PSG-Manchester City : Comment Pochettino est devenu le roi du robinet d’eau tiède depuis son arrivée à Paris

FOOTBALL Depuis son arrivée au PSG, Mauricio Pochettino est du genre économe tendance muet quand il s’agit de répondre aux questions des journalistes en conférence de presse

Aymeric Le Gall
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Pochettino, la nouvelle terreur des conférences de presse.
Pochettino, la nouvelle terreur des conférences de presse. — CHRISTOPHE SAIDI/SIPA
  • Depuis son arrivée au PSG en janvier dernier, Mauricio Pochettino s’est taillé une réputation de spécialiste de la langue de bois en conférence de presse.
  • Pourtant, l’Argentin n’a pas toujours été aussi avare de mots face aux journalistes, notamment quand il entraînait l’équipe de l'Espanyol de Barcelone.
  • Mais au fil du temps, l’expérience venant, Poché a fini par ne plus dire grand-chose aux médias, pour le plus grand bonheur des dirigeants parisiens.

Deux salles, deux ambiances. Contrairement à Thomas Tuchel, son prédécesseur, qui sur la fin de son mandat parisien transformait chaque conférence de presse en champ de bataille pour régler ses comptes avec la direction ou les journalistes, Mauricio Pochettino a opté pour une stratégie diamétralement opposée : tout en retenue et en poncifs éculés. On en a encore eu la preuve mardi, à l’occasion de la conférence de presse à la veille du match PSG-Manchester City.

Le profil de ce choc des demi-finales de Ligue des champions ? « Ce sera une bataille entre deux bonnes équipes ». Le système de jeu et les joueurs ayant le plus de chance de débuter ? « Nous allons essayer de mettre en place le meilleur onze de départ ». On tente notre chance avec une question sur l’adversaire. Un avis sur Phil Foden, en grande forme en ce moment ? « Oui c’est un très bon joueur, comme tous ceux qui jouent à City ». Circulez, y a rien à dire.

Quand un confrère met les pieds dans le plat

Les conférences de presse de Poché ne frôlent plus la caricature, elles ont carrément fusionné avec elle. Au point de pousser l’un de nos confrères à mettre les pieds dans le plat après une énième trempette dans la piscine d’eau tiède du coach parisien, avant le match contre Saint-Etienne mi-avril. Dans le groupe de discussion entre les journalistes et le club, sur WhatsApp, celui-ci s’inquiète de voir Pochettino expédier chaque question en moins de temps qu’il n’en faut pour les poser. « Même pas par respect pour nous [les journalistes], précise-t-il. Mais pour les supporters du PSG qui lisent ses propos ».

On pensait de notre côté qu’en choisissant de répondre aux questions en espagnol et en venant aux confs accompagné de son traducteur (et adjoint, Miguel D’Agostino), Pochettino allait justement en profiter pour développer ses idées. Paradoxalement c’est tout le contraire qui s’est produit. Le PSG rétorque que si nous sommes libres de poser les questions que nous voulons, l’ancien des Spurs se réserve le même droit au moment de nous répondre. Ce qui est vrai. Cela tient peut-être à notre insistance à lui demander toujours la même chose à chacune de ses confs, glisse-t-on au club.

C’est aussi l’avis de notre confrère Guillem Balague, l’auteur de la biographie de Pochettino, qui connaît le bonhomme sur le bout des doigts. « Je me suis rendu compte que vous, les journalistes français, lui posiez beaucoup de questions sur les contrats des joueurs, les profils pour le mercato, toutes ces choses qui sont plus du ressort de Leonardo. Et comme c’est quelqu’un de très très attentif au respect de la hiérarchie des clubs dans lesquels il travaille, il connaît son rôle et il s’y tient. » S’il y a sûrement un peu de vrai dans ce que nous dit Ballague, on n’oublie pas non plus qu’à une question sur l’animation offensive, Pochettino a un jour répondu « si on doit se lancer dans des débats sur la tactique, il nous faudrait des heures ».

