéquier et s’offraient le buteur nigérian contre environ 70 millions d’euros pour un contrat de cinq ans (plus une année en option), ceux-ci refourguaient dans le même temps quatre de leurs joueurs (dont trois ont depuis quitté le club sans jouer la moindre minute en pro avec les Dogues) contre 20 millions d’euros. Ainsi, en lissant le transfert d’Osimhen sur le nombre d’années total de son nouveau contrat (environ 14 millions par an) et en inscrivant 20 millions dans la grille « profits », le Napoli ressortait de cette opération censément coûteuse avec les fesses propres aux yeux du FPF.

En France, l'échange payant entre le Marseillais Marley Aké et le Turinois Franco Tongya (8 millions d’euros chacun), deux joueurs de calibres moyens évoluant aujourd’hui dans les équipes réserves respectives des deux clubs, est aussi passé à la loupe des enquêteurs italiens. Problème, si cette pratique semble permettre de se jouer de ce maudit fair-play financier, elle n’est pas non plus illégale ou contraire aux règles dudit FPF. En cela, les conclusions de Giuseppe Chine, le procureur de la Fédération italienne, seront particulièrement intéressantes à analyser.