Coupe du monde 2018: Débuts en fanfare et retraite cata... On a revisité la Campagne de Russie avec les Bleus (partie 1, l'histoire)

FOOTBALL Oui, on sait comment ça se termine...

Nicolas Camus (avec J.L.)

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Tu vois Messi là bas ?
Tu vois Messi là bas ? — Tomas Hajek/ISIFA/SIPA
  • L'équipe de France est arrivée en Russie dimanche, à six jours de son premier match dans la Coupe du monde.
  • C'est le début de la «Campagne de Russie», comme on peut lire un peu partout en référence à un grand moment de l'histoire de France. 
  • L'occasion était trop belle pour une uchronie basée sur les batailles menées par Napoléon sur la route de Moscou, à partir de 1812. 

De notre envoyé spécial à Istra, non loin de Moscou la belle,

Des Français qui s’en vont batailler en Russie, ça rappelle forcément des souvenirs aux élèves même moyennement concernés comme nous. Début du XIXe, Premier Empire, Napoléon Bonaparte, au sommet de sa gloire, veut tordre le bras au Tsar Alexandre, qui vient de lever le blocus continental qu’il avait instauré contre le Royaume-Uni. C’est le point de départ de la fameuse «Campagne de Russie», qui entraînera sa chute. Le terme est resté, et a été utilisé à peu près 1359 fois depuis que les Bleus sont lancés à l’assaut du Mondial 2018. Le parallèle était séduisant.

On s’est lancé dans cette reconstitution avec l’aide de François Houdecek, responsable de l’édition de la correspondance de Napoléon (15e et dernier volume terminé en mai), à la Fondation Napoléon. « Vous êtes sûrs ? Cette campagne se termine de façon très peu glorieuse, avec une retraite qui s’achève par le symbole même de la catastrophe en France », nous a-t-il prévenu d’emblée. On sait, et à vrai dire on n’espère pas une seconde qu’il en sera de même pour les Bleus. Mais c’était beaucoup trop tentant.

Ah oui, on oubliait. Pour les besoins de l’histoire, Didier Deschamps sera Napoléon. Mais absolument rien de personnel là-dedans, promis DD.

Un début de campagne victorieux, quoique…

François Houdecek : « En 1812, Napoléon est à son apogée. Il dicte ses volontés aux différents souverains d'Europe. En janvier, des troupes se mettent en marche depuis la France, l’Allemagne, l’Italie, pour se rendre vers la Pologne. Mi-juin, tout le monde est prêt. La Grande armée compte au total près de 600.000 hommes. Quand Napoléon le décide, ils sont 450.000 à traverser le Niemen, direction Vilnius, puis Smolensk. Il y a de belles descriptions d’époque qui montrent bien la beauté du moment, la gloire que les soldats comptaient tirer de cette campagne. Ils avaient le sentiment de partir vers une aventure épique. L’Armée avance, mais connaît dès le départ de petits accrocs qui auront beaucoup d’importance pour la suite, entre les problèmes d’approvisionnement, les distances mal évaluées ou les orages qui vont détremper les sols. »

>> L’histoire appliquée au Mondial : A l’approche de la compétition, tout roule pour Deschamps, qui a prolongé en octobre dernier jusqu’en 2020. Depuis l’Euro, une jeune génération talentueuse a éclos. Griezmann s’est affirmé comme un des meilleurs attaquants du monde. Les troupes se rassemblent à Clairefontaine, où il ne manque que Koscielny, blessé. Ça bosse dur, ça rigole, le stage se déroule à merveille. L’équipe de France arrive en Russie gonflée à bloc, même si la désertion de Rabiot a perturbé le début du stage et que le départ de Zidane du Real Madrid a posé d’inévitables questions sur la succession du coach. Les deux premiers matchs face à l’Australie et le Pérou sont une formalité, malgré une erreur de main de Lloris devant Guerrero. Le nul contre le Danemark pousse toutefois les Bleus à la deuxième place à la différence de but. « La partie de tableau importe peu », répond DD.

Une grosse bataille sur la route de Moscou

FH : « Le 7 septembre 1812, la bataille de la Moskova est le premier engagement direct d’envergure de la campagne. Violent, sauvage, c’est un combat frontal sans concession. Les pertes sont élevées [28.000 Français et alliés], les officiers fauchés en nombre. Les soldats des deux empires font preuve d’une grande opiniâtreté. Galvanisées par Napoléon, les troupes françaises veulent trouver des raisons à deux mois et demi de marches et de souffrances. C’est une victoire française mais l’Armée est alors aspirée vers Moscou alors qu’elle est très affaiblie. »

Tu vois Messi là bas ?
Tu vois Messi là bas ? - Tomas Hajek/ISIFA/SIPA

>> Les Bleus se coltinent Messi et ses petits camarades en 8e de finale. Ça bastonne sévère au milieu face à Biglia et Mascherano, et le trio Griezmann-Giroud-Mbappé peine à répondre au défi physique imposé notamment par Otamendi et Tagliafico. Tolisso aurait été bien utile, mais ses cartons jaunes reçus en poule l’ont envoyé en tribunes. Mendy, qui a une petite alerte au genou en poule, n’est pas là non plus. Messi marque, Griezmann aussi. La France passe à l’arrache en prolongations sur un coup de tête d’Umtiti, mais ressort fatiguée et affaiblie. Varane s’est blessé, et Kanté a reçu un carton rouge - alors qu’il n’y avait rien sur Higuain, bien sûr.