On a connu l’Argentin plus disert

L’ancien défenseur parisien n’a pourtant pas toujours été si frileux, si prudent, appelez ça comme vous voulez. A ses débuts sur le banc de l’Espanyol, les confs de presse de Poché étaient même un rendez-vous incontournable. Le journaliste Javier De Haro se souvient : « « Il prenait toujours le temps de répondre très longuement aux questions. On sentait qu’au-delà des journalistes, il voulait s’adresser directement aux supporters pour leur donner des raisons de croire en lui et en son équipe. Il n’était jamais avare de mots, d’explications. Ces conférences de presse dépassaient très souvent l’heure et demie. » Il lui est même arrivé de devoir répondre sur tout un tas de sujets qui dépassait son ère de compétence et de responsabilités.

« Il y a eu une période où la présidence était vacante, ce qui fait que pendant une demi-saison il a dû se comporter à la fois comme un entraîneur mais aussi comme un président. Il était très impliqué, indépendamment des sujets purement sportifs, dans la communication institutionnelle du club. »

Idem à Tottenham. Selon le journaliste Ben Pearce, si le natif de Murphy en Argentine n’a jamais été un grand fan de l’exercice des confs, au moins essayait-il de donner un peu de biscuit aux médias. « Il ne voulait pas que ses propos puissent embarrasser en haut lieu, notamment sur des thèmes qui ne sont pas de sa compétence première. Or, comme Daniel Levy [le président du club] est quelqu’un de très discret dans les médias, il lui est arrivé de devoir sortir de son rôle de manager et d’aborder des thèmes très éloignés du domaine sportif, comme les travaux du nouveau stade qui avaient pris énormément de retard », explique le suiveur des Spurs. Tout le contraire de ce qu’on lui demande à Paris, en gros.

Le PSG ne s’en plaindra pas

Conscient que la communication sans filtre de Tuchel a en partie coûté sa place à l’Allemand, Pochettino a vite compris que pour durer au PSG, mieux valait ne pas trop s’occuper des croquettes dans la gamelle de Leonardo. Entre le renvoi de Tuchel et sa nomination, L'Equipe nous a appris récemment que Pochettino avait mis à profit ces quelques jours pour prendre connaissance du contexte parisien. Et parmi les éléments ciblés, il y a fort à parier que la communication au karchër de Tuchel a été prise en compte.

Pochettino a peut-être aussi été refroidi par le « Marco Verratti Gate », dès son arrivée au PSG, quand un journaliste lui a fait comprendre que son choix de repositionner l’Italien plus haut sur le terrain avait déjà fait le tour du tout-Paris, et ce malgré la mise en place à huis clos la veille au Camp des Loges. A sa décharge, il faut admettre que le Paris Saint-Germain est un club à part où les fuites dans la presse sont élevées au rang de demi-religion. Ce qui n’est pas forcément propice pour bâtir une relation de confiance avec les médias.

Ben Pearson : « Pochettino est quelqu’un qui a besoin de savoir à qui il s’adresse pour savoir jusqu’où il peut aller dans son discours. A Paris, il est encore en train d’apprendre à connaître les journalistes pour savoir ce qu’il peut dire ou pas. » « Avant, s’il fallait aller au feu, s’il fallait pousser tel ou tel coup de gueule, il ne s’en privait pas. Aujourd’hui, avec l’expérience qui est la sienne, il a appris à moins en dire pour ne pas se mettre en danger, confirme De Haro. Il a mis beaucoup plus de distance entre lui et les journalistes. Et plus les années passent, plus il devient politiquement correct. »

Le suiveur de l’Espanyol va même plus loin, lui qui au fil du temps a fini par nouer une relation plus personnelle que professionnelle avec le coach parisien. « En tant qu’ami, il m’arrivait régulièrement de prendre des nouvelles de lui. A Tottenham par exemple, j’avais pu l’appeler le jour de la finale de la Ligue des champions [perdue contre Liverpool en 2019]. Mais depuis qu’il est au PSG, je n’arrive plus à le contacter… Mais que ce soit avec moi ou avec vous, les médias français, je ne pense pas qu’il soit très heureux de ne pas pouvoir se confier plus en profondeur. » Promis, on essaiera de lui poser la question la prochaine fois.