Real Madrid: Défi sexy, pleins pouvoirs et carte blanche sur le mercato... Pourquoi Zidane a-t-il accepté de revenir?

FOOTBALL Le retour de Zinédine Zidane à Madrid donne une idée de ce que peut devenir le Real dès la saison prochaine

Aymeric Le Gall

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Zidane célébré par ses joueurs après la victoire en Ligue des champions contre Liverpool, le 25 mai 2018.
Zidane célébré par ses joueurs après la victoire en Ligue des champions contre Liverpool, le 25 mai 2018. — Ruben Albarran/Shutters/SIPA

Le retour du roi Zizou au Real Madrid étant acté depuis lundi soir, l’énorme surprise a vite laissé place aux questions. Une, surtout : pourquoi ? Neuf mois seulement après le séisme provoqué par l’annonce de son départ, au sommet de son art, quelques jours à peine après avoir remporté une troisième Ligue des champions de suite, le retour de Zidane sur le banc madrilène ne semblait pas aller de soi. Et pourtant le revoilà. Essayons de voir ce qui a bien pu expliquer un tel revirement de situation alors que de nombreux médias l’envoyaient déjà sur le banc de la Juve.

L’envie, tout simplement. Après une première expérience couronnée de succès (en trois ans, Zidane a remporté neuf titres), on n’avait aucun doute sur le fait que la suite de la carrière de Zizou s’écrirait sur un banc, et pour longtemps. On ne doutait pas non plus que cette parenthèse sabbatique n’était pas appelée à durer. Les galas de bienfaisance et les parties de golf en short et polo, très peu pour lui. Ainsi, après neuf mois de pause, passés la plupart du temps chez lui à Madrid à profiter de ses proches, Zizou s’est « bien reposé » et il est fin prêt.

« J’ai quitté le club parce que j’en avais besoin, l’effectif avait besoin d’un changement après avoir tout gagné, et pas seulement avec moi, a-t-il déclaré en préambule, lundi soir, lors de sa deuxième présentation. Je suis là parce que le président (Florentino Pérez) m’a appelé et comme j’aime beaucoup ce président et ce club, me voilà. C’est le plus important, après neuf mois, j’ai envie de recommencer à entraîner (…) J’ai envie de revenir, point ». Entraîner est une drogue et Zizou a à nouveau besoin de sa dose, c’est aussi simple que ça.

Les pleins pouvoirs sinon rien. S’il avait expliqué son départ en fin de saison dernière par la nécessité de repartir sur un nouveau cycle, de régénérer un groupe qui avait tout gagné, Zidane avait aussi d’autres raisons - moins avouables au grand public - de se retirer. On parle ici de ses différences de vues avec Florentino Pérez. Quand le Français souhaitait, pour rempiler une saison de plus, se débarrasser de Gareth Bale et conserver à tout prix Cristiano Ronaldo, le président espagnol a préféré prendre le contre-pied en vendant CR7 et en conservant le Gallois. Un an plus tard, le constat d’échec est criant. Ronaldo s’est barré pour faire les beaux jours de la Juve et Bale s’est ramassé une fois de plus.

Dès lors, si Zizou a accepté de revenir au Real, ce n’est pas (uniquement) pour les beaux yeux de Pérez, mais bien plus parce qu’il sait qu’il aura les pleins pouvoirs pour relever ce qu’il qualifie lui-même de « plus gros défi » que la première fois. Les déclarations de Florentino Pérez lundi soir ne disent pas autre chose : « Nous te rendons la responsabilité dans un moment de grande difficulté. Ton implication et ton engagement rendent heureux et fiers tous ces fans. Tu es le meilleur du monde, et tu reviens parmi nous. Tu représentes l’âme de notre club. Bon retour chez toi. »

Carte blanche et carte bleue. La tâche de Zizou est énorme et sa nomination, alors qu’il reste encore onze matchs de Liga à disputer, doit être vue comme une manière de préparer d’ores et déjà les contours du prochain effectif madrilène. Pour cela, le coach devrait jouir d’une liberté quasi totale sur le marché des transferts et, absence de recrutement clinquant l’été dernier oblige, celui-ci devrait avoir les moyens de ses ambitions. L'Equipe révèle mardi matin que la priorité se nomme Eden Hazard, mais le nom de Kylian Mbappé est aussi sorti du chapeau.

Et ce ne sont pas les récentes déclarations du prodige français qui vont faire peur au maître du chéquier madrilène. Il est impossible à l’heure actuelle de dire à quoi ressemblera le Real version « Zidane 2.0 », mais une chose est sûre, ça va swinguer cet été dans la capitale espagnole. Côté départs, le retour du roi devrait précipiter la chute de Gareth Bale mais d’autres joueurs pourraient aussi être priés d’aller voir ailleurs. On pense notamment à James Rodriguez, de retour de prêt du Bayern à la fin de la saison, et dont Zidane n’appréciait pas vraiment le côté dilettante aux entraînements.

Le pro du come-back et l’amoureux des défis. Il fallait mal connaître l’animal pour imaginer Zinédine Zidane se contenter d’admirer son armoire à trophées - déjà très bien remplies après seulement trois ans passés sur un banc -, tranquillement posé dans son rocking-chair avec des charentaises à carreaux aux pieds. Les hommes de la trempe du champion du monde 98 sont de la race de ceux qui ne vivent que par et pour les défis.

Or, comme on l’a déjà dit, ce défi-là est très certainement le plus gros qu’il a eu à relever dans sa carrière d’entraîneur. Mais, comme en 2006, quand il avait enfilé le costume de Zoro pour venir en aide à une équipe de France dirigée à l’aveugle par Raymond « Bernardo » Domenech, ZZ a accepté la mission parce qu’il se sait capable de la mener à bien. En 2006, c’était passé à un coup de boule de réussir.