Girondins de Bordeaux : Pourquoi l’avenir du Matmut Atlantique se joue aussi lors de la vente du club

INFO «20 MINUTES» Bordeaux Métropole, copropriétaire du stade, veut à tout prix que celui-ci soit inclus dans le deal avec le futur repreneur des Marine et Blanc

Clément Carpentier

— 

Illustration du stade Matmut Atlantique.
Illustration du stade Matmut Atlantique. — Philippe Caumes
  • La métropole veut profiter de la vente des Girondins de Bordeaux pour enfin régler la question du Matmut Atlantique. Sa société d’exploitation est en effet en grande difficulté financière.
  • 20 Minutes vous présente les quatre scénarios possibles pour l’enceinte bordelaise et ses deux propriétaires, Bordeaux Métropole et SBA (Fayat/Vinci).
  • Le rachat de la société d’exploitation ne coûterait que quelques millions d’euros au futur repreneur. En revanche, l’achat du stade est évalué à 150 millions d’euros.

« Il faut à tout prix éviter la catastrophe industrielle », voilà ce que l’on peut entendre ces derniers temps dans les couloirs de Bordeaux Métropole quand on évoque la situation du Matmut Atlantique. La Société Bordeaux Atlantique, gestionnaire de l’enceinte bordelaise, est en effet en grande difficulté financière. Une très mauvaise nouvelle pour l’agglomération puisque le stade a été financé par un PPP (partenariat public-privé). Il faut donc sauver au plus vite le soldat Matmut Atlantique pour ne pas l’avoir bientôt à 100 % sur les bras.

Depuis son inauguration en 2015, l’écrin de 42.000 places construit à l’extérieur de la ville, à Bordeaux-Lac, n’est pas rentable. SBA doit faire face chaque année avec un déficit de 3 millions d’euros. Les raisons sont multiples : le business plan de départ inadapté, l’absence d’économies d’échelle sur le personnel, l’absence de matchs de l’UBB depuis deux ans et au final trop peu d’événements pour rentrer dans ses frais. Face à cette situation, Fayat et Vinci (les actionnaires de SBA) laissent donc entendre auprès de la métropole qu’ils pourraient rapidement se désengager. Des menaces bien fondées puisque, selon les informations de 20 Minutes, la société d’exploitation déposera le bilan à la fin de l’année 2021, faute de trésorerie. A titre de comparaison, Nice Eco Stadium, société qui gère de l’Allianz Riviera à Nice, a été placée le 6 mai dernier en procédure de sauvegarde.

Une lettre de la métropole envoyée aux parties prenantes de la vente

C’est pour cette raison que, depuis des mois, ce dossier est tout en haut de la pile d’Alain Anziani, le président de Bordeaux Métropole. En collaboration avec SBA, il avait entamé ces derniers mois des discussions avec les Girondins de Bordeaux pour qu’ils reprennent l’exploitation du stade. Mais Frédéric Longuépée, le PDG des Marine et Blanc, a longtemps traîné des pieds et, finalement, aucun accord n’a été trouvé entre les trois parties. Pas grave, le maire de Mérignac compte maintenant abattre sa seconde carte. Il veut profiter de la vente du club pour régler enfin la question du Matmut Atlantique.

Dans cette logique, la métropole a envoyé, selon une source interne au club, il y a quelques jours un document aux différentes parties prenantes pour leur rappeler les enjeux autour de l’enceinte bordelaise. Pour rappel, avec le montage financier actuel, les Girondins paient un loyer de 4,9 millions d’euros à Bordeaux Métropole et quelques frais d’exploitation à SBA à chaque match. Lors de la précédente reprise des Girondins en 2018, les repreneurs (GACP et King Street) avaient dû s’engager à verser ce loyer.

