Equipe de France: Jambes en coton et poussière dans l’œil… Comment gérer la charge émotionnelle dans un Parc des Princes à guichets fermés?

FOOTBALL L'équipe de france féminine entame sa Coupe du monde vendredi dans un Parc des Princes qui a déjà fait le plein

Aymeric Le Gall

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Le Parc des Princes, nouvelle destination à la mode lors d'une visite de Paris.
Le Parc des Princes, nouvelle destination à la mode lors d'une visite de Paris. — Capture d'écran psg.fr

On va commencer ce papier par un petit jeu. Cherchez l’intrus: stade de la Vallée du Cher – stade de la Source – Parc des Princes – stade Dominique-Duvauchelle.

Si vous êtes un tant soit peu calés foot, vous aurez bien évidemment rayé le Parc des Princes. Pourquoi ? Car l’enceinte du PSG se situe à des années-lumière de ses homologues que l’on qualifiera de plus… champêtres. Ainsi, après avoir fait leurs armes dans des stades qui sentent bon le JT de 13 heures de Jean-Pierre Pernaud, à l’occasions des matchs de préparation à la Coupe du monde, les joueuses de l’ équipe de France vont découvrir un tout autre environnement. 47.600 spectateurs attendent en effet de pieds fermes les Bleues à l’occasion du match d’ouverture du Mondial 2019, vendredi soir (21h), face à la Corée du Sud.

Pour vous donner une idée de la violence de la transition entre le stade d’Orléans et celui de la capitale, c’est un peu comme si un groupe passait de la salle des fêtes de Loudéac dans les Côtes d’Armor à l’Olympia de Paris. On exagère à peine. Un truc à vous faire trembler des guibolles, en somme. Dès lors, une grande inconnue se pose : comment les Bleues vont-elles réagir quand, après avoir tremblé en écoutant la Marseillaise, l’arbitre donnera le coup d’envoi du match le plus fort de leur vie en termes d’émotion ? Car au-delà de l’enceinte et de l’effet qu’elle peut faire sur les novices, c’est bien toute la question du volet émotionnel qui se pose.

« Ce n’est pas un stade lambda »

La question pourrait paraître un peu facile, limite indécente, car les femmes n’en sont plus à évoluer dans l’anonymat le plus total et devant une cinquantaine de pélos, mais comme c’est Corinne Diacre en personne qui a mis les pieds dans le plat deux jours avant l’annonce officielle de la liste des 23, on a moins de scrupules à suivre le mouvement. « Il y a en une (de faiblesse), c’est le match d’ouverture contre la Corée du Sud et la gestion des émotions », avait-elle lâché en toute franchise.

« C’est normal de s’interroger parce qu’on a du mal à s’imaginer comment elles vont réagir. Ce n’est pas un stade lambda, c’est un stade mythique qui a une histoire, expose la jeune retraité et ex-internationale Jessica Houara. Certaines joueuses vont découvrir ça car elles n’ont jamais joué devant autant de monde. Ce n’est pas impossible que les premières minutes soient un peu compliquées à gérer mais je suis sûre qu’elles ont pris le temps de bien travailler cet aspect. »

« En règle générale, le premier match d’une compétition  n’est jamais évident à aborder. Alors là, au Parc… », sourit Aïssatou Tounkara. Pourtant, question stade blindé, la Madrilène sait de quoi elle parle, à la différence de beaucoup de ses coéquipières en bleu. Elle était de la partie lorsque les Colchoneras ont fait péter le record d’affluence pour un match professionnel entre deux équipes féminines de club. Ce jour-là, ils étaient très exactement 60.739 au Wanda Metropolitano. Un souvenir inoubliable, évidemment.

« C’était incroyable ! Enorme. Et surtout, j’ai pris beaucoup, beaucoup de plaisir. C’est une fierté, jamais je n’aurais imaginé jouer un jouer un jour devant autant de monde. Ce que ça fait quand on rentre dans le stade ? Du bruit !, se marre-t-elle. Tu rentres, tu lèves la tête, tu vois les tribunes pleines qui n’en finissent plus… C’est dingue. »

De l’impatience plus que du stress

Pour la Montpelliéraine Sakina Karchaoui, si ce match sera un saut dans l’inconnu, on prend visiblement ça sans trop de stress. Pour le moment.  « Je n’ai jamais joué devant 47.000 personnes même si, équipe de France, on a quand même la chance d’avoir du public derrière nous. Mais c’est vrai que là, ça va être démultiplié, on s’attend à une ambiance assez folle. Mais il y a plus d’impatience qu’autre chose, on a tellement hâte d’y être. On se pose dix millions de questions ! Comment ça va être ? Qu’est-ce qu’il va se passer à ce moment-là dans la tête ? ».

Pour ne pas trop cogiter, le staff a pris les devants à l’occasion du stage de préparation. « On a fait des petits trucs mentaux pour essayer de s’y préparer, un peu d’imagerie, confie Solène Durand, la troisième gardienne des Bleues. L’objectif c’est de garder les idées claires et ne pas trembler dès que tu auras le ballon dans les pieds. Lors du stage, on a essayé de faire comme si c’était le match d’ouverture, comme si c’était  vraiment le jour J. Mais on sait très bien que ce ne sera pas du tout la même atmosphère. »

Elle a beau avoir raccrochée les crampons en équipe de France depuis un bail, ce match d’ouverture, Brigitte Henriques « en rêve la nuit ». Pour aider les joueuses et le staff tricolore a bien aborder un tel évènement, la vice-présidente de la FFF a enquêté sur le terrain lors des derniers championnats d’Europe féminin de hand qui se déroulait en France fin 2018 : « J’étais dans la salle pour le premier match des Bleues contre la Russie, qui avait été un moment difficile, et j’en ai profité pour leur poser quelques questions. En fait, c’est moins une question d’émotion que de détermination et d’énergie. Il y a une telle envie de bien faire que la question qu’on se pose c’est ‘comment la canaliser ?’ ».

Forte de sa première expérience, Aïssatou Tounkara avance quelques pistes. Des pistes basiques, certes, mais tout est bon à prendre : « Il va falloir être tranquille, sereine, essayer de gérer ses émotions du mieux possible. Après, on a chacune notre personnalité, donc on va gérer ça différemment. Chacune ses petits trucs. L’important sera le début de match. Si ça se passe bien sur le terrain, ça va se détendre naturellement. J’ai hâte de retrouver une ambiance comme ça. Quand on y a goûté une première fois, on ne veut plus s’en passer ». A vendredi, alors.