Super Ligue : Les milliards saoudiens qui affolent City et la pression de Poutine sur Chelsea, les vraies raisons de l'échec ?

FOOTBALL Le Süddeutsche Zeitung a dévoilé les dessous du désistement des clubs anglais au projet de Super Ligue, et le moins que l’on puisse dire c’est que la pression des supporters n’a pas grand-chose à voir là-dedans

Aymeric Le Gall

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Gianni Infantino et Vladimir Poutine complotent quelque chose.
Gianni Infantino et Vladimir Poutine complotent quelque chose. — Mladen ANTONOV / AFP

Deux jours après la mise en sommeil de la très éphémère Super Ligue, on en sait un peu plus sur les raisons qui ont poussé les clubs anglais, Manchester City et Chelsea en tête, à vite se désolidariser du projet, entraînant avec eux la fuite de leurs homologues d’Arsenal, de Man United et de Liverpool. Manque de bol (pour les naïfs que nous sommes), il semblerait que le rôle des supporters/contestataires n’ait que peu à voir avec ces départs précipités. Que nous disent nos confrères du Süddeutsche Zeitung, à l’origine de ces révélations ?

Poutine rappelle quelques principes à Abramovich

Du côté de Chelsea, le club londonien détenu par l’oligarque russe Roman Abramovitch depuis 2003, c’est un coup de fil du Kremlin qui aurait fait basculer l’histoire. Proche du propriétaire des Blues, le chef d’État russe Vladimir Poutine aurait expliqué à son compatriote à quel point l’adhésion à la Super Ligue pourrait être néfaste aux intérêts de leur chère patrie. Le géant Gazprom, détenu à 51 % par l’État, étant le principal sponsor de l’UEFA Champions League, cela ferait mauvais genre de voir un proche du tout-puissant Poutine prêcher pour la paroisse d’à côté.

D’autant que le Zenith Saint-Pétersbourg, propriété de Gazprom, compte bien se qualifier pour la Ligue des champions la saison prochaine et que la finale de la C1 2022 est censée se tenir dans cette ville. En bon élève désireux de ne pas froisser le grand patron du Kremlin, Abramovitch aurait immédiatement revu sa position et décidé du retrait de son club au projet sécessionniste.

City effrayé par l’origine des fonds ?

A quelques centaines de kilomètres plus au Nord, à Manchester, c’est aussi un coup de fil à forte teneur politique qui a modifié le programme des Citizens. En effet, toujours selon le Süddeutsche Zeitung, les propriétaires du club, le groupe Abu Dhabi United, auraient appris que le fameux financement à coups de milliards n’était pas vraiment issu de la banque new-yorkaise JP Morgan, celle-ci servant surtout d’intermédiaire, mais plutôt d’Arabie Saoudite.

Or, si les Emirats Arabes Unis ne vouent pas une haine inconsidérée à leur voisin saoudien, ceux-ci refusent en revanche d’être associés d’une quelconque manière à cet Etat qui ne jouit pas d’une image positive à l’international, notamment sur la question des Droits Humains. Par ailleurs, Ferran Soriano, le DG de Manchester City, et Pap Guardiola, se seraient montrés sceptique d’emblée au sujet de cette Super Ligue, ce qui aura fini de convaincre les propriétaires du club qu’un départ du projet était préférable, entraînant le retrait de tous les autres clubs anglais.

Qu'en est-il de la position (décisive) du PSG dans ce dossier ? Nos confrères allemands nous expliquent que si le PSG, par la voix du nouveau Che Guevara du foot mondial Nasser Al-Khelaïfi, a refusé dès le départ d’entrer dans le cercle des douze salopiauds, c’est principalement parce que les propriétaires Qataris ne voulaient rien avoir à faire dans une ligue financée par l’ennemi juré saoudien, qui a longtemps imposé un blocus au Qatar avant de finalement lever les sanctions en début d’année.

Perez en cheville avec l’Arabie Saoudite

Finalement, dans cette affaire, le plus motivé restait évidemment Florentino Pérez, que l’on a trouvé étrangement abandonné par ses amis au moment d’aller jouer le super VRP de la Super Ligue sur les plateaux télé. Celui-ci, qui n’a jamais caché que la création de la Super Ligue était pour lui l’occasion rêvée pour faire rentrer beaucoup, beaucoup de cash dans les caisses du Real, ne semble pas avoir eu quoi que ce soit à redire au sujet de la provenance des fonds.

Le Süddeutsche Zeitung rappelle ainsi que, selon une info du Times, le magnat du BTP espagnol avait conclu en parallèle un deal avec l’Arabie Saoudite afin d’y bâtir le « Quiddiya », sorte de Las Vegas du divertissement adapté aux musulmans, pour la bagatelle de 6,5 milliards d’euros. Nos confrères allemands précisent également que les douze clubs engagés dans la Super Ligue ont déjà déboursé 50 millions d’euros en frais marketing et autres frais juridiques (pour régler les honoraires des cabinets d’avocats ayant été invités à plancher sur le projet).

Pour en finir avec ces réjouissances – très éloignées du terrain de foot comme vous pouvez le constater – on apprend qu’après ce fiasco monumental, l’UEFA entend riposter sur le terrain financier. En effet, l’instance européenne serait en négociation avec un fonds d’investissement londonien (Centricus Assets) afin de doter la Ligue des champions nouvelle formule de près de six milliards d’euros. Problème, et là accrochez-vous car ça ne manque pas d’une certaine ironie, une grande partie des fonds de Centricus Assets, dirigé par le banquier d’affaires Nizar Al-Bassam, proviendrait elle aussi.. d’Arabie Saoudite. Vive le foot !