France-Croatie : « C’est le bon moment »… Deschamps met les Bleus en difficulté, mais c’est totalement assumé

FOOTBALL Le sélectionneur est conscient des faiblesses de son équipe sur les deux derniers matchs, mais il faut en passer par là pour préparer l'avenir

Nicolas Camus

— 

Les Bleus Umpamecano et Nzonzi au duel lors de France-Croatie, le 8 septembre 2020.
Les Bleus Umpamecano et Nzonzi au duel lors de France-Croatie, le 8 septembre 2020. — FRANCK FIFE / AFP
  • L'équipe de France a battu la Croatie mardi soir en Ligue des nations.
  • Toujours dans ce nouveau système en 3-5-2, les Bleus ont beaucoup souffert en début de match, avant de se réveiller et de renverser leurs adversaires. 
  • Les difficultés rencontrées contre la Suède samedi dernier et sur cette rencontre sont un passage obligé pour le nouveau souffle que Didier Deschamps veut donner à son équipe. 

Au Stade de France,

Malgré les difficultés de Solna, Didier Deschamps a donc choisi de ne pas s’arrêter là. Normal, ça n’aurait pas fait avancer le schmilblick de renoncer à la moindre contrariété. Surtout quand l’enjeu est tout relatif. Les Bleus ont donc à nouveau évolué en 3-5-2, mardi soir, face à la Croatie. Et si la première demi-heure a fait craindre le pire, l’équipe de France a ensuite montré qu’il pouvait aussi y avoir du bon dans ce système.

« C’est loin d’être parfait mais on doit passer par des périodes difficiles, c’est le bon moment pour le faire, a-t-il insisté après la rencontre. Ce système a des avantages et des inconvénients, cela demande de la répétition pour que les joueurs acquièrent des automatismes. On ne le condamne pas, on ne dit pas non plus que ça sera celui-là [à l’Euro]. »

Parlons de ce qui n’a pas bien fonctionné, d’abord, comme ça, ce sera fait. L’animation des couloirs a encore été insuffisante, même si les deux buts miraculeux des Bleus en fin de première période sont venus de Mendy puis Sissoko. Ce schéma nécessite également que l’un des deux milieux ose créer et se projeter, ce que Kanté et Nzonzi n’ont pas su faire pendant longtemps. Quant aux trois centraux, Upamecano, Lenglet et Hernandez, ils ont eu toutes les peines du monde à sortir sur les adversaires dans le bon tempo, et ils se sont parfois regardés, chacun pensant que c’était à l’autre d’intervenir. A toi, à moi, bon j’y vais, ou pas, ah bah Brekalo il a marqué…

« Ce n’est pas forcément plus dur [de défendre à trois qu’à quatre], mais c’est une question d’adaptation avec ses partenaires. On n’a pas l’habitude de jouer ensemble, et on ne joue pas comme ça en club, explique Clément Lenglet. Mais ces matchs nous permettent de travailler. On doit couvrir plus d’espace à trois, car les latéraux sont assez hauts. Ça peut être un danger, mais aussi un atout quand on va presser, parce qu’on peut emmener l’adversaire vers la ligne de touche. »

« Ça nous servira dans l’analyse avec le staff »

On peut reconnaître au Barcelonais un très bon sens de l’analyse. Et de l’euphémisme, quand il dit qu’il n’avait pas l’habitude de jouer avec ses deux acolytes du soir. Ça n’était jamais arrivé. DD ne leur a pas fait un cadeau en les alignant dans cette configuration. Upamecano vient juste d’arriver, Hernandez était jusqu’ici un latéral en équipe de France, et il sort d’une saison plus que compliquée avec le Bayern Munich. Mais le sélectionneur avait besoin de voir. « Ça permet à des joueurs d’être en action, beaucoup plus que je ne le fais normalement, dit-il. Ça nous servira dans l’analyse avec le staff. »

Deschamps a effectivement testé des choses à tous les étages. Moussa Sissoko, qui a pourtant été trimballé un peu partout lors de ses 62 sélections, a encore innové avec un rôle de piston droit. « C’était nouveau pour moi, et c’était difficile au début, comme pour toute l’équipe, a-t-il débriefé. Je ne sais pas si je continuerai à ce poste, mais je peux y jouer, et je peux mieux faire. Ça a été mieux ensuite, en tout cas. Ensemble, on a plus joué vers l’avant, on a essayé plus de choses. »

Les bases sont toujours là

C’est là qu’on arrive aux bienfaits de ce match. Bousculés par ces nouveautés autant que par de solides Croates, les Bleus ont trouvé le moyen d’ajouter quelques graines à leur culture de la gagne. Comme en Suède, mais avec plus de panache, quand même. « On ne fait pas tout bien mais l’état d’esprit est là, les intentions », apprécie DD.

Pour ne rien gâcher, Griezmann, soutenu par un sélectionneur qui sait qu’il a besoin d’enchaîner les matchs, a retrouvé le chemin du but, avant d’offrir un penalty à Giroud, plus que jamais aux trousses de Platini avec ses 40 buts en sélection. « Dans le jeu, on doit faire mieux avec les joueurs que l’on a. Mais on a un super état d’esprit, on fait les efforts les uns pour les autres, ajoute Sissoko. On montre qu’on est un groupe, ça nous permet d’enchaîner les victoires. »

Ecoutez plutôt ce que dit Clément Lenglet, encore lui, quand il lui est demandé pourquoi ça a encore basculé du côté français malgré d’évidentes carences :

« Parce qu’on ne lâche pas, parce qu’on a beaucoup de qualité technique, avec des attaquants capables de faire la différence individuellement et collectivement quand ils se mettent à combiner. On a beaucoup souffert pendant 30-35 minutes, on se faisait manger dans les duels et l’agressivité, mais on a réussi à s’accrocher, à défendre ensemble, limiter la casse et attendre notre moment. Quand ils ont baissé de rythme, on a réussi à les piquer. C’est une des qualités de cette équipe aussi, être efficace dans les temps faibles de l’adversaire. »

Exactement ce qui lui a permis d’être sacrée championne du monde en Russie. C’est peut-être (sûrement) l’un des objectifs de DD, d’ailleurs. Redistribuer certaines cartes, ouvrir des portes pour faire un petit courant d’air, et observer si les fondations restent, malgré tout. « On a besoin d’être mis en difficulté. Ce n’est pas en juin 2021 qu’il faudra l’être », prévient-il. Au moins, on sait à quoi s’en tenir pour les matchs d’octobre.