Strasbourg: «Ça paraît dingue» mais ils font, avec enfants et poussettes, tous les déplacements du Racing

FOOTBALL Avec leurs enfants de 2 et 4 ans, Anaïs et Grégory Walter suivent le Racing club de Strasbourg partout

Alexia Ighirri

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Strasbourg: Avec leurs enfants, Grégory et Anaïs suivent le Racing partout (et avec poussettes)
Strasbourg: Avec leurs enfants, Grégory et Anaïs suivent le Racing partout (et avec poussettes) — A. Ighirri / 20 Minutes
  • Pour Anaïs et Grégory Walter, il est inconcevable de manquer un match du Racing club de Strasbourg et suivent l'équipe dans tous les stades. Et depuis deux ans, accompagnés de leurs enfants Robin, 4 ans, et Charlotte, 2 ans.
  • Le père souligne: « Ce n’est pas un plan de vie. Anaïs et moi, on faisait tous les déplacements avant. »
  • Dans un nouveau bouquin De mère en fille, de père en fils, Grégory raconte les difficultés rencontrées, mais aussi les coups de main, les arrivées dans le froid ou sous la pluie qui « nous fait toujours passer pour des parents indignes », mais partage aussi de sympathiques souvenirs.

Robin, 4 ans, a le maillot du Racing au nom de Blayac, le joueur – désormais au Gazélec Ajaccio — qu’il adorait, sur le dos. Sa petite sœur, Charlotte, 2 ans, a aussi enfilé la tenue strasbourgeoise, mais pas de flocage pour elle : « On ne sait pas encore qui est son joueur préféré », sourient Grégory et Anaïs Walter, les parents, supporters strasbourgeois de longue date.

Au local de la Fédération des supporters du Racing, le garçon montre ses cartes Panini à ceux assis autour de lui, la petite se balade entre les dizaines d’habitués du lieu. « C’est un peu leur deuxième maison », poursuit le couple. Pourtant leur maison, la première comme la seconde, ils ne l’ont pas beaucoup vu en ce début d’année : avec cinq matchs à l'extérieur et un report de dernière minute en janvier (donc six déplacements), la famille a pas mal bourlingué. Cette semaine, elle enchaînera les matchs du Racing à Saint-Etienne (ce mercredi, 19h) et Caen (dimanche, 15h).

Parce qu’il est inconcevable pour eux de manquer un match, ils suivent le club alsacien dans tous les stades. Et, en train ou en voiture essentiellement depuis deux ans, toujours au grand complet : à quatre et deux poussettes ! C’est simple, la petite Charlotte n’a pas loupé un déplacement depuis sa naissance. « Ce n’est pas un plan de vie. Anaïs et moi on faisait tous les déplacements avant, rappelle Grégory Walter. Ensuite, ça s’est bien passé avec le premier, une fois, deux fois, trois fois… Ça s’est bien passé avec la deuxième… C’est sûr que moi-même, il y a cinq ans, j’aurais probablement halluciné de tout ce qu’on fait aujourd’hui. Mais il faut comprendre que ça a été une construction par étapes. Et comme ça s’est toujours bien passé, on n’a pas eu de raison d’arrêter. »

L’Ultra Boys 90 et vice-président de la fédé des supporters,auteur il y a plus de deux ans du livre Neuf fois le tour de la Terre pour mon club (il approche du onzième tour depuis) raconte les déplacements en famille de ces deux dernières saisons dans un nouveau bouquin intitulé De mère en fille, de père en fils.

Il y parle des difficultés rencontrées, mais aussi les coups de main, les arrivées dans le froid ou sous la pluie qui « nous fait toujours passer pour des parents indignes », mais partage aussi de sympathiques souvenirs d’une promenade avec « yaourt et compote pour Charlotte, coupe de glace pour moi » au goûter ou d’autres anecdotes comme la fois où ils ont emporté la valise de maternité, au cas où. Des sorties résumées en un déplacement à Montpellier :

Ce genre de déplacements synthétise parfaitement notre mode de vie que l’on pourrait résumer en deux mots : supporters et famille. Promenade en ville, petit train touristique, baignade dans les jets d’eau au centre-ville pour les enfants, restaurant en terrasse. Nous passons un super week-end, avec en point d’orgue le match du Racing ».

