Lorient-Bordeaux : Comment jouer le maintien quand on n’y est pas (du tout) préparé comme les Girondins ?

FOOTBALL Les Bordelais se déplacent ce dimanche (15 heures) à Lorient pour un match capital dans la course au maintien en Ligue 1

Clément Carpentier
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Rémi Oudin, le milieu de terrain des Girondins de Bordeaux.
Rémi Oudin, le milieu de terrain des Girondins de Bordeaux. — Daniel Vaquero/SIPA
  • Toujours plus proches de la zone rouge, les Girondins se rendent à Lorient ce dimanche à l’occasion de la 34e journée de Ligue 1.
  • Pour s’en sortir, Gernot Rohr et Frédéric Roux, entraîneur et joueur ayant connu cette situation avec les Girondins en 1996 et 2005, donnent quelques solutions.
  • De son côté, Jean-Louis Gasset a décidé d’emmener ses joueurs en stage cette semaine pour se resserrer et trouver le déclic.

Cela devait bien finir par arriver. La pente était devenue bien trop glissante au fil des saisons en raison du déclassement sportif sans fin des Girondins depuis le dernier titre en 2009. Alors ce qui devait arriver, arriva. Bordeaux joue bien le maintien cette saison. Après avoir terminé 14e puis 12e lors des deux derniers exercices, le club pointe aujourd’hui à la 16e place de la Ligue 1 et ne compte que cinq petits points d’avance sur la zone rouge à cinq journées de la fin du championnat. Tel un visionnaire Jean-Louis Gasset avait prévenu dès le début de saison en observant l’état global des Marine et Blanc – « attention, par le passé, d’autres se sont brûlé les ailes » – et appelait tout le monde à être bien vigilants.

La situation actuelle lui donne raison, même s’il n’avait sûrement pas prévu la terrible série noire que vit son équipe depuis fin janvier. Une série de 11 défaites en 13 matchs de L1. La dynamique est catastrophique dans ce sprint final et inquiète aujourd’hui au plus haut point tous les amoureux du FCGB alors que King Street, le fonds d'investissement propriétaire du club, vient d'annoncer son désengagement du club. Mais au-delà de ce constat, il y a maintenant une interrogation : Comment va se mobiliser et se comporter cette équipe qui n’est pas du tout préparée à jouer le maintien ? Certaines équipes savent dès le début de la saison qu’elles vont lutter jusqu’au bout pour leur peau, c’est le cas aujourd’hui de la plupart des concurrents directs des Girondins (Dijon, Nîmes, Lorient voire Brest), alors qu’eux ne s’imaginaient sûrement pas se retrouver là fin avril.

Très vite prendre conscience de la situation

D’un côté, Jean-Louis Gasset répète depuis plusieurs semaines que ses joueurs ont pris « conscience de la situation » mais de l’autre, qu’il ne pense pas que ceux-ci « sentent le poids de la relégation ». Il serait peut-être pourtant temps avant qu’il ne soit trop tard en attendant de savoir ce que devient le club hors terrain. Ce dimanche après-midi au Moustoir (15 heures), c’est bien un match à six points que les Girondins vont jouer face aux Merlus dans un contexte bien sûr très particulier depuis l'annonce de King Street jeudi. « C’est encore plus compliqué quand on n’est pas habitué à jouer le bas de tableau. Je me souviens qu’à mon époque, on s’était retrouvé dans cette situation sans véritablement s’en rendre compte, il a fallu qu’on soit à la limite de la zone rouge pour réagir et parfois, la réaction arrive trop tard. On avait vraiment frôlé la catastrophe », explique l’ancien gardien des Marine et Blanc Frédéric Roux, membre de l’équipe qui s’était sauvé à la dernière journée en 2004-2005.

