TFC–AC Ajaccio: Mais pourquoi tant de haine contre les clubs corses?

FOOTBALL Une grande partie de la France du football s'est liguée avec le TFC contre l'ACA Ajaccio à l'occasion du barrage Ligue 1 - Ligue 2.

Nicolas Stival
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Le défenseur de l'AC Ajaccio Anthony Marin est averti par Ruddy Buquet, l'arbitre du barrage aller entre l'ACA et le TFC, le 23 mai 2018 à Montpellier.
Le défenseur de l'AC Ajaccio Anthony Marin est averti par Ruddy Buquet, l'arbitre du barrage aller entre l'ACA et le TFC, le 23 mai 2018 à Montpellier. — P. Guyot / AFP
  • Toulouse a fait un grand pas vers le maintien en dominant l’AC Ajaccio, mercredi en barrage aller (0-3).
  • Après le très houleux ACA - Le Havre, les fans français de football se sont soudain pris de passion pour le TFC.
  • Le sociologue Nicolas Hourcade évoque les relations complexes entre fans « continentaux » et corses.

L’affaire est presque pliée. En dominant l’AC Ajaccio mercredi à Montpellier (0-3), le TFC a quasiment assuré son maintien en Ligue 1, avant le barrage retour dimanche au Stadium. Alors que sa saison ratée ne suscitait souvent jusque-là qu’une indifférence polie, le 18e de L1 a bénéficié du soutien d’une grande partie de la France (continentale) du foot au moment de rencontrer l’ACA.

Les incidents lors du pré-barrage entre le troisième de L2 et Le Havre ont forcément joué, avec les injures racistes et plus généralement le comportement de certains fans insulaires. Mais pas seulement.

Entre crainte et fascination chez les ultras

« Il y a un rapport ambigu des supporters continentaux aux supporters corses, relève le sociologue Nicolas Hourcade, spécialiste de la question. Quand les premiers vont en Corse, si ce sont des ultras, ils sont confrontés à une ambiance qu’ils redoutent, mais c’est aussi une aventure assez exceptionnelle. Ils peuvent être fascinés par une passion qu’ils aimeraient parfois aussi connaître dans leur ville ou leur région. »

Lors de son premier séjour dans la patrie de Napoléon et de Yannick Cahuzac, un Toulousain mordu du foot sera ainsi surpris de retrouver des drapeaux du SC Bastia à de nombreuses fenêtres d’appartements et dans des jardins de particuliers. Ou bien des photos du gardien Jean-Louis Leca (aujourd’hui à l’AC Ajaccio) avec le drapeau à la tête de Maure dans d’innombrables bars et restos. Et pas seulement dans le Nord, car le Sporting, aujourd’hui en National 3, est LE grand club corse, loin devant le Gazélec Ajaccio et l’ACA.

Pour le fan lambda en revanche, la perception n’est pas vraiment la même, selon l’enseignant à l’Ecole centrale de Lyon.

« Les supporters plus classiques sont parfois choqués car il existe dans les stades corses une agressivité que l’on retrouve au niveau des kops sur le continent, mais qui sur l’île s’étend à l’ensemble du stade. »

Une agressivité que l’on lit sur Twitter, réseau social il est vrai peu propice aux discussions apaisées autour d’une verveine. Mercredi soir, de nombreux messages remerciaient ainsi le TFC pour avoir quasiment condamné l’ACA à rester en L2. Et tous n’étaient pas aussi policés que ceux-ci.

Comme si l’absence de club corse dans l’élite était la promesse d’une Ligue 1 apaisée, où les supporters de chaque équipe communieraient dans une atmosphère de félicité… « Ces derniers temps, il y a eu des incidents de manière régulière sur des matchs à gros enjeu, et pas seulement en Corse, rappelle Nicolas Hourcade. Par exemple à Grenoble… » Après un envahissement de son terrain contre l’Entente Sannois-Saint-Gratien, le 11 mai, le club isérois de National a joué mardi son barrage aller contre Bourg-en-Bresse (L2) dans un stade à huis clos.

Très récemment, des événements similaires avaient eu lieu à Lille, avec agressions de joueurs en sus, et au Havre.

« Il faut davantage anticiper l’organisation de ces matchs à risque. Lors d’AC Ajaccio – Le Havre, les autorités n’ont pas forcément bien adapté leur dispositif de sécurité. S’il y a une spécificité en Corse, c’est que le foot y est un symbole culturel très fort, avec une passion démultipliée ».

Et certains n’hésitent pas à projeter dans le sport leur animosité contre les « Français », dont ils partagent cependant la carte d’identité. « Un stade est l’occasion de surjouer toutes les oppositions », rappelle Nicolas Hourcade. Comme lors des matchs Paris – Marseille ou Lyon – Saint-Etienne par exemple. Quatre villes pourtant assez éloignées de Calvi et Bonifacio.