Ligue 1 : « Il y a beaucoup plus d’équipes qui jouent au foot qu'avant », juge Kevin Gameiro

INTERVIEW L'attaquant du RC Strasbourg a retrouvé le championnat de France après huit saisons en Espagne

Thibaut Gagnepain
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Kévin Gameiro, le come-back d'un crack à Strasbourg — 20 Minutes
  • D’un naturel discret, Kevin Gameiro a accordé à 20 Minutes une longue interview.
  • L’avant-centre de poche y évoque son retour à Strasbourg, la Ligue 1, les joueurs qui l’ont marqué durant ses quinze ans de carrière etc.
  • « Je suis venu à Strasbourg car il y avait un beau petit projet avec un entraîneur qui propose du foot. C’était l’idéal pour moi, j’essaie toujours de choisir mes équipes en fonction du style de jeu », explique-t-il.

Contrôle du pied gauche, crochet du droit et frappe ravageuse dans les filets d'Omlin... A Montpellier début octobre (1-1), Kevin Gameiro a rappelé pourquoi il était un des grands buteurs français de la dernière décennie. Depuis son retour cet été au RC Strasbourg, treize ans après avoir quitté son club formateur, l'attaquant n'a pas réalisé que des miracles. Il y a aussi eu des duels ratés, comme contre Troyes ou à Lyon, et même un passage sur le banc, contre Metz. L'avant-centre le sait et ne s'en inquiète pas. En Alsace, il dit avoir « retrouvé cette soif de foot » et ne cache pas son plaisir.

Vous avez le sourire, ça a l’air de bien aller…

J’ai toujours le sourire ! Je me sens bien ici, je profite du terrain, du plaisir que je peux avoir avec l’équipe. Il y a une très bonne ambiance dans ce groupe et dans ce club. Je ne regrette pas du tout mon choix.

Quel bilan tirez-vous de vos premiers matchs ? Vous en êtes à deux buts en neuf journées...

Il devrait y en avoir plus. Je suis un attaquant, un buteur, c’est à moi de finir les actions et d’en rater le moins possible. J’en manquerai toujours, ce sont les aléas du métier, mais il ne faut pas se prendre la tête. J’ai l’expérience pour aborder ces passages plus sereinement.

Vous venez de retrouver la Ligue 1 huit ans après l’avoir quittée. Que pensez-vous du championnat ?

Je trouve qu’il y a beaucoup plus d’équipes qui jouent au foot, même celles qui viennent de monter. Elles essaient de ressortir le ballon de derrière, de créer du beau jeu. Auparavant, à mon avis, c’était plus basé sur le physique et l’engagement. C’est agréable et je pense que c’est lié aussi à ces jeunes entraîneurs qui proposent un football un peu plus porté sur la possession. Ca ne paie pas toujours mais il ne faut pas lâcher. C’est la bonne solution pour voir des beaux matchs et que nous, joueurs, prenions du plaisir.

Dans une récente interview, Lionel Messi parlait d’une Ligue 1 beaucoup plus physique que la Liga. Vous confirmez ?

Oui, il y a moins d’espace, c’est plus dur sur l’homme. Dans les contacts, certains ne se privent pas ici ! Moi je connais, ça ne me choque pas mais pour ceux qui découvrent… En Espagne, il y a beaucoup plus de petits gabarits qui évitent justement ces chocs-là. J’en fais partie et je ne vais pas changer mon jeu pour m’adapter. Ca a toujours fait partie de mes qualités de bien me déplacer dans les zones libres et d’être à un ou deux mètres du défenseur pour éviter les contacts. Maintenant, s’il faut y aller, j’irai, pas de souci !

Comment vous êtes-vous adapté, depuis votre début de carrière en 2005, pour évoluer et rester toujours aussi efficace ?

Avec l’âge, tu comprends un peu mieux le football et essaies de jouer un peu différemment. Il y a quelques années, c’était rare de me voir décrocher en neuf et demi ou dix pour demander le ballon et faire jouer l’équipe. J’essaie de m’adapter au jeu et à mon corps. C’est sûr que j’ai perdu des choses, d’un point de vue physique, mais j’en ai gagné d’autres. Je suis venu à Strasbourg car il y avait un beau petit projet avec un entraîneur qui propose du foot. C’était l’idéal pour moi, j’essaie toujours de choisir mes équipes en fonction du style de jeu.

Ca s’est encore vu à l’entraînement toute à l’heure, vous semblez bien vous trouver avec Ludovic Ajorque...

