Super Ligue : D’arrivistes à gardiens du temple, Nasser et le PSG peuvent-ils sauver le foot européen ?

FOOTBALL Le président du Paris Saint-Germain sortira quoi qu’il arrive grandi de cette crise

William Pereira

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Photo absolument pas retouchée de Nasser Al-Khelaifi
Photo absolument pas retouchée de Nasser Al-Khelaifi — Miguel A. Lopes/AP/SIPA
  • Le Paris Saint-Germain a refusé de prendre part au projet de Super Ligue.
  • Son président, Nasser Al-Khelaïfi, reste fidèle à l'UEFA, et se pose en leader de la résistance.
  • Une revanche pour le PSG, pas toujours apprécié à la table des grands d'Europe

Ambiance solennelle – voire grandiloquente – mardi matin au congrès de l’UEFA, où le patron Alexander Ceferin n’a pas hésité à user de belles formules pour saluer ses alliés dans la guerre déclarée par les 12 putschistes de la Super Ligue. Il y en a eu pour tout le monde : le Bayern Munich de Karl-Heinz Rummenigge, nommé à la tête de l’ECA pour succéder au traître Agnelli, bien sûr, mais aussi le Paris Saint-Germain et l’OL.

« Merci du fond de mon cœur à Nasser [Al-Khelaïfi], a déclaré Ceferin. Vous avez montré que vous êtes un grand homme et que vous respectez le football et ses valeurs. La même chose pour Jean-Michel Aulas (OL), qui est là aujourd’hui. Merci d’être venu. Vous êtes des dirigeants que les supporters de vos clubs ont la chance d’avoir. » Nouvelle victoire pour la France du football, on attend la troisième étoile sur le maillot.

Des remerciements personnalisés

Notons tout de même qu’il y en a eu un peu plus pour Nasser, déjà parfaitement calé dans son fauteuil d’employé du mois. Une prouesse qu’on imaginait mal dix ans en arrière vu toutes les perfidies qui ont pu être murmurées sur son PSG, pseudo-menace arriviste sans considération pour les règles du marché et de la sacro-sainte histoire du foot européen. Autant de raisons qui auraient pu faire basculer le dirigeant qatari du côté obscur de l’oligarchie et lui confèrent un certain mérite à rester dans le camp du bien, quoi qu’en dise Florentino Pérez​. Dans une intervention irrationnelle au Chiringuito lundi, le président du Real Madrid essayait de faire croire à qui voulait bien l’entendre qu’il n’avait de toute façon pas invité Paris et le Bayern – les deux derniers finalistes de la C1 – à sa table. Bah voyons.

L’ironie de l’histoire plaît aux supporters parisiens

Reconduit au comité exécutif de l’UEFA à Montreux mardi, Al-Khelaïfi est longtemps resté silencieux, de ce mutisme qui nourrit les mythes, laissant aux autres le loisir de chanter ses louanges. A commencer par la frange candide des supporters du Paris Saint-Germain, « fiers » comme Florian, « que ça vienne de Nasser. On parle du Qatar pour tout le fric, mais voilà qu’il devient le porte-parole du foot à l’ancienne ».

« C’est ironique, abonde Kevin, également supporter parisien. Et on tire une certaine fierté de cette ironie. Oui il y a l’argent, mais on réussit à garder ce côté authentique. » Des valeurs que NAK a d’ailleurs préféré associer au PSG​ plutôt qu’à son propre nom au moment d’officialiser son opposition à la dissidence.

« Le Paris Saint-Germain a la ferme conviction que le football est un sport pour tous. J’ai été constant sur ce point depuis le tout début. Il faut rappeler qu’en tant que club de football, nous sommes une famille et une communauté, dont le cœur est constitué de nos supporters. Nous devons nous en souvenir. »

Mais dans ce conte où figurent certes des méchants, il n’est pas dit qu’il y ait beaucoup de gentils. Et au sein même du public parisien, tous ne sont pas prêts à gober la fable du preux chevalier Nasser, certains rappelleront même que le boss a œuvré jusqu’à la dernière seconde en faveur de la réforme de la Ligue des champions, pas sexy pour un sou, et dont on sait désormais qu’elle sera effective en 2024. Bruno, autre supporter parisien, refuse de taxer Al-Khelaïfi de démago mais n’est pas dupe quant à son rôle ambigu :

« Il a une triple casquette. D’une, il tient une posture économique parce qu’il est président de beIN et il n’a donc aucun intérêt à voir la C1 se dévaloriser ou exploser en vol. De deux, il est en train de prendre du galon au sein des institutions européennes et c’est important de savoir bien se placer quand une place s’ouvre comme ça. De trois, en tant que président du PSG il a l’air d’être dans l’attente. »

Ancien joueur de la maison désormais consultant pour Europe 1, Jimmy Algérino ajoute la dimension Mondial 2022 à cette pile de casquettes. « On connaît les liens que le Qatar entretient avec l’UEFA, via le Paris Saint-Germain. On sait aussi les efforts qu’a faits la Fifa pour octroyer la Coupe du monde au Qatar. Il y a une forme de respect entre les trois, c’est pour ça que ça ne me choque pas. »

Après employé du mois, diplomate du mois ?

Le positionnement politique de NAK, à mi-chemin entre les intérêts de Ceferin dont il a durement acquis la confiance, et ceux d’un nouveau monde à même de continuer de faire grandir la marque PSG, est peut-être la clé d’une hypothétique sortie de crise. Algérino : « Il essaie de réunir un peu tout le monde au niveau de l’Europe. C’est aussi lui qui a discuté lors du changement entre Mediapro et Canal+. Cela correspond à l’attitude du Qatar d’être dans les négociations, d’avoir cette compétence pour rassembler les parties »

Une arme dont ne se privera pas le patron de l’UEFA, qui tente par tous les moyens de rallier au moins une partie des rebelles à sa cause pour tout faire capoter. « Vous avez fait une énorme erreur [mais] tout le monde fait des erreurs, invoquait-il dans un appel à l’opposition mardi matin. Il est encore temps de changer d’avis. » Et si la diplomatie par la morale ne porte pas ses fruits, celle par l’argent reste possible. Selon Bloomberg et RMC, l’UEFA prépare une contre-attaque pour proposer une nouvelle Ligue des champions, sur laquelle elle travaille avec un fond d’investissements. Budget de départ : 4,5 milliards d’euros, qui, dit-on, pourraient monter jusqu’à 7 milliards. Ça fait réfléchir.