Reste que la passion nécessite une certaine organisation. Anaïs a arrêté de travailler : « Le salariat n’était pas possible. C’est un vrai choix de vie ça pour le coup ». Son mari est chef d’une entreprise familiale « aujourd’hui organisée pour que je puisse fonctionner comme ça ».

« Un peu comme si on partait en vacances tous les 15 jours »

Grégory poursuit : « Pour le grand public, ça paraît dingue. Mais, nous, on connaît les parcages, les supporters adverses, on maîtrise le sujet. Si demain le supporter du coin débarque avec sa poussette, il va vivre l’enfer, il ne va pas s’en sortir et il aura des problèmes. »

De la préparation des affaires aux parcages, eux sont rodés en effet. Une fois seulement, il y a eu l’oubli d’une poussette : Charlotte a passé le match (en dormant) dans le cosy de la voiture. « Je fonctionne maintenant avec une liste de tout ce qu’il faut penser à amener. Et je coche quand c’est dans le sac. A chaque membre de la famille sa colonne, sourit Anaïs. C’est un peu comme si on partait en vacances tous les 15 jours. Le plus important pour les enfants, c’est le doudou et la tétine. Après, c’est être sûr qu’ils aient ce qu’il faut pour manger et dormir. La nourriture, les couches… » Par chance, les enfants grandissent : fini les biberons, place aux sandwichs « Rentrer avec de l’eau bouillante pour faire les biberons pendant le match ce n’était pas toujours facile en termes de sécurité », glisse le papa. Reste encore un peu à gérer le problème du changement de couches, dans des toilettes pas toujours équipées pour.

Des poussettes et de la sécurité

Pour cette deuxième saison en Ligue 1, les stadiers les reconnaissent parfois, ce qui peut faciliter les choses. Mais pas toujours : « Sans le Racing, une fois sur deux on ne rentrerait pas. Encore à Monaco, on a été extrêmement mal accueilli dans ce stade vide. Parce que les poussettes sont interdites, soi-disant, selon des règlements et des lois qu’on n’a jamais le droit de voir. On a affaire à des petits chefs, qui sont dans leurs schémas, incapables d’en sortir, déplore Grégory. C’est vrai que le public du Racing en déplacement est sûrement différent de ce qu’il se fait ailleurs. Quand on nous voit arriver la première fois, forcément, il y a un point de blocage. Parce que ce serait effectivement complètement incongru d’être avec deux poussettes dans des parcages d’autres clubs. Là il y a un décalage culturel, avec les habitudes de la sécurité qui créent souvent des problèmes. »

Si les stadiers se souviennent parfois de la famille, Robin, lui, commence à reconnaître les différents endroits qu’il visite quand il n’est pas à l’école. « J’informe la maîtresse des absences. Il est à la maternelle, donc ça passe mieux. Ce sera peut-être plus compliqué en grandissant », note la maman, qui joue la transparence. Son mari complète : « On ne raconte pas autre chose tous les 15 jours à la maîtresse. Elle sait que c’est une passion familiale. On a toujours une démarche honnête par rapport à ça, on part du principe que le Racing c’est la priorité, les gens l’acceptent ou pas, mais ce n’est pas un point de négociation. Et puis, je pars du principe qu’il apprend bien plus de choses en traversant le pays dans tous les sens avec nous qu’en étant enfermé dans sa classe de maternelle ».

« Il croit que c’est une vie normale ! »

Le garçon ne s’en plaint jamais. « Il croit que c’est une vie normale ! Il a été élevé comme ça. Je me demande de fois comment il réagira quand il comprendra qu’on est les seuls à faire ça, se marre son père. Ça ne nous stresse pas, ça me fait plus rire d’imaginer quand il sera ado, quand il voudra avoir sa propre vie sociale ». Les anniversaires des copains, les matchs de foot au club du village… Un peu de matière pour un prochain livre ?

« Dans ma tête, je m’étais toujours dit que le prochain bouquin sera sur la coupe d’Europe, mais je n’avais pas imaginé que ça arriverait potentiellement si vite ». C’est sûr que les déplacements ne seraient pas tout à fait les mêmes.