Je pense qu’on est très complémentaires avec lui ou Habib (Diallo). Leur style est plutôt de jouer en pivot et de garder le ballon et moi, plutôt de me promener entre les lignes et de prendre la profondeur. Maintenant, ils fonctionnent bien ensemble aussi ! Je pense que tout ça va nous faire progresser. Pour un coach, c’est bien d’avoir trois bons attaquants et pour nous, c’est bien de se tirer la bourre.

A votre avis, Ludovic Ajorque est-il encore loin de l’équipe de France ?

A lui de continuer à faire le travail. Il reste sur une très bonne saison et a un profil assez différent des joueurs appelés en ce moment, avec un style à la Giroud. C’est ce qui peut faire pencher la balance même s’il y a beaucoup de monde déjà. Faut qu’il marque des buts et j’espère l’aider à le faire.

Et vous, quel regard avez-vous sur votre carrière en Bleu (13 sélections) ?

Le regret, c’est peut-être de ne pas avoir fait de grosses compétitions internationales (il était réserviste pour l’Euro-2016). Maintenant, je pense qu’il y avait de bonnes raisons pour que je n’y sois pas. Ca ne m’empêche pas de dormir le soir. J’ai essayé de faire le maximum pour ma carrière internationale et ai passé de très bons moments en équipe de France.

Durant vos quinze ans de carrière, est-ce que des joueurs vous ont marqué ?

Il y en a beaucoup… Ibrahimovic au PSG, Griezmann à l’Atletico, Carlos Bacca à Séville. Je pense aussi à Ever Banega, qui était exceptionnel et n’a pas fait la carrière qu’il aurait dû. Après, là où j’ai le plus appris, c’est quand je voyais Ljuboja, Niang et Pagis ici. J’étais au centre de formation et je voyais les trois jouer. C’était un régal car ils avaient des qualités très différentes et étaient très complémentaires.

Pour reparler de Strasbourg, comment avez-vous trouvé le Racing treize ans après votre départ ?

Il est comme avant ! Ca reste un club familial, avec de belles choses instaurées par Marc (Keller, le président) depuis qu’il l’a repris. C’est exceptionnel de voir le Racing où il est aujourd’hui quand on sait où il était tombé (en CFA 2 en 2011). Et maintenant, ce serait bien de passer un pallier supplémentaire. C’est aussi pour ça que je suis venu ici.

Aviez-vous depuis toujours dans l’idée de revenir ?

Je ne vais pas mentir : ce n’était pas l’objectif numéro 1. Mais ça a toujours été un souhait de pouvoir rejouer ici. Ca s’est fait parce qu’il y avait un projet, des gens qui ont montré leur intérêt. C’est toujours mieux de se sentir désiré. J’ai eu des touches dans plusieurs championnats, des offres très intéressantes financièrement... Mais j’avais besoin de retrouver des stades pleins et le plaisir sur le terrain. L’an dernier, j’avais un peu perdu tout ça à Valence.

Avez-vous bien refusé l’OM cet été ?

Oui, l’offre était là. C’est un choix personnel et si je n’avais pas déjà joué à Strasbourg, peut-être que je n’y aurais pas signé. J’ai des attaches ici. Marseille, c’est un contexte particulier, surtout pour un ancien Parisien. Je le répète : je n’ai pas de regrets.

L’Alsace, est-ce aussi un choix de vie pour votre après-carrière ?

Pas spécialement ! J’avoue que mes années espagnoles m’ont beaucoup plu, et à ma famille aussi. Je pense qu’il me reste encore quelques années de foot à vivre, je veux en profiter au max. Je n’ai que 34 ans et on voit que certains performent encore plus vieux ! J’ai retrouvé cette soif de foot. Ce qui fait tenir, c’est justement cette passion. Si mentalement, tu n'as as plus envie, ce n’est plus possible.

Etes-vous un vrai fan de foot ?

Je l’étais beaucoup plus à mes débuts. Maintenant, je suis plus détaché même si je prends toujours autant de plaisir à l’entraînement et pendant les matchs. Sorti de ça, je choisirais plutôt un bon film que le foot, sauf pour les grandes affiches. J’ai ma famille, mes enfants, d’autres choses à côté qui m’intéressent car je pense aussi à mon après-carrière.

Vous possédez déjà un complexe de foot à 5 dans la banlieue de Strasbourg, avez investi dans l’immobilier… A quoi ressemblera justement votre reconversion ?

Ca fait huit ans que le KG5 (le fameux Five) fonctionne bien et on réfléchit à en ouvrir un autre plutôt dans le sud de l’agglomération. On verra. J’essaie aussi de me créer un portefeuille dans l’immobilier, oui. Tout ça m’intéresse. C’est sûr que je ne me vois pas continuer dans le foot une fois que je ne serai plus joueur. J’aurai besoin de souffler et de retrouver un peu de week-ends tranquilles. Mais peut-être que ça me manquera !