Girondins de Bordeaux : Pourquoi Gasset est-il toujours en place après une telle série noire ?

FOOTBALL Malgré 13 défaites en 16 matchs et une équipe menacée de relégation, il continue de tenir la barre

Clément Carpentier

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Jean-Louis Gasset, l'entraîneur des Girondins.
Jean-Louis Gasset, l'entraîneur des Girondins. — Philippe LOPEZ / AFP
  • Jean-Louis Gasset est toujours l’entraîneur des Girondins de Bordeaux malgré une terrible série noire depuis janvier et une équipe aujourd’hui sous la menace d’une rétrogradation.
  • L’ancien adjoint de Laurent Blanc ne baisse toujours pas les bras et ses joueurs ne l’ont jamais complètement lâché même si les tensions sont fortes.
  • Alors que la direction du club a disparu, elle n’a de toute manière pas les moyens financiers de séparer de son entraîneur encore sous contrat jusqu’en juin 2022.

Qui ? Oui, qui aurait résisté à une telle série de résultats catastrophiques ? Quel entraîneur de football au monde peut se targuer d’être toujours en poste après 13 défaites en 16 matchs et alors que son équipe se rapproche inlassablement d’une rétrogradation ? A l’heure où l’on change plus vite de coach que de chemise (Thomas Tuchel si tu nous lis), Jean-Louis Gasset est donc cet homme. Cette anomalie dans l’impitoyable monde du football. Dimanche prochain face à Lens (21 heures) au Matmut Atlantique, l’ancien adjoint de Laurent Blanc dirigera une nouvelle fois des Marine et Blanc au bord du précipice et qui ne comptent plus que deux points d’avance sur la zone rouge à deux journées de la fin de la saison.

Même la grande majorité des supporteurs, longtemps bienveillants envers lui, se posent de plus en plus la question de son remplacement aujourd’hui. Les Ultramarines, qui ont tissé un lien particulier et fort avec Jean-Louis Gasset, ne réclament eux toujours pas sa démission. Pas le genre de la maison de tout mettre sur le dos d’un homme et pour le coup, le patron du vestiaire bordelais est loin d’être le seul responsable de la descente aux enfers des Girondins depuis janvier. Mais quand même ! A ce jour en termes de statistiques, il est le pire entraîneur que le club ait connu avec 54 % défaites, 1.05 points par match et 19 revers en une saison (il faut remonter à 1960 pour trouver un bilan encore plus mauvais avec 24 défaites). Alors comment peut-il encore être en place ?

Jamais complètement lâché par ses joueurs

C’est avant tout le résultat d’une conjoncture. Tout d’abord, le principal intéressé refuse de démissionner ou plutôt de « quitter lâchement le navire sans aucune morale » comme le répète son entourage. S’il avoue ressentir de « l’abattement » après les défaites, cela « ne dure qu’un ou deux jours » avant qu’il ne reparte au combat. Ses proches regrettent au passage le contexte dans lequel Jean-Louis Gasset évolue depuis son retour au club l’été dernier entre la situation extra-sportive des Girondins de Bordeaux et la pression médiatique quotidienne autour d’un monument du football français à la dérive.

L’entraîneur des Marine et Blanc est également toujours debout car ses joueurs ne l’ont jamais complètement lâché. D’ailleurs, la rumeur laissant entendre que certains auraient demandé sa mise à l’écart après la dernière défaite à Nantes (0-3) est fausse selon les informations de 20 Minutes. Difficile de croire en effet à cette volonté d’autogestion alors que des joueurs ont du mal à se dire simplement bonjour entre eux.

Jean-Louis Gasset semble sans solution.
Jean-Louis Gasset semble sans solution. - LOIC VENANCE / AFP

En revanche, le lien est bien distendu avec son groupe. La tension est parfois extrêmement forte à l’image de cette altercation entre un cadre du vestiaire et l’un des membres du staff il y a quelques semaines. Si les coups ont été évités, les insultes ont fusé. D’autres lui reprochent l’absence de travail tactique à l’entraînement et des préparations de match sommaires où il insiste exclusivement sur l’état d’esprit et le fait d’avoir « la casta » comme on dit par chez lui. Un management à l’ancienne qui a beaucoup de mal à passer avec ce groupe en déliquescence. Et pour rappel, incroyable mais vrai, Jean-Louis Gasset n’a toujours pas aligné la même équipe deux journées d’affilée cette saison après 36 matchs de L1, en raison souvent de blessures à répétition de ses joueurs majeurs (Kalu, Koscielny, Otavio ou Ben Arfa) mais aussi de choix tactiques parfois douteux.

Une direction aux abonnés absents

Son maintien sur le banc bordelais, il le doit aussi au soutien indéfectible de sa direction. Frédéric Longuépée, le PDG des Girondins et Alain Roche le directeur sportif, n’ont jamais émis le moindre doute sur le fait qu’il était l’homme de la situation pour sauver le club de la relégation. Pire depuis l’annonce du retrait de King Street, le fonds d’investissement américain propriétaire des Marine et Blanc, cette même direction a complètement disparu des radars. Aucun de ses membres n’a pris la parole ces dernières semaines alors que les Bordelais se dirigent tout droit vers la Ligue 2.

Frédéric Longuépée, le PDG des Girondins et Alain Roche, le directeur sportif du club.
Frédéric Longuépée, le PDG des Girondins et Alain Roche, le directeur sportif du club. - LOIC VENANCE / AFP

Le silence d’un Alain Roche, figure emblématique du club, interroge. « C’est simple, il n’y a plus aucun pilote dans l’avion mais juste des joueurs et un entraîneur qui espèrent trouver par miracle une piste d’atterrissage de secours pour éviter le crash », regrette auprès de 20 Minutes un membre historique des Girondins. Comme à l’époque de Paulo Sousa, Jean-Louis Gasset doit tout assumer tout seul face à la presse, par exemple. Aujourd’hui, à défaut d’avoir été limogé par sa direction pour cause de mauvais résultats, il a été abandonné par celle-ci en rase campagne.

Le club n’a pas les moyens de le limoger

Enfin, et ce ne sera une surprise pour personne, il s’agit aussi d’une question financière. Un dirigeant le reconnaît : « Même si le club voulait s’en séparer, il n’aurait pas les moyens de le faire ! » Difficile en effet d’imaginer cela alors que les Marine et Blanc viennent d’être mis sous la protection du tribunal de commerce et qu’un mandataire ad hoc a été nommé pour restructurer la dette du club qui pourrait atteindre les 80 millions d’euros à la fin de la saison. Avec un salaire mensuel évalué à 120.000 euros, le limogeage de Jean-Louis Gasset et son staff pourraient coûter entre 1.5 et 2 millions d’euros. Pour rappel, celui de Paulo Sousa avait déjà coûté 2.6 millions d’euros. Ce n’est donc vraiment pas l’heure de faire un trou supplémentaire dans la caisse…