ASSE-Bordeaux : Pourquoi les Girondins coulent-ils à pic depuis la blessure d’Otavio ?

FOOTBALL Depuis la blessure du milieu brésilien, les Bordelais ont perdu huit de leurs dix matchs en Ligue 1

Clément Carpentier
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Le Brésilien Otavio et son remplaçant Jean-Michaël Seri.
Le Brésilien Otavio et son remplaçant Jean-Michaël Seri. — Daniel Vaquero/SIPA
  • En pleine déconfiture, les Girondins de Bordeaux se déplacent à Saint-Etienne ce dimanche (15 heures) pour un nouveau match capital dans la course au maintien.
  • Depuis la blessure d’Otavio mi-janvier, les Bordelais n’arrivent plus à gagner et surtout prennent l’eau de toute part sur le plan défensif avec près de deux buts encaissés par match.
  • Sans son « guerrier » et avec un Jean-Michaël Seri pas à la hauteur pour le moment, Jean-Louis Gasset va devoir très vite trouver une solution pour s’éviter une grosse frayeur dans cette fin de saison.

Parfois, une saison tient à un détail. À un banal centre à l’entraînement. C’est ce que doit se dire chaque matin Jean-Louis Gasset depuis ce maudit mercredi 20 janvier 2021. Ce jour où il a vu son milieu de terrain Otavio s’effondrer sur les pelouses du château du Haillan en raison d’une rupture du tendon d’Achille gauche. Tout de suite, l’entraîneur bordelais a pris conscient de l’énorme perte que c’était pour son équipe. Deux jours plus tard, il était apparu le visage fermé devant la presse déplorant la grave blessure de « son guerrier », « un professionnel hors pair » et un « leader qui amène le sourire dans le vestiaire », dixit JLG.

Au fil des années, le Brésilien était devenu l’un des cadres de cette équipe des Girondins malgré les critiques d’une partie des supporteurs et des observateurs sur son jeu souvent latéral et son manque de prises d’initiatives. Véritable combattant, le numéro 6 tenait la baraque à lui tout seul au milieu de terrain depuis plusieurs mois. Tout seul, il l’était sur le terrain mais aussi dans tout l’effectif bordelais et c’est là la grosse tuile pour le club. « La blessure d’Otavio nous a fait très mal », avoue aujourd’hui un dirigeant des Girondins alors que les Marine et Blanc viennent d’enchaîner huit défaites en dix matchs de Ligue 1 avant de se déplacer ce dimanche (15 heures) à Saint-Etienne.

Le milieu de terrain est devenu un no man’s land

Pour comprendre à quel point la blessure d’Otavio est un point de bascule dans la saison bordelaise, il faut comme souvent se référer aux chiffres. Il y a clairement un avant et un après. Tout d’abord au niveau des résultats puisque avec le milieu de terrain, Bordeaux en était à 39 % de victoires cette saison (avec sept victoires, cinq nuls et six défaites en 18 matchs). Depuis, les Girondins en sont à deux victoires (Angers et Dijon), un nul et neuf défaites en 12 matchs (17 % de victoires). Mais la stat la plus criante est sûrement celle des buts encaissés. Avec le Brésilien, le club au scapulaire concédait depuis le début de la saison tout pile un but par match, sans lui c’est presque le double avec 1,8 but encaissé par match (25 buts pris en 14 rencontres). Difficile de gagner une rencontre dans ces conditions.

Mais au-delà des chiffres, il y a le contenu et cette impression que les Girondins prennent l’eau de toute part depuis deux mois et demi. Parfois, le milieu de terrain ressemble à un immense no man’s land et cela dès les premières minutes de jeu. Ce sont de véritables vagues adverses qui s’abattent sur la défense bordelaise à l’image des matchs contre Nîmes, Metz ou Strasbourg la semaine dernière. « C’est le problème de ces joueurs indispensables qui courent beaucoup pour les autres, explique Jean-Louis Gasset, on ne s’en rend pas trop compte sur le moment mais quand ils ne sont pas là, on le voit tout de suite. On trouve comme par hasard que l’adversaire nous transperce facilement. Alors quand vous perdez votre cœur du jeu, qui est à 13 kilomètres parcourus à tous les matchs et que vous n’avez pas de joueurs pour meubler, ça devient compliqué. » Voire impossible pour une équipe comme les Girondins.

Plus personne pour se sacrifier pour les autres

Ça, c’est pour l’aspect collectif. En effet, le joueur en lui-même manque aussi terriblement aux Marine et Blanc. Il est bon une nouvelle fois de rappeler quelques chiffres. Otavio, c’est en moyenne trois tacles, une interception et demie et deux dégagements par match pour 90 % de passes réussies cette saison. Un joueur « qui joue comme il s’entraîne » pour Gasset, c’est-à-dire « toujours à 100 % ». Le coach précise :

On a surtout perdu un joueur qui nous donne le goût du sacrifice. Aujourd’hui, c’est ça qui nous manque, des joueurs qui ont le goût du sacrifice ».

En effet dans le football moderne où l’on préfère les roulettes et autres passements de jambes, ça ne court pas les rues ce type de joueurs. Les Girondins ont bien tenté le coup en allant chercher Jean-Michaël Seri mais pour le moment, ce pari est raté (une victoire, un nul et sept défaites avec l’ancien Niçois). Même si un dirigeant rappelle qu’il « fait le maximum mais arrive dans des conditions qui ne sont pas optimales » et qu’il « ne faut pas comparer les deux joueurs car ils n’ont pas les mêmes caractéristiques », le constat est sans équivoque. Seri, c’est en moyenne un tacle, une interception et demie et un dégagement par match pour 86 % de passes réussies.

Mais surtout le joueur prêté par Fulham a plutôt tendance à jouer 8 voire 10 que 6, ce qui déséquilibre souvent tout le bloc puisque Jean-Louis Gasset préfère l’associer à Yacine Adli plutôt que Toma Basic. Si ce dernier est souvent critiqué par son entraîneur pour ne pas jouer assez vers l’avant, il a au moins l’avantage de ne pas se lancer à l’abordage n’importe comment et de toujours assurer son repli défensif à l’image aussi d’un Tom Lacoux. De toute manière au point où en sont les Girondins, il va bien falloir tenter quelque chose pour l’ex-adjoint de Laurent Blanc.