Le scénario « marseillais » serait une première solution

Aujourd’hui, il y a quatre scénarios possibles sur la table. Le premier est le plus dramatique. C’est celui où le ou les futurs repreneurs du club ne veulent pas entendre parler de la gestion du Matmut Atlantique. Ce statu quo aurait plusieurs conséquences, dixit un spécialiste : « SBA déposerait le bilan en fin d’année, la métropole serait dans l’obligation de reprendre l’exploitation du stade en régie directe sans la redevance annuelle de 4,6 millions d’euros de SBA et avec une reprise du personnel. L’opération financière serait catastrophique et en plus, ce n’est pas le rôle d’une métropole de s’occuper de ce genre d’infrastructure. »

Le second scénario est dit « marseillais ». Pourquoi ? Car il consiste à la concession de droits d’exploitation au futur repreneur comme l’a fait Aréma avec l’OM de Franck McCourt en 2018. SBA resterait officiellement la société d’exploitation mais concéderait ses droits au nouveau propriétaire des Girondins moyennant finances. Par exemple, le naming serait toujours propriété de SBA alors que le club pourrait de son côté organiser des séminaires, concerts ou tout autre type d’événements à sa convenance au Matmut Atlantique. Ce serait déjà une bonne solution pour tous les partis aujourd’hui.

Vingt millions d’euros pour racheter SBA, 150 pour le stade ?

Mais le scénario dont rêve notamment Bordeaux Métropole est le troisième. Il s’agit du rachat des parts de Vinci et Fayat, les deux actionnaires de SBA. Comme l’a affirmé la semaine dernière Alain Anziani, les deux entreprises sont très ouvertes à la discussion sur ce sujet. Selon les informations de 20 Minutes, elles ont d’ailleurs déjà fixé un prix : 20 millions d’euros. « Une somme folle pour une boîte déficitaire » pour l’un des candidats au rachat mais qui à l’avantage d’être très faible à côté d’un rachat pur et simple de l’enceinte. Les deux parties, si négociations il y a, pourraient trouver un accord pour quelques millions d’euros. Dans ce cas de figure, l’arrivée d’un nouvel actionnariat pourrait aussi intéresser l’Union Bordeaux-Bègles. Pourquoi pas retourner jouer quelques grandes affiches dans l’enceinte bordelaise chaque saison ? Voire rentrer au capital de cette société d’exploitation ? Ce stade reste un bien immobilier d’une grande valeur.

Le stade Matmut Atlantique à l'occasion du quart de finale de l'Euro entre l'Allemagne et l'Italie disputé le 2 juillet 2016.
Le stade Matmut Atlantique à l'occasion du quart de finale de l'Euro entre l'Allemagne et l'Italie disputé le 2 juillet 2016. - SIPA

Enfin, le dernier des scénarios est le rachat du stade. Il réglerait tous les problèmes. Ce serait une première en France mais bien sûr cela coûte extrêmement cher. Un spécialiste évalue aujourd’hui le prix du Matmut Atlantique à 150 millions d’euros entre le prêt à rembourser et les clauses contractuelles émises par Fayat et Vinci au moment de sa construction en 2011. Cette option paraît à l’instant t assez improbable sachant que la reprise des Girondins de Bordeaux coûtera déjà très cher dû à l’endettement du club.

Préparation de la scène pour les concerts de Céline Dion et des Vieilles Canailles au Matmut Atlantique
Préparation de la scène pour les concerts de Céline Dion et des Vieilles Canailles au Matmut Atlantique - Matmut Atlantique

Une chose est sûre dans ce dossier, SBA et Bordeaux Métropole sont main dans la main et ils vont jouer leur carte à fond. Ils pourront aussi vendre un programme plutôt alléchant au futur repreneur des Marine et Blanc. En effet, il y aura normalement sur la période 2022-2024 trois concerts par an avec des stars internationales attendues selon 20 Minutes. Après la venue du XV de France le 14 novembre prochain (la billetterie ouvrira le 10 juin) pour affronter la Géorgie, le Matmut Atlantique accueillera quatre ou cinq matchs de la Coupe du monde de rugby en 2023 puis des matchs de football des Jeux olympiques en 2024.