France-Moldavie : L'équipe de France a-t-elle vraiment progressé depuis le sacre de Moscou ?

FOOTBALL L'équipe de France doit valider son ticket à l'Euro 2020 face à la Moldavie au Stade de France

Aymeric Le Gall

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Les Bleus espérent valider leur qualif à l'Euro 2020 face à la Moldavie au Stade de France.
Les Bleus espérent valider leur qualif à l'Euro 2020 face à la Moldavie au Stade de France. — Alain JOCARD / AFP

Au Stade de France,

On n’est pas forcément d’un naturel optimiste à chaque instant de la vie, mais pour ce qui est du match France-Moldavie de jeudi et de la possible qualification à l’Euro 2020, ça serait mentir de vous dire qu’on a les mollets qui tremblent. Ne comptez donc pas sur nous pour faire comme Didier Deschamps mercredi qui, en conférence de presse, a sorti la carte « prudence » avant la réception de la 175e nation mondial. 93, Kostadinov et la patate de forain sous la barre de Bernard Lama, ça va, on a assez goûté. Non, jeudi, sauf cataclysme, l’ équipe de France sera officiellement qualifiée pour la coupe d’Europe à venir. Reste maintenant à savoir ce que les Bleus veulent et ce qu’ils peuvent y faire.

Sur le papier, la réponse est simple : les Bleus iront à l’Euro dans l’idée de défendre leur nouveau statut de champion du monde et, en souvenir du bon vieux doublé 1998-2000, de ramener un deuxième trophée au bercail. Deschamps ne conçoit pas une compétition autrement. Mais avec ce qu’on a vu depuis le sacre de Moscou, difficile de dire si le niveau est montée d’un cran où si dans quelques mois on devra compter à nouveau sur la chatte à DD.

Les victoires en trompe l’œil en Ligue des nations face aux Pays-Bas et à l’Allemagne fin 2018 pouvaient laisser croire que les Bleus avaient définitivement pris un ascendant sur les grosses nations du continent, mais la défaite face à ces mêmes Hollandais quelques semaines plus tard, suivie d’un beau revers en Turquie et d’un nul lors du match retour à la maison sont autant de points noirs qui nous obligent à nous interroger.

La maîtrise, nouveau maître mot des Bleus

Pour l’ancien international Vincent Guérin, « il est difficile d’avoir un avis tranché car les adversaires ne sont pas du même calibre [qu’au Mondial]. Il y a un secteur dans lequel ils ont été pas mal critiqués, c’est dans le jeu collectif, dans l’animation offensive. On était plus une équipe chirurgicale, dans du jeu de contre-attaque avec cette capacité à faire mal à l’adversaire sur des coups. Aujourd’hui la donne a changé, on peut dire qu’il y a un peu plus de maîtrise collective. »

Interrogé en conférence de presse, Deschamps commence par souffler. « Comment voulez-vous que je réponde à cette question ?, demande-t-il. Il y avait déjà un peu le même débat quand on disait qu’on n’avait pas progressés dans nos matchs de qualifications entre l’Euro et la Coupe du monde 2018. C’était peut-être le cas. Ou peut-être pas. » Comprendre : à l’arrivée, qui c’est qui est champion du monde ?

Et puis finalement le voilà lancé : « Je vais quand même y répondre en partie : Je trouve que dans cette phase de qualifications, on a beaucoup mieux maîtrisé notre sujet, on a eu beaucoup plus la possession par rapport à ce qu’on pouvait faire avant. Elle est au-delà de 70 % et même si ça ne veut pas toujours dire grand-chose, là ça veut dire quelque chose parce qu’on a été capable de maîtriser, de créer du danger, d’avoir des occasions. Si je dis qu’aujourd’hui on a eu moins de difficultés face à des blocs bas, regroupés, qu’on a été moins gênés et qu’on a trouvé plus de solutions que par le passé, je ne suis pas loin de la vérité. »

Quelques minutes avant Deschamps, sur l’estrade de l’auditorium du Stade de France, Raphaël Varane pensait quant à lui que cette équipe de France s’améliore avec l’âge. « On a gagné en maturité, soutient le défenseur madrilène. On a réussi à gagner des matchs 1-0 en souffrant, et c’est aussi comme ça qu’on forge un groupe. C’est positif. Le groupe est jeune mais on joue tous dans de grands clubs européens, on emmagasine de l’expérience, de la confiance, et chaque fois [qu’on se retrouve] on est plus forts. »

La veille, même dose de confiance chez Mandanda, qui parlait d’un groupe désormais expérimenté et qui sait exactement où il veut aller : « On a perdu une finale d’Euro chez nous, on a appris de cette défaite et ça nous a permis de gagner la Coupe du monde. Là, si on est à cet Euro, on y arrivera avec un statut, on sera très attendus. L’expérience emmagasinée lors des deux dernières compétitions nous servira. »

« Wait and see »

Si l’impression générale laissée par cette équipe ces derniers mois est parfois un peu fade, on n’oublie pas non plus que le sélectionneur a dû jouer à Bob le Bricoleur à cause cargaison de blessés, notamment au milieu du terrain. Kanté et Pogba n’ont plus joué ensemble depuis avril dernier par exemple. Pourtant le voilà philosophe : « Ça ne m’a pas posé de problème, répond tranquillement Deschamps. Ça a permis à d’autres d’avoir du temps de jeu aussi. On ne sait jamais ce qu’il peut se passer les semaines ou les jours avant une grande compétition. Dans le mal, il y a toujours du bien. Cela donne du temps de jeu, ça permet d’avoir une complémentarité plus importante. »

Du côté des anciens bleus non plus, pas de la moindre petite trace de stress concernant l’évolution de ce groupe. « La qualité de notre effectif s’est globalement maintenue, voire elle s’est un peu améliorée, note Vincent Guérin. Et les joueurs qui se sont greffés à ce groupe ont apporté leur fraîcheur et leur créativité. Et un peu plus de concurrence aussi. » Seul bémol, avance Luis Fernandez, « les cas de Giroud et de Griezmann, en grandes difficultés dans leurs clubs respectifs. Mais l’Euro est encore loin et on ne peut pas dire dans quelle disposition psychologique ces joueurs arriveront ». S’ils y arrivent (big up, Olivier)…

Globalement, personne ne semble donc se faire de mouron. Ce qui n’est pas totalement illogique ; il est difficile de tirer de réelles conclusions après un an et demi passé à jouer des matchs de qualifs contre des équipes moins armées. Sans parler de la motivation, qui n’est pas la même quand on joue un huitième de finale de Coupe du monde face à l’Argentine de Messi qu’un match sur un synthétique déglingué en Andorre. « Pour savoir s’il y a progression ou non, tranche DD, c’est à travers les grandes compétitions qu’on peut le dire. » Patience…