Moscou est à nous, victoire ! Sauf que c’est le début de la fin

FH : « La Grande armée entre dans Moscou le 14 septembre, avec le sentiment d’avoir accompli un exploit. Dans l’esprit de tous, ils entrent dans une capitale, donc ils vont signer la paix. C’est comme ça que ça fonctionne d’habitude. Mais Napoléon et ses soldats entrent dans une ville désertée, ce qui les perturbe beaucoup. Et puis un incendie va ravager la ville. Les Russes ne voulaient pas laisser aux troupes françaises la possibilité d’utiliser les gigantesques moyens qui y avaient été réunis en armements et en vivres. L’incendie a duré quatre jours et détruit les trois quarts de la ville. Pendant ce temps-là, Napoléon attend toujours un signe du Tsar, qui ne viendra jamais. Alexandre ne veut pas signer la paix. Dès lors, les Français ne comprennent plus cette campagne. »

>> Une demi-finale face à l’Angleterre ? Gagnée d’avance, ma bonne dame. Passés ric-rac au premier tour, les Anglais ont bénéficié ensuite d’un tableau ouvert, avec un premier de poule cadeau (la Pologne) en 8e puis la Serbie, qui avait joué le match de sa vie au tour précédent contre l’Allemagne. Ils n’ont pas montré grand-chose sur le terrain, s’en remettant aux coups de patte de Kane. Et pourtant. Il fait lourd à Moscou, les Bleus sont fatigués après deux batailles dantesques contre l’Argentine et l’Espagne. Les Anglais les font courir. Giroud marque, en tout cas c’est ce qu’on croit. Stones s’est jeté sur la ligne pour dégager. Les Français attendent la réponse de la VAR… qui ne vient pas. Gros bug en régie. Dans le doute, l’arbitre refuse le but. Au terme d’un 0-0 étouffant, les hommes de DD sont éliminés aux tirs au but.

Un incendie, illusion d'optique.
Un incendie, illusion d'optique. - Tomas Hajek/ISIFA/SIPA

La retraite catastrophique

« Aucun signe du Tsar, Napoléon cherche donc à se replier sur ses bases. Il veut repasser par la route du sud pour rallier Kalouga et ses approvisionnements. Mis en échec à Maloïaroslavets le 16 octobre, il décide finalement de repasser par le nord, soit la même route qu’à l’aller. Problème, elle est dévastée par la campagne d’été, il n’y a pas assez de vivres pour arriver jusqu’à Smolensk. Et les conditions climatiques vont se dégrader. Le général Koutouzov veut repousser l’armée française le plus loin possible et la couper en deux. Il y aura notamment une bataille terrible à Krasnoï. Les Français se replient sur la Berezina le 25 novembre, ils parviennent à passer mais paient un lourd tribut. Les températures chutent, le nombre de traînards grossit, bientôt les troupes constituées sont presque minoritaires par rapport aux déserteurs. Les Français repassent le Niemen le 12 décembre, avec 10 % de toutes les unités ».

Antoine Grisemine
Antoine Grisemine - DR

>> L’élimination laisse des traces. Pogba, qui avait senti le coup, voulait jouer plus haut en seconde période face aux Anglais pour aller chercher la gagne. « Tu restes en 6 », lui avait répondu Deschamps. Paulo veut s’expliquer avec le sélectionneur. Les murs tremblent, Guy Stéphan tente de faire tampon mais laisse entendre que lui aussi aurait changé de tactique. DD se replie sur lui-même et annonce qu’il jouera le podium avec les coiffeurs. L’ambiance à l’entraînement est pesante, les remplaçants pas du tout dans le rythme. Le contrôle anti-dopage diligenté par les organisateurs russes la nuit précédente n’arrange rien. La Croatie s’impose 4-0.

La fin de règne

FH : « L’Empire se délite, tout le système d’alliance mis en plus en 1812 s’effondre. En Allemagne, Napoléon remporte deux batailles mais subit une énorme défaite, à Leipzig, entre le 14 et le 16 octobre 1813. Sa retraite ne tient pas car il y a une supériorité numérique, en matériel et en hommes, très favorable à l’autre camp. En décembre, les Français se retrouvent sur le Rhin, avant que les Russes, les Autrichiens et les Prussiens ne prennent pied en France et finissent par arriver à Paris. Le 31 mars, les maréchaux forcent Napoléon à abdiquer. Il a tenté de négocier, mais dès début 1814 il avait été décidé de ne pas le laisser à la tête de la France. Son abdication inconditionnelle est signée le 6 avril 1814 ».

>> C’est la chienlit au retour en France. Une demi-finale de Coupe du monde n’est pas un mauvais résultat, mais le groupe est au bord de l’implosion. Les dissensions apparues en fin de parcours entre le sélectionneur et les joueurs cadres, et même au sein du staff, n’ont échappé à personne. Tout le monde vide son sac dans la presse, et Zinedine Zidane est toujours libre… Tout ça fait monter la pression sur Noël Le Graët, qui va finir par céder. Début août, exit DD, place à ZZ. La tentative de come-back de Deschamps à la DTN ne fera pas long feu, la suite de sa carrière d’entraîneur passera par un exil au Guangzhou FC.

Bonus: La partie de l’histoire à laquelle vous avez échappé

Le 6 novembre 1812, alors que Napoléon est en pleine retraite, le général Malet tente un coup d’Etat. Il fait croire que l’Empereur est mort et réussit à prendre le pouvoir quelques heures, avant que la supercherie ne soit dévoilée. On aurait pu imaginer Adrien Rabiot prendre Versailles et gouverner avec Véronique en régente. Mais c’était peut-être un poil trop. Quoique…

>> Dès 15h, on s'intéresse au casting de cette « Campagne de Russie 2 ». Attention, ça va envoyer du loud...