Celui qui se dit « préoccupé par le manque de réaction et de révolte collective » de l’équipe actuelle se rappelle que l’opération maintien il y a quinze ans était passée « par beaucoup de discussions et une prise de parole forte des leaders ». C’était notamment l’objectif de la « réunion de famille » de la semaine dernière au Haillan où les joueurs ont fait un pacte pour tenter de sauver le club avant de se dire au revoir. Gernot Rohr, lui aussi, a vécu une course au maintien avec les Girondins en 1996 :

Je pense qu’il y a trois choses à mettre en place rapidement dans ce genre de situation : avoir un discours cohérent, durcir les entraînements au niveau physique pour faire sentir que ça devient très chaud et surtout, pour cette équipe en particulier, trouver la solution tactique pour arrêter de prendre des buts [13 buts encaissés lors des quatre derniers matchs]. »

Frédéric Roux ajoute qu’il y a aussi la solution de l’autogestion, « c’était un peu notre cas » en 2005. Problème, si le vestiaire bordelais ce n’est « pas Bagdad et qu’il n’y a pas de clans comme dans Koh-Lanta » dixit le milieu de terrain Yacine Adli, il n’y règne pas non plus la meilleure ambiance du monde à en croire Laurent Koscielny.

Le cœur avant l’âge ou l’expérience

A défaut d’avoir une équipe préparée à jouer le maintien, Jean-Louis Gasset compte bien s’appuyer sur les nombreux joueurs d’expérience qui la composent (Costil, Mexer, Benito, Sabaly, Baysse, Koscielny avant sa blessure, De Préville, Briand ou Ben Arfa). Pourtant lors de la dernière rencontre, il a titularisé le jeune Tom Lacoux. Là aussi, ce n’est pas évident à suivre. De toute manière pour Gernot Rohr dans cette situation, « ce n’est pas une question d’âge ou d’expérience car le principal, c’est d’avoir des combattants, des guerriers à l’image de mecs comme Lizarazu, Toyes ou Grenet à mon époque. »

Yacine Adli, le milieu de terrain des Girondins.
Yacine Adli, le milieu de terrain des Girondins. - Daniel Vaquero/SIPA

« Il faut s’appuyer sur des joueurs qui ont la culture club, l’amour du maillot. Des gars sur qui on peut compter, fiables et qui gardent leur sang-froid pour éviter tout ce qui est expulsion et penalty dans ces moments-là », ajoute l’actuel sélectionneur du Nigeria. Toujours aussi cash, Yacine Adli semble de cela : « Il faut arrêter de se cacher ! Je n’ai pas peur de la relégation et je fais ce métier pour jouer ce genre de match même si bien sûr se battre pour l’Europe est plus agréable. »

Le stage commando, toujours une bonne solution

Pour tenter de remobiliser son équipe, l’entraîneur bordelais a décidé de l’emmener en stage cette semaine. Ce jeudi, les Girondins ont pris la direction de Ploemeur à quelques kilomètres de Lorient pour préparer la rencontre de dimanche. Pour Gernot Rohr et Frédéric Roux, « c’est une bonne chose ». Le premier « ne serait pas allé aussi loin » mais rappelle qu’en 1996, il « partait une journée par semaine dans le coin avec ses joueurs pour s’aérer l’esprit ». Le second avait lui aussi eu le droit à un stage commando dans la dernière ligne droite, une « bonne solution pour éviter de trop subir la pression extérieure, des médias et surtout des supporteurs ». Il espère simplement que « cela ne soit pas trop tard ! ».

Les deux hommes se retrouvent également sur le fait de ne pas changer d’entraîneur à ce moment de la saison alors que peu de coachs auraient résisté à une telle série de résultats. Pour Rohr, c’est « par principe car je suis solidaire de mes collègues même si parfois, sur du court terme, ça peut marcher. C’est avant tout une question de vestiaire et pas d’entraîneur ». Roux en remet une couche : « Pour moi, ce n’est pas du tout la solution ! Je ne vois pas quel effet cela aurait aujourd’hui à cinq journées de la fin. Il faudrait déjà trouver la bonne personne, ensuite celle-ci ne connaîtra pas forcément le groupe du coup, il sera peut-être opérationnel à deux matchs du terme. »