Galatasaray-PSG : « Les ultras ont la mémoire longue », que reste-t-il du fight de 2001 entre fans des deux clubs

FOOTBALL Dix-huit ans après un fight incroyable au Parc des Princes, ultras du PSG et de Galatasaray vont se recroiser mardi en Ligue des champions

Aymeric Le Gall

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Des affrontements violents entre ultras du PSG et de Galatasaray avaient éclaté en 2001 au Parc des Princes.
Des affrontements violents entre ultras du PSG et de Galatasaray avaient éclaté en 2001 au Parc des Princes. — JACK GUEZ / AFP

Tiens, tiens, comme on se retrouve… Au moment du tirage au sort des groupes de la Ligue des champions, lorsque le nom de Galatasaray est sorti du chapeau pour aller rejoindre celui du  Paris Saint-Germain dans le groupe A (en compagnie de Bruges et du Real Madrid), une pensée commune a traversé tous les suiveurs du PSG : « Aïe, c’est chaud ça… ». En effet, dix-huit ans après la dernière opposition entre les deux équipes, Paris va croiser la route d’un club avec lequel il a un contentieux. Ou plutôt, avec lequel les supporters parisiens ont un contentieux.

Classé à haut risque, le match de mardi à Istanbul nous rappelle un autre de triste mémoire, un soir frisquet de mars 2001 au Parc des Princes. Ce soir-là, alors que le PSG est déjà éliminé et Galatasaray qualifié pour le tour suivant, une bonne centaine de supporters français et turcs se livrent en plein match à une véritable bataille rangée dans les tribunes. « C’est un peu flou dans mon esprit mais j’ai le souvenir de voir des supporters turcs débarquer sur la pelouse pendant le match, raconte aujourd’hui Guillaume, un fan parisien, 17 ans à l’époque. Sur le coup on ne comprend pas trop ce qui se passe, jusqu’à ce que ça parte complètement en vrille au niveau du virage Auteuil. »

2001, année électrique

En une fraction de secondes, des dizaines, bientôt une centaine, d’ultras du virage Auteuil et de supporters turcs se distribuent mandales sur mandales, et tout ce qui passe sous la main (ceinture, sièges et autres projectiles improvisés) se transforme alors en arme de poing pour réduire l’adversaire à néant. « Dans mon souvenir, la baston part à gauche d’Auteuil. Très vite, Boulogne, juste à ma gauche, chante en boucle des “Auteuil, tuez-les ! Auteuil, tuez-les !”, rembobine Jérôme Reijasse, journaliste et « accroc total » au PSG comme il se définit lui-même.

« L’ambiance avant le match était déjà électrique, poursuit-il. D’abord parce que c’est un soir européen et puis, je ne me souviens plus pourquoi exactement, mais il y avait des choses à régler entre certains ultras parisiens et les supporters turcs. Des rumeurs disaient que ce soir-là, ça allait sérieusement s’agiter. A la mi-temps, dans les travées, des dizaines de supporters turcs traînent, arborant des écharpes marseillaises. Ils ricanent, sûrs de leur force (les mecs étaient des monstres, cous de taureaux et bras épais comme mes cuisses). Bien sûr, personne ne moufte. On rigole sous cape, on se dit que si ces mecs paradent ainsi au Parc, ça va forcément dégoupiller à un moment ou un autre. Doux euphémisme… »

1996, l’origine du mal

Pour comprendre ces fameuses « choses à régler » entre supporters parisiens et stambouliotes, il faut revenir cinq ans en arrière, lors d’un PSG-Galatasaray en 1996 au Parc des Princes. Nicolas Hourcade, sociologue et spécialiste du monde des tribunes présent ce soir-là nous rafraîchit la mémoire : « Ce premier match a été marquant parce que particulièrement violent. En 96, le Kop of Boulogne (du nom de la tribune du même nom) représente la frange de supporters du PSG qui occupe la rue et se fait globalement respecter, si on reprend leurs termes, lors de tous les matchs européens. Mais ce soir-là, ils n’avaient pas anticipé que les supporters turcs auraient autant de répondant, seraient aussi nombreux et aussi agressifs. Il développe.

« Il y a eu des incidents très violents et le KOB n’a pas toujours eu le dessus. Il y a même eu des blessés sérieux du côté parisien. Même si les violences avaient plutôt été initiées par les hooligans parisiens, ils avaient fait face à une résistance beaucoup plus forte que ce qu’ils avaient imaginé. C’est quelque chose qui a profondément marqué les ultras et hooligans parisiens et ils avaient envie d’une revanche. »

Elle aura donc lieu en 2001 et, contrairement à l’acte I, dans l’enceinte même du stade, devant les caméras de télévision et sous les yeux de millions de téléspectateurs. « J’ai une image en tête qui me restera gravée pour toujours, partage Guillaume. Pendant que ça commence à partir du côté d’Auteuil, j’ai vu une bonne partie de la partie basse de Boulogne se vider d’un seul coup pour aller prêter main-forte aux ultras d’en face. C’est allé très vite. Un moment j’ai tourné la tête et je me suis dit "mais où ils sont passés ? !" »

A cette époque, les deux virages Auteuil et Boulogne ne se vouent pas encore la haine mutuelle qui les mènera plus tard à une véritable guerre et au décès d’un supporter de la tribune Boulogne et au plan Leproux. « En 2001, Auteuil ne remet pas en cause la suprématie de Boulogne, ils font leurs trucs dans leur coin et quand le KOB voit qu’Auteuil attaque, ils sont solidaires et leur prêtent main-forte », détaille Nicolas Hourcade.

Un risque de revanche à Istanbul ?

A l’arrivée, après 20 minutes d’interruption et l’intervention des forces de l’ordre dans les gradins pour calmer tout ce beau monde, le match finit par reprendre dans un calme tout à fait relatif. Le PSG s’imposera finalement 2 buts à 0 mais le volet sportif est ce soir-là parfaitement anecdotique. Plus qu’il ne devrait l’être en tout cas mardi soir à la Türk Telekom Arena du Galatasaray. Ce qui n’empêche pas l’UEFA et les forces de l’ordre turques d’être sur leurs gardes car, comme le dit Nicolas Hourcade, « le milieu des ultras a la mémoire longue ». Il n’est donc pas impossible que les Turcs se mettent à rêver à leur tour d’une revanche aux poings.

« Il y a toujours un risque à Istanbul, poursuit Jérôme Reijasse. Je pense que les Turcs ont la rancune tenace. Après, vu les sanctions encourues en cas de baston, peu probable que ça parte en vrille. l’UEFA veille… » Sans compter que depuis le retour des ultras au Parc des Princes en 2016, à travers le Collectif Ultras Paris, la sociologie du milieu supportériste parisien a bien changé. La dissolution des groupes ultras et le bannissement d’un grand nombre d’entre eux du stade font qu’ils sont peu nombreux à avoir connu et participé aux affrontements de 2001.

« Le plus difficile à gérer à mon sens, conclut Hourcade, ce n’est pas tant l’aller à Istanbul que le retour à Paris. Mardi, les supporters du PSG [environ 700 selons les estimations] seront très encadrés par les forces de police. Le risque au retour en revanche, c’est qu’il y ait des supporters turcs un peu partout dans le stade et que certains anciens de Boulogne se mobilisent sur ce match-là, comme ils le font encore parfois, même si c’est de plus en plus rare. Et, parmi le Virage Auteuil, il y a plusieurs sous-groupes qui peuvent eux aussi se mobiliser pour l’